The Servant est l’un des chefs-d’œuvre du cinéaste américain. Porté par un Dirk Bogarde au sommet de son art, le film est une charge sans pitié dirigée contre le système de classes britannique, un domestique pervers et sournois y vampirisant progressivement son maître emmuré dans des conceptions sociales obsolètes. Ce sujet brûlant pour l’époque, abordé à la manière d’un thriller subtil, associé à la mise en scène baroque et au noir et blanc sublime, font de The Servant un très grand film… qui n’a pas pris une ride.
Dans un rôle qui lui va comme un gant, Tony Curtis incarne un personnage authentique d’imposteur aux mille et une vies, qui se fait passer avec succès pour un gardien de prison, un moine et un médecin, parmi tant d’autres. Une histoire peu banale qui donne l’occasion au comédien de créer un personnage à la fois truculent et attachant, et à Mulligan de mettre en scène une œuvre hautement divertissante. Irrésistible.
Comme dans un film d’Ozu, Dans un jardin qu’on dirait éternel résume l’esprit japonais dans une exquise économie de mots et de situations. Ce film, le premier du réalisateur Tatsushi Ōmori sorti dans les salles françaises et, hélas, le dernier de la comédienne Kirin Kiki, est un véritable bijou. La cérémonie du thé, immuable et ancestrale, y représente une parenthèse réflexive et profondément humaine dans le parcours d’une vie.
Sans aucun remords bénéficie de la mise en scène nerveuse et efficace qu’on attend de ce genre de productions, ainsi que d’une distribution convaincante menée par Michael B. Jordan. Question originalité, par contre, on repassera, le film n’empruntant que des voies usées jusqu’à la corde. Très éloigné de sa source littéraire, le scénario signé Taylor Sheridan développe de manière superficielle une idée séduisante : la permanence de l’adversaire russe comme schéma politique essentiel aux États-Unis.
Le film, qui vaudra au cinéaste un nouveau triomphe bien mérité, est un formidable récit d’aventures qui nous ramène au temps du Raj britannique, sans la couche de moraline invariablement appliquée de nos jours à l’histoire coloniale. Le casting en or est dominé par l’irrésistible duo Sean Connery-Michael Caine, les comédiens incarnant des hommes à la morale douteuse mais dont l’audace permet de réaliser leurs rêves les plus fous, dans une contrée de tous les possibles.
Avec Bertha Boxcar, on découvre le maître new-yorkais dans un contexte pour le moins déstabilisant, puisqu’il tourne ici sous l’égide de Roger Corman une pure fiction d’exploitation, au budget réduit, après avoir installé sa caméra dans le Sud profond, un cadre totalement inédit pour le cinéaste. S’il demeure à des années-lumière des chefs-d’œuvre ultérieurs, Bertha Boxcar est un véritable OVNI dans la carrière de Scorse. C’est principalement à ce titre que le film mérite d’être redécouvert, d’autant plus qu’il est accompagné ici de deux bonus fort intéressants.
Dans cette œuvre de John Boorman de 1985, la nature déborde régulièrement de son cadre traditionnel (magnifique et dangereux à la fois) pour assumer une fonction mystique, attribuant des pouvoirs magiques à ceux qui la respectent… et exerçant une punition divine sur ceux qui l’ont profanée. A la fois fable écolo-mystique et fiction d’aventure aux penchants ethnologiques appuyés, La forêt d’émeraude (The Emerald Forest) ne fonctionne qu’à moitié mais a pour originalité de mettre en valeur ce que la nature révèle par-delà le tangible.
Ce conte délirant, réalisé avec un budget minuscule et dans lequel on retrouve deux autres membres des Monty Python, est encore imprégné de tout ce qui fit le charme de la troupe britannique. Carlotta Films nous le propose dans une version restaurée 4K agrémentée de bonus divers et variés qui prolongent de bien belle manière le plaisir de la (re)découverte de ce premier essai d’un cinéaste à nul autre pareil.
Mardi 5 mai 2026, le Petit Théâtre de la Maison de la Culture d’Amiens accueillait l'adaptation de Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, un texte longtemps censuré. Marie Fortuit et la compagnie Les Louves à Minuit signent une mise en scène audacieuse qui fait le choix de la retenue, transformant cette histoire d'émancipation en un objet artistique sensible et maîtrisé.
Ce qui rend la violence de The Boys si impactante, ce n’est pas seulement son exagération, c’est sa précision chirurgicale. Dans les studios VFX, la barbarie n’est plus laissée au hasard : elle se règle comme un paramètre. Un cadran baptisé “GORE DIAL”, quelques crans au-delà de 10, et l’horreur passe du réaliste à l’absurde. Preuve que nous sommes entrés dans une ère où même la sauvagerie la plus démente est devenue une variable technique parfaitement maîtrisée.
Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.
Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ?
Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.
Dans From, la nuit appartient aux monstres et la lumière fragile aux vivants. Christopher Ball impose une règle stricte : seuls les lanternes à pétrole, bougies et torches visibles à l’écran éclairent les scènes. Ce parti pris matériel fait de chaque flamme un véritable compte à rebours, où la clarté elle-même devient source de terreur.