Cent cartes pour parcourir une décennie que la mémoire tend parfois à réduire à ses refrains et à ses couleurs. Avec cet "Atlas des années 1960", Gordon Kerr et l’illustratrice Claire Rollet font voisiner l’effervescence culturelle, les conquêtes sociales et les lignes de fracture qui traversent le monde.
Pour le quatrième et dernier volet des aventures de Ferdinand Tirancourt, Philippe Pelaez et Francis Porcel ramènent leur antihéros dans la boue de la Grande Guerre. Mais sous l’uniforme américain cette fois, et flanqué de deux compagnons dont les histoires disent une autre guerre, intérieure celle-là : celle d’une Amérique blanche qui envoie combattre des hommes qu’elle ne considère pas encore comme ses égaux.
Dans "Une histoire du cinéma français – 1990-1999", Denis Zorgniotti et Ulysse Lledo reviennent avec générosité sur une formidable mécanique en mouvement. Une machine française, avec ses vieilles pièces et ses jeunes moteurs, ses artisans et ses industriels, ses vedettes et ses francs-tireurs, ses ratés, ses emballements et ses inventions. Des auteurs consacrés aux nouveaux visages, de Besson à Carax, de Binoche à Trintignant, de la pellicule aux premiers bouleversements numériques, de La Haine à Kirikou et la Sorcière, les années 90 apparaissent dans l'Hexagone comme un atelier à ciel ouvert : le cinéma français s’y transforme peu à peu…
Édouard Louis signe un manifeste incandescent où la littérature se fait action, confrontation et dévoilement. En dialogue avec Mary Kaïridi, il défend une écriture du corps, de l’émotion et du politique, contre les dogmes esthétiques qui perpétuent l’effacement des vies dominées. Un livre qui ne répond pas : il déplace, il transforme.
Dans "Ma vie de livreur à Pékin" (éditions Autrement), Hu Anyan narre une existence traversée par dix-neuf métiers peu qualifiés. Une vie ordinaire se déploie ; elle témoigne pour des millions d'autres.
Avec sa brève "Histoire de la bande dessinée en France", Benjamin Caraco propose bien davantage qu’une synthèse chronologique : une mise en ordre documentée d’un champ longtemps considéré comme périphérique, mais aujourd’hui pleinement intégré aux études culturelles. En 128 pages denses mais parfaitement limpides, l’opuscule paru aux éditions La Découverte réussit un exercice délicat : restituer la complexité historique, sociale et esthétique de la bande dessinée française sans céder ni à l’érudition sèche ni à l'inventaire de noms.
« Le mec du rez-de-chaussée, il me montre des images et des vidéos sur son téléphone. Y en a une avec un homme qui filme et sa femme et lui rient ensemble parce que quelle idée cette fumée au port. Ils disent que c’est la preuve de l’incompétence de l’Etat et ils sont d’accord avec le Premier ministre avant même qu’il ne soit lui-même au courant de sa propre incompétence. Sa voix à elle est douce comme celle de ma femme… J’en parlerai pas. Puis il y a une première explosion et elle dit de sa voix qui est comme celle de ma femme : « Mon amour, mon amour, rentrons », et puis pendant que le nuage blanc grossit, la voix de ma femme crie : « Mon amour, mon amour, rentrons tout de suite. » Et puis il y a une deuxième explosion rouge en champignon comme celui de la bombe nucléaire et le souffle prend la femme qui aurait pu être ma femme et l’homme et le téléphone avec, et la vidéo s’arrête et peut-être ils sont morts eux aussi avec ma femme. Sûrement qu’ils sont morts eux aussi vu qu’ils étaient encore plus proches que l’explosion que mon quartier. Seul leur téléphone a survécu. Pas comme moi, moi je suis juste pas mort. On garde les traces qu’on peut. »
Dans "Les Grands Noms du rock", Ernesto Assante propose une autre manière d’écrire l’histoire du rock : non comme une succession de dates et de styles, mais comme un mouvement vivant, contradictoire, indocile, arrimé à ses stars les plus talentueuses.
Bel ouvrage, le "Dictionnaire des cinémas chinois" propose une cartographie analytique et critique d’un continent cinématographique éclaté, traversé par l’histoire, la censure, les évolutions du marché et les métamorphoses des formes visuelles. Dans son édition la plus récente, enrichie, le livre dirigé par Nathalie Bittinger assume pleinement son ambition : penser ensemble les œuvres, les corps, les industries et les imaginaires.
Dans ce quinzième volume publié par Glénat, le "One Piece Magazine" s’intéresse à "One Piece Film : Red". Riche en entretiens, croquis préparatoires, analyses musicales et documents de production, il dévoile les dessous d’un film pensé autant comme une expérience visuelle que comme une œuvre musicale. Un numéro qui se lit comme une véritable exploration de la fabrique du film.
Dans cette somptueuse édition où les poèmes de Baudelaire se glissent entre les velours sombres, les ors patinés et les fièvres chromatiques d’Olivier Ledroit, "Les Fleurs du Mal" renaissent avec intensité. Plus qu’un livre illustré, c’est une traversée sensuelle et parfois inquiète, où chaque page s'anime au rythme du texte.
Un garçon qui volait des bentos pour nourrir sa mère se retrouve pris dans une chasse au trésor où chacun avance masqué. Rainy Kamitsuki et Nau Doi situent leur aventure dans les Ryukyu du XIXᵉ siècle, au bord d’un monde qui vacille. C'est à découvrir aux éditions Glénat.
Le tome 12 reprend le fil des androïdes et de Cell, mais s’autorise des sorties de route savoureuses : conseils de yoga, leçon sur les cigales et personnages qui commentent occasionnellement leur propre manga.
Cent cartes pour parcourir une décennie que la mémoire tend parfois à réduire à ses refrains et à ses couleurs. Avec cet "Atlas des années 1960", Gordon Kerr et l’illustratrice Claire Rollet font voisiner l’effervescence culturelle, les conquêtes sociales et les lignes de fracture qui traversent le monde.
Avec "Lee Horn : Le Fantôme de Wounded Knee", Philippe Thirault et Gilles Mezzomo font courir une même violence de l’Ouest américain aux Philippines, avant de la ramener dans les rues de New York. Derrière les habits du western et le moteur assez classique de la vengeance, leur album sonde surtout le destin de Lee Horn, un homme successivement adopté, déplacé, enrôlé, amoureux et endeuillé, qui aura passé sa vie à chercher une place dans des mondes qui ne savaient que faire de lui.