Emerald City, une série réalisée par Tarsem Singh : Critique Saison 1

Comme la loi des séries est injuste…. Annoncée en 2013, annulée avant sa mise en production, ré-optionnée miraculeusement en 2015, Emerald City aura connu un parcours des plus chaotiques. Et ce n’est pas son lancement en catimini, assorti de critiques et d’audiences catastrophiques, qui stoppera cette marche inexorable vers l’oubli. Tâchons tout de même de redresser la barre pour ce qui est probablement le meilleur show produit par un network depuis Hannibal (déjà sur NBC). Oui, oui.

Vendue comme une version épique, sombre et violente du Magicien d’Oz de L. Frank Baum, la série de Matthew Arnold (remplacé ensuite par David Schulner) promettait la réinvention de ce récit fondateur de la littérature américaine par la transfiguration ambitieuse d’une série de network en un show sous influence Game of Thrones.

Emerald City tire d’ailleurs habilement son épingle du jeu dans les grandes libertés qu’elle prend avec le roman originel. Si une partie de l’intérêt du show réside d’ailleurs dans la découverte des variations opérées sur ce classique (que nous n’éventerons donc pas), il semble que certaines choses aillent d’elles-mêmes, sans forcing, dans l’intention initiale du programme. Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que le lion peureux n’est pas vraiment un lion, que les souliers de rubis sont devenus autre chose et que les singes ailés sont présents d’une manière particulière.

A ce petit jeu du pas de côté, Emerald City a pour elle un travail évident d’appropriation de l’œuvre originelle et un sérieux boulot d’adaptation au médium télévisuel et aux canons de la fiction contemporaine. Si certains parti-pris pourront toujours faire hausser un sourcil, il faut admettre que l’ensemble se réinvente plutôt bien pour la télé.

L’univers autrefois féerique et coloré d’Oz devient ainsi grim’n’gritty, avec d’appréciables touches de steampunk et une mythologie revisitée à l’aune du pouvoir corrompu et de sombres croyances issues d’un passé terrifiant. Via le fameux effet zapping cher à Game of Thrones, on suit parallèlement tous les personnages du show. Et ce sur plusieurs storylines ne jouant pas au même niveau d’intensité dramatique ou narrative et dont la principale reste celle du Magicien (étonnant Vincent D’Onofrio) face au soulèvement des sorcières dans une lutte pour la domination d’Oz. A savoir ce qui de la science ou de la magie prévaudra, si possible à l’issue d’une bataille épique.

Changement radical de l’histoire et du ton donc mais pour autant, une fidélité salutaire à l’essence du roman et notamment au caractère profond des personnages en action. Ce qui permet de développer la psychologie des personnages principaux, de bouleverser nos certitudes et de boucler magnifiquement, lors de l’épisode final, avec le message suranné mais légendaire de Baum. C’est ce qu’on appelle donc une adaptation, avec des vrais partis-pris et dans le paysage actuel, ça ne court pas les rues.

On le disait, Emerald City avait l’ambition affichée de proposer sur un network un show à la facture au moins égale au mastodonte d’HBO. C’est bien évidemment difficilement possible tant les budgets de production ne jouent pas dans les mêmes catégories. Cependant, il faut reconnaître de louables efforts à Emerald City pour sortir de la laideur ambiante des dramas fantastiques. Au point que le pari n’est pas loin d’être gagné.

Le show à déjà le bon goût de ne durer que 10 épisodes, ramassant ainsi le budget de sa saison sur un volume de production plus petit qu’à l’accoutumée permettant des épisodes rehaussés par une production-value maligne. Emerald City bénéficie notamment d’un tournage en grande partie en décors naturels (en Espagne, Croatie et Hongrie, pays co-producteurs) ce qui offre crédibilité, matière et texture au contexte et renforce le show d’un point de vue formel.

Accessoirement, cela vaccine aussi à vie des fonds verts dégueulasses de la concurrence.

Fait rare pour un network, c’est un unique réalisateur, Tarsem Singh (The Cell, The Fall, Les Immortels, Blanche-Neige, Renaissances) qui réalise l’entièreté de la série. Si son style clippeux et esthétisant fait souvent polémique, force est d’avouer que Singh apporte ici une forme élégante (ayant même parfois franchement de la gueule), cohérente de bout en bout et irriguée dans son sillage par une direction artistique bien particulière. Une intéressante hybridation entre la dark fantasy, la culture Indienne et l’art Européen (notamment Moebius).

 

Le résultat est plutôt intriguant, jamais cheap et parfois vecteur de petites trouvailles astucieuses où l’idée générale est de faire souvent le plus avec le moins. Permettant du coup des SFX plus convaincants qu’à l’accoutumée et une ampleur véritablement présente en des moments fatidiques. Ce couplé à une réelle gestion des attentes pour des effets, du coup, vraiment payants.

Peu édulcorée quant à la question de la violence, la série marque aussi des points dans son intention de ne pas ratisser large et d’exclure d’emblée un public enfantin. Un choix risqué mais à saluer pour une production qui coûte un peu de pognon et adaptée, quand même, d’un livre pour enfants.

Maintenant, tout n’est pas non plus rose (ou jaune, ou vert) au pays d’Emerald City. Quelques défauts irritants des séries de network ont la peau dure et s’incrustent dans le paysage. En premier lieu, un casting quasi-intégralement composé de top-models, ce qui ne gâche pas l’œil loin de là mais donne un aspect papier glacé à l’objet. Une démarche souvent reprochée à Singh dans son travail et qui se rappelle rarement mais difficilement à nous quand un jeu approximatif se met en branle.

De même, Dorothy, qui est ici une jeune femme, subira la sempiternelle rengaine contemporaine d’un destin influencé par les choix de ses géniteurs ainsi qu’une romance compliquée, débouchant sur un déterminisme gonflant et quelques gros sabots dans la construction des révélations et des relations. Mais cela, malheureusement, c’est la gangrène de la fiction populaire depuis un trop long moment que de tout lier à la parentalité.

Ceci mis à part, la série est très plaisante à suivre, construisant des enjeux forts et des situations excitantes au-delà du plaisir pris à redécouvrir les arcanes bien connues du roman. Par ailleurs, sa montée en crescendo dans l’intrigue donne l’impression d’un objet pensé de longue date comme un tout extrêmement cohérent, qui ne tire jamais à la corde et suit une ligne narrative claire où les enjeux prennent de l’ampleur et évoluent pour atteindre une réelle finalité. Quand bien même la série laisse volontairement des portes ouvertes pour une suite…

Des portes que nous aurons peu de chances (voire aucune) d’emprunter car, comme nous le disions, la loi des séries est injuste. Alors rendez justice à ce show qui mérite bien mieux qu’un anonymat.

Emerald City : Bande-annonce

Synopsis :  Les aventures de Dorothy qu’une tornade entraîne au Pays d’Oz, Elle fait alors la rencontre de l’Épouvantail et tente de rentrer dans le Kansas, prenant part au conflit qui oppose le Magicien aux sorcières du Pays d’Oz.

Emerald City : Fiche technique

Créateurs : Matthew Arnold et David Schulner
Réalisateur : Tarsem Singh
Distribution : Adria Arjona (Dorothy Gale), Vincent d’Onofrio (Le Magicien d’Oz), Oliver Jackson Cohen (Lucas / Roan), Gerran Howell (Jack), Ana Ularu (West), Jordan Loughran (Tip), Mido Hamada (Eamonn), Joely Richardson (Glinda),…
Musique : Trevor Morris
Production : Chris Thompson et Tommy Turtle
Format : 42 minutes
Nombre d’épisodes : 10
Chaînes d’origine : NBC
Nationalité : Américaine, Espagnole, Croate, Hongroise
Genre : Drame, Fantastique
Premier épisode : 6 janvier 2017

États-Unis/Espagne/Croatie/Hongrie 2017

Auteur : Adrien Beltoise

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