Guillaume Meral

"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

Man on Fire : l’Ancien Testament selon Tony Scott

Dans Man on Fire, la moindre variation de l’humeur du personnage se répercute en une vibration synesthésique immédiate dans le corps de l’image. Tony Scott instaure ainsi un rapport quasi-charnel entre le support de représentation et le héros joué par un Denzel Washington idéalement monolithique. Le cadre exprime tout ce que le personnage ne sait plus exprimer, hurle ce qu’il ne peut communiquer aux autres, traduit son état d’esprit jusque dans ses paradoxes apparents.

Alita: Battle Angel de Robert Rodriguez, Jimmy sans famille

La position d’apôtre de sa sainteté défendue par Rodriguez, la même au fond que celle adoptée vis-à-vis de Franck Miller à l’époque de Sin City, semble ignorer sciemment la nature médiumnique du cinéma. Ce n’est pas parce que ça ressemble à du Cameron que ça a le goût du Cameron : pour Rodriguez, retranscrire le point de vue de quelqu’un signifie manifestement effacer le sien.

Rétrospective Clint Eastwood : Le Maitre de guerre

Derrière l'ambiance de vestiaire revendiquée, Le maître de guerre est empli d’une tristesse qui ne fait que croître à mesure que le héros ressent l’écart se creuser entre lui et ses contemporains, qui voit l’horizon d’une retraite solitaire se profiler. C’est l’histoire d’un retour dont personne ne veut et d’un départ imminent.

Time and Tide : Le Big Bang de Tsui Hark

Œuvre du come-back, Time and Tide se pose ainsi comme la profession de foi absolutiste d’un cinéaste résolu à remettre son médium sur la table d’opération. Le film génère l’image d’une pré-civilisation primitive qui se grave au fer rouge dans la rétine du spectateur pour l'atteindre jusque dans son câblage cognitif.

Festival de Cannes 2018 : changements en autarcie et accès VIP

Que la plus importante manifestation cinématographique mondiale affirme son intention de restaurer l'importance supposément en péril du 7ème Art, rien de plus louable en soit. Que ce même péril soit identifié à l'aune de sa nouvelle accessibilité, voilà qui est déjà beaucoup plus litigieux, et risque bien de réduire à néant les efforts de Frémeaux visant à combattre l’image d’un festival défiant vis-à-vis du grand-public

Mission Impossible Fallout : ll était une fois… Tom Cruise

McQuarrie sort les Mission Impossible du terrain du « moi » pour placer la franchise sur le terrain du « nous ». Le cinéaste rend ainsi Ethan Hunt au monde dans lequel il a un rôle à jouer et Cruise à la fonction qu’il tient aujourd’hui : celui d’une locomotive inoxydable qui performe pour la gloire de son médium et, surtout pour le public qui vient le voir.

Les Incorruptibles de Brian De Palma : les croisés de la Prohibition

Les Incorruptibles est peut-être un film-manifeste de De Palma le formaliste. Le virtuose capable de réinventer un genre pataugeant dans le formol à l’époque (le film de gangsters en costumes), le styliste flamboyant qui hyperbolise les péripéties les plus anodines, le cinéphile insolent capable de citer l’une des scènes les plus célèbres du 7ème Art pour se mesurer en creux à son instigateur (la scène de l’escalier, incroyable hommage/défi au Cuirassé Potemkine de Serguei M. Eiseinstein).

Crazy Day, Robert Zemeckis dans l’oeil de la beatlemania

De la même manière qu'il raconte les débuts d'une révolution, Crazy Day marque la naissance de l'immense cinéaste qui contribuera à révolutionner le cinéma des décennies suivantes. Zemeckis, les Beatles à lui tout-seul.

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