Coincé entre deux époques – ce qu’illustrent aussi bien les éléments du scénario que le jeu des comédiens –, le film souffre d’un déséquilibre permanent qui explique sans doute en partie qu’il est aujourd’hui largement méconnu. La facette de l’univers militaire qui y est montrée est d’autant plus étonnante si l’on considère que le film de David Miller – dont c’est une des dernières œuvres – est sorti en 1963, ce qui en fait tout simplement un pionnier de la représentation cinématographique des blessures psychologiques du soldat américain.
Dans un monde orwellien qui suffoque sous le poids de sa propre absurdité bureaucratique, la figure du héros rêveur incarne plus qu’une bouffée d’air frais : un espoir. Quand rêve et réalité se confondent de plus en plus dans un joyeux désordre à l’imagination débordante, les fantasmes les plus fous se matérialisent et effacent les repères. A moins que tout ceci n’était justement… qu’un rêve ?
L’œuvre de Delbert Mann, sortie dans une ère de vaches maigres pour le cinéma hollywoodien, retrace le destin du caporal Ira Hayes, un des hommes figurant sur la célèbre photographie d’élévation du drapeau américain sur l’île japonaise d’Iwo Jima, pendant la Seconde Guerre mondiale. Tony Curtis incarne cet homme qui, par un simple hasard, se voit propulsé vers une célébrité imméritée qu’il est incapable d’assumer.
Les trois premiers films de Tsai Ming-liang sont intimement liés au point de constituer des variations autour des thèmes de prédilection du maître taïwanais né en Malaisie : décor urbain, laideur matérielle, incommunicabilité, solitude, sexualité, voyeurisme, etc. A maints égards, ces premières expériences particulièrement bien maîtrisées synthétisent déjà le cinéma de Tsai. Des suppléments roboratifs achèvent de faire de cette sortie un must absolu pour tous les amoureux du cinéma et de la personnalité attachants et hors nomes du metteur en scène.
Développée à partir d’une (fausse) légende sami, ce peuple autochtone du nord de la Scandinavie également appelé lapon, Le renne blanc est une œuvre simple mais visuellement expressive, qui exploite parfaitement un décor naturel assez original compte tenu du genre dans laquelle elle s’inscrit. Les curieux seront en outre récompensés par des suppléments qui apportent une réelle plus-value à l’objet filmique.
Western atypique dont l’action est située dans une période historique tourmentée où le futur s’invite déjà dans un passé qui ne passe pas, l’œuvre est d’une sobriété émouvante. Elle assume ses choix narratifs originaux et finit de convaincre grâce à son casting et à ses qualités esthétiques indéniables. Une vraie bonne surprise.
Après une descente aux enfers entre 1965 et 1975, dans un contexte de transformation de l’industrie cinématographique nippone, Dersou Ouzala, une coproduction soviéto-japonaise, permit de relancer la carrière d'Akira Kurosawa. Le film poussa le metteur en scène à changer d’air et de méthodes en s’en allant tourner dans la taïga sibérienne, à plus de 60 ans. Ce récit humaniste, aujourd’hui quelque peu oublié, est une merveille tout à fait atypique dans le parcours du maître. Il mériterait pourtant de figurer non loin des grands classiques dont ce dernier nous gratifia.
Cette édition du Professeur par Pathé est un vrai événement. Elle permet en effet de sortir d’un oubli relatif non seulement ce film remarquable, mais aussi son metteur en scène Valerio Zurlini, ainsi qu’une des meilleures prestations d’Alain Delon dans une décennie 1970 pourtant riche en œuvres essentielles. Le professeur (La prima notte de quiete) est une œuvre crépusculaire et profonde, dans laquelle le héros tragique, qui semble avoir définitivement baissé les bras, retrouve goût à la vie malgré l’impossibilité de ses rêves. Quel plaisir de découvrir aujourd’hui le montage plus long de Zurlini de ce joyau italien méconnu !
Mardi 5 mai 2026, le Petit Théâtre de la Maison de la Culture d’Amiens accueillait l'adaptation de Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, un texte longtemps censuré. Marie Fortuit et la compagnie Les Louves à Minuit signent une mise en scène audacieuse qui fait le choix de la retenue, transformant cette histoire d'émancipation en un objet artistique sensible et maîtrisé.
Ce qui rend la violence de The Boys si impactante, ce n’est pas seulement son exagération, c’est sa précision chirurgicale. Dans les studios VFX, la barbarie n’est plus laissée au hasard : elle se règle comme un paramètre. Un cadran baptisé “GORE DIAL”, quelques crans au-delà de 10, et l’horreur passe du réaliste à l’absurde. Preuve que nous sommes entrés dans une ère où même la sauvagerie la plus démente est devenue une variable technique parfaitement maîtrisée.
Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.
Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ?
Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.
Dans From, la nuit appartient aux monstres et la lumière fragile aux vivants. Christopher Ball impose une règle stricte : seuls les lanternes à pétrole, bougies et torches visibles à l’écran éclairent les scènes. Ce parti pris matériel fait de chaque flamme un véritable compte à rebours, où la clarté elle-même devient source de terreur.