Split, un film de M.Night Shyamalan : Critique

Avec Split, pour son onzième film, le cinéaste M.Night Shyamalan (scénariste/réalisateur), habitué à la polémique, nous vend un ambitieux projet lié à Incassable (2000), du déjà vu qui finira par donner raison à ses détracteurs : fragile, prévisible, inconfortable, pire encore … ennuyeux.

Synopsis: Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

Docteur Jekyll et Mister Hyde

Après une filmographie qui prête au débat avec des films de très mauvais goût (La Jeune fille de l’eau) ou relativement écolo-ingénieux (Phénomène) en passant par un nouveau type de super-héros très réussi (Incassable), Shyamalan a toujours tenté d’allier divertissement et auto-réflexivité avec des messages plus ou moins évidents sur différents sujets philosophiques, sociétaux ou cinématographiques. Si l’on remonte les intentions, l’inspiration concernant le personnage de James McAvoy lui serait venue en tournant Incassable. Mais la scène qu’il avait imaginée était trop intense par rapport au reste du film. Il a donc préféré l’écarter et en a fait un long-métrage à part entière bien des années plus tard. Difficile d’oublier l’inefficacité de The Visit par son procédé convenu et son scénario soporifique. On l’attend au tournant comme si sa réputation réclamait constamment un nouvel éclat. Il ne faudra pas s’attendre à être ébloui avec Split, car malgré des performances étonnantes et une mise en scène propre, le genre sombre dans la quintessence scénaristique du ridicule. On peut asséner le même « compliment » au dernier film de Gore Verbinski (A Cure For Life). Sa volonté du twist cousu d’avance empiète sur une nécessaire subtilité et transformant l’objet ici d’analyse en un exercice d’hommage sans réelle matière ni consistance (le huis clos de Room, le slasher de Psychose, la chronique lynchienne Lost Highway, le drame psychologique de Martin Scorsese Shutter Island, ou les thrillers noirs de David Fincher sans oublier Fight Club). Et il n’est pas anodin que ces derniers traitent de la schizophrénie comme résolution dramatique. Ici, les cartes semblent avoir été redistribuées à l’envers et nous semblons connaître la nature du mal qui pousse James McAvoy à kidnapper trois adolescentes, mais la réponse n’en est pas moins… inintéressante.

Passons sur la critique de la génération Y ayant tout à portée de main, superficielle et vierge de toute « réelle souffrance ». Passons sur l’emprisonnement, l’isolation ou l’impossibilité de l’extérieur déjà leitmotiv dans moult films d’horreur (Martyr, The Thing, Don’t Breathe…). Et focalisons-nous principalement sur la force principale du film, les multiples personnalités du personnage joué par l’acteur britannique, puisqu’il s’agit non pas d’une révélation, mais du premier contexte. Une vingtaine d’identités différentes pour un jeu un peu en dessous des talentueux Anthony Perkins (Psychose), Jack Nicholson (Shining), Tony Curtis (L’Etrangleur de Boston) ou Michael Shannon (Bug, Take Shelter). James McAvoy, déjà bipolaire dans Ordure! d’où nous ne citerons pas le plagiat au style de Danny Boyle, arrive par moments à atteindre certaines fulgurances et d’autres spectateurs le trouveront sensationnel. La jeune Anya Taylor-Joy déjà apparu dans The Witch ou le plus que décevant Morgane est tout aussi remarquable. Il est dangereux de statuer deux heures entières de film de genre bien à lui (du drame entertainment bien ancré dans le réel avec pointes de fantastique et d’horreur arrivant de nulle part sur intentions psychologiques) sur le trouble dissociatif d’identité. La volonté est donc clinique, puisque au centre du récit, mais également romanesque car intégrée dans un scénario tenant sur deux tickets de bus. Par ailleurs, montrer la scène d’introduction en voiture dans la bande annonce annule toute effet de surprise, car cette seule scène sans l’avoir découverte au préalable aurait eu quelque chose de grandiose et étouffant. Mais le choix de la vendre sur un format de marketing laissant peu de place à la respiration est aussi stupide que la plupart des bandes annonces massacrant le film en lui-même.

L’usage du flashback semble vouloir nous perdre ou nous donner les clés c’est selon, sauf que la simplicité du soi-disant « twist » (n’écoutez pas les médias qui emploie à tort ce mot) prévisible anéantit la profondeur de la scène de confrontation finale. D’autant plus, que le ressort du « he’s back » (il revient), gratuit comme toujours, participe une fois de plus à l’ennui enduré sur la dernière demi-heure. Et la question qui apparaît donc comme de l’herpès génital -c’est dire l’inconvénient- est la suivante « Pourquoi? » ou « A quoi bon? »

Pourquoi ce dépôt de gerbe sur le quai pour un retour au foyer? Pourquoi ce mysticisme cannibaliste gratuit? Pourquoi grimper autour d’une ouverture d’une porte pour redescendre juste après? Pourquoi ces choix de montrer la suggestion à la pédophilie? Pourquoi se distancier ensuite par rapport à Casey dans la voiture de police et son regard à la fois apeuré et vindicatif?

Pourquoi ce rappel soudain à l’épisode 6 de la première saison de Buffy contre les vampires dans lequel Xander se mut en hyène suite à un cas d’ensorcellement dans un zoo? Quoiqu’il en soit, les critiques sont similaires et de conclure… Profitons de la concomitance : Noël Murray, du site A.V. Club, affirme que, même si «l’analogie entre les hyènes et les cliques du lycée n’est pas aussi bien développée» qu’elle aurait pu l’être, «la narration est intéressante» et «quelques scènes sont vraiment dérangeantes et sinistres». Ici non au contraire, le maquillage en est risible. La BBC évoque «un élément surnaturel amené de façon maladroite» et mal expliqué mais un épisode qui reste néanmoins «extrêmement inventif» et qui bénéficie d’une «brillante interprétation de Nicholas Brendon, lequel transpire la menace dans chaque scène». Mikelangelo Marinaro, du site Critically Touched, délivre une critique plus négative et lui donne la note de D+, estimant qu’il y a une bonne idée de départ et quelques scènes vraiment convaincantes, certaines étant même inhabituellement sombres pour la saison 1, mais que l’exécution générale est mauvaise, que les «conséquences sont inexistantes» une fois l’épisode terminé, et que le «thème central ne tient pas très bien la route en termes de profondeur et de pertinence par rapport aux personnages principaux ». 

L’insert de fin faisant écho au personnage en fauteuil roulant (Mr Glass) dans Incassable avec l’apparition de Bruce Willis appelle à un cross-over entre la Horde et David Dunn. Alerte donc à la trilogie super-héroïque réaliste! En plus d’avoir le melon dur, avec des caméos juste rigolos pour faire comme le Gros Alfred, M.Night Shyamalan réalise une fois de plus un film relativement incompréhensible si l’on est pas dans sa tête, fragile et guère déstabilisant. Préférez le terme de drame super-héroïque à thriller psychologique et l’appréciation sera meilleure…

Split : Bande Annonce

Split : Fiche Technique

Réalisation : M.Night Shyamalan
Scénario : M.Night Shyamalan
Interprétation : James McAvoy (Dennis / Patricia / Hedwig / The Beast / Kevin Wendell Crumb / Barry / Orwell / Jade), Anya Taylor-Joy (Casey Cooke), Betty Buckley (Dr. Karen Fletcher), Haley Lu Richardson, (Claire Benoit), Jessica Sula (Marcia), Izzie Coffey (Casey à 5 ans), Brad William Henke (Oncle John), Sebastian Arcelus (le père de Casey)…
Image : Mike Gioulakis
Montage : Luke Franco Ciarrocchi
Musique : West Dylan Thordson
Décors : Mara LePere-Schloop
Costume : Paco Delgado
Producteur : Jason Blum, M. Night Shyamalan, Marc Bienstock
Société de production : Blinding Edge Pictures, Blumhouse Productions
Distributeur : Universal Pictures International
Durée : 117 minutes
Genre : Thriller Psychologique / Film de super-héros psychologique
Date de sortie : 22 février 2017
Avertissement : INTERDICTION AU – DE 12 ANS

Etats-Unis – 2017

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Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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