Thierry Dossogne

La règle du jeu, de Jean Renoir, en Blu-ray : derniers badinages avant l’éclipse

La règle du jeu, qui dit tellement de son contexte historique tragique (le film est sorti en juillet 1939) en n’y faisant pourtant aucune allusion explicite, demeure ce grand classique du cinéma français, un indispensable parmi les indispensables. Sa légèreté apparente annonce la fin d’un monde mais aussi, pour le cinéaste, la conclusion d’une période particulièrement inspirée. On ne peut par contre qu’être déçus en constatant le manque d’intérêt de cette nouvelle sortie dépourvue de surprises et de suppléments.

Total Recall (1990) : Paul Verhoeven peint la planète Mars en rouge sang

Tournant pour la première fois avec une star (Arnold Schwarzenegger) et disposant de moyens colossaux, Paul Verhoeven pousse joyeusement tous les curseurs à fond dans cette adaptation d’une nouvelle du maître de la science-fiction littéraire, Philip K. Dick. Action brutale, violence graphique, Schwarzie en armoire à glace impitoyable et mutants lubriques : Total Recall n’a assurément pas volé son statut de délire SF over the top. Sans doute la première œuvre « culte » du cinéaste.

Valse d’amour, de Dino Risi, en DVD/Blu-ray : l’amour d’un fou est le plus sincère

Dans un de ses tout derniers longs-métrages, le maître italien retrouve son comédien fétiche, Vittorio Gassman, dans une comédie mélancolique et poétique. Le metteur en scène y refuse malicieusement de choisir un style bien précis, passant avec légèreté du drame familial au bonbon sucré, en passant par les excès de la comédie à l’italienne. Si le film se situe bien loin des chefs-d’œuvre de Risi, il donne au moins l’occasion à Gassman de nous rappeler, une fois de plus, quel immense comédien il fut.

Guendalina (1957), d’Alberto Lattuada : idylle estivale

Pleine d’esprit, cette œuvre pétillante offre une vision particulièrement nuancée d’une génération d’adolescents qui, une décennie à peine après le second conflit mondial, évolue déjà dans une ère nouvelle. Malgré la patine du temps, Guendalina conserve ainsi une étonnante pertinence grâce au regard, passionné mais pas complaisant, qu’il pose sur son héroïne qui grandit et mûrit en à peine quelques semaines.

Le Prince de New York (1981), de Sidney Lumet : le policier comme victime expiatoire d’un système failli

Huit ans après le célèbre Serpico, Sidney Lumet s’intéresse à nouveau à la corruption qui sévit au sein de la police new-yorkaise au début des années 1970. Avec pour objectif, cette fois, de peindre une réalité nettement plus nuancée. Sur près de trois heures qu’on ne voit pas passer, le maître du « film sur la police » expose la réalité d’une corruption systémique, dans un milieu uniquement peuplé d’anti-héros.

Nosferatu, fantôme de la nuit, de Werner Herzog (1979) : une ode à l’amour, aux ténèbres et au pouvoir du mythe

A travers ce remake, Werner Herzog nous offre une véritable déclaration d’amour, non seulement au long-métrage muet de Murnau, mais aussi et surtout au romantisme allemand. Nosferatu n’est pas un film d’horreur. C’est une expérience à la fois poétique et émotionnelle d’une puissance prodigieuse, qui convoque par sa forme unique le tragique de l’amour et la splendeur de la mort.

Business is Business : Paul Verhoeven, pape de l’immoralité

Incarnant à lui seul le cinéma néerlandais, Paul Verhoeven a eu une carrière aussi incroyable qu'improbable. L'aventure commença en 1971, avec un long-métrage modeste intitulé Wat zien ik (Business is Business), une histoire de deux prostituées de bas étage qui réalisent les étranges fantasmes de leurs clients. Pas de doute, nous avons bien affaire à un film de Paul Verhoeven.

Tango, de Patrice Leconte (1993) : balade champêtre

Ressortir dans le contexte actuel une fiction évoquant l’assassinat d’une épouse infidèle, déjà qualifiée à tort il y a près de trente ans de « misogyne », n’allait pas de soi. Il faut donc saluer ce choix de Pathé, qui nous permet de réaliser l’inanité d’un tel jugement, Tango n’étant rien de plus qu’une comédie absurde qui prend un malin plaisir à ridiculiser les deux sexes. Une œuvre qui célèbre la liberté et la légèreté, sans œillères idéologiques, comme on n’en fait plus que rarement.

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