Balade entre les tombes, un film de Scott Frank – Critique

Critique, Balade entre les tombes

Synopsis : Ancien flic, Matt Scudder est désormais un détective privé qui travaille en marge de la loi. Engagé par un trafiquant de drogue pour retrouver ceux qui ont enlevé et assassiné sa femme avec une rare violence, Scudder découvre que ce n’est pas le premier crime sanglant qui frappe les puissants du milieu…

Papy fait de la résistance

Décidément, Liam Neeson fait preuve de ressources insoupçonnées. Nominé pour un oscar il y a déjà vingt ans grâce à La Liste de Schindler. Devenu le maître spirituel et entraîneur personnel de deux légendes de la pop culture, Dark Vador et Batman. Il aura tout de même fallu attendre qu’il dézingue du terroriste en mode action hero sous l’égide de notre Besson national pour devenir l’acteur bankable qu’il est aujourd’hui, de la trempe de ceux dont les films se bâtissent sur le seul nom. C’est le cas de Balade entre les tombes, adaptation d’une nouvelle de Lawrence Block avec pour personnage principal un détective à l’ancienne, ancien policier, ancien alcoolique et vrai dur à cuire.

Un Taken en mode réaliste

Qui d’autre pour incarner ce reliquat d’un autre âge, directe référence à une époque où les détectives s’appelaient Sam Spade ou Philip Marlow, un demi-siècle après la mort d’Humphrey Bogart ? La production pensa un temps à Harisson Ford, autre retraité badass, mais le rôle échût finalement à Neeson. Au vu des dernière productions dans lequel a joué l’acteur, on ne peut s’empêcher de penser à Taken. Le personnage de Scudder n’en est finalement pas si éloigné. Les deux ont la même manière d’appréhender les problèmes de façon très personnelles, les deux sont des loups solitaires, encore que Scudder n’a pas à se soucier de voir sa famille enlevée. Mais ce dernier n’est pas un action hero. C’est un détective.

Le ton du film est donc bien plus réaliste, et le personnage aussi, forcément. Ici, point de gunfights ou le gentil avance, tranquillement, au milieu d’adversaires incapables de viser. Les bagarres sont peu nombreuses, et plus violentes, car plus crues. On est loin du héros intouchable, même si Scudder ne verra pas l’intérieur d’un hôpital du film. Le ton est résolument hardboiled, dans la lignée des grands polars des années 50. Noir, peu loquaces, et peuplé de personnages paumés, d’escrocs sympathiques et de truands aux méthodes peu recommandables. Sauf que l’époque a évolué, le genre aussi, et cela se ressent dans le film.

Des années de retard

Clairement, Balade entre les tombes lorgne du côté des grands noms du polar, mais sans en avoir le charme vénéneux. Il manque quelque chose dans les dialogues, dans la mise en scène, ce qui faisait tout le sel de ces récits, pas forcément mieux ficelés, mais plus captivants. On peine ici à ressentir vraiment toute la noirceur de l’univers. Sans être totalement manichéen, Scudder manque peut-être de nuances de gris. On ne sent pas vraiment les fêlures du personnage. Sa quête avance sans heurts, sans enjeux véritables et, au final, on se retrouve face à un film au potentiel certain, mais trop lisse pour véritablement marquer. La descente aux enfers est à peine effleurée, et on a l’impression de se retrouver face à un archétype du genre pas assez fouillé pour se démarquer des autres. Cela vient-il du matériau d’origine ou de l’adaptation ?

Toujours est-il que, dans sa tentative de ressusciter un genre en perdition depuis plusieurs années, Balade entre les tombes échoue à proximité de sa cible. Sombre et réaliste, il manque d’un rien, de quelques fêlures supplémentaires sur sa carapace, de quelques répliques bien senties assénées par un Liam Neeson plutôt convaincant (sauf dans la scène de départ). Et, en attendant, on cherche toujours le successeur d’Humphrey Bogart.

Fiche Technique : Balade entre les tombes 

2014 – USA
Thriller, Policier
Réalisateur : Scott Frank
Scénariste : Scott Frank, d’après l’oeuvre de Lawrence Block
Distribution : Liam Neeson (Matt Scudder), Brian « Astro » Bradley (TJ), David Harbour (Ray), Dan Stevens (Kenny Kristo), Boyd Holbrook (Peter Kristo), Olafur Darri Olafsson (James Logan)
Producteurs : Tbin Armbrust, Danny DeVito, Brian Oliver, Michael Shamberg, Staecy Sher, Henry Langstraat
Directeur de la photographie : Mihai Malaimare Jr
Compositeur : Carlos Rafael Rivera
Monteur : Jill Savitt
Production : Cross Creek Pictures, DaVinci Media Ventures, Double Feature Films, Exclusive Media Group, Free State Pictures, Jersey Films
Distributeur : Metropolitan Filmexport

Auteur : Mikael Yung

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