Assassin’s Creed, un film de Justin Kurzel : Critique

Malgré sa forme somptueuse à la mise en scène audacieuse et foisonnante ainsi qu’un Fassbender très impliqué, Assassin’s Creed est un film qui n’a rien à raconter et s’embourbe dans sa volonté de n’être qu’une passerelle pour vendre des jeux.

Synopsis : Grâce à une technologie révolutionnaire qui libère la mémoire génétique, Callum Lynch revit les aventures de son ancêtre Aguilar, dans l’Espagne du XVe siècle.  Alors que Callum découvre qu’il est issu d’une mystérieuse société secrète, les Assassins, il va assimiler les compétences dont il aura besoin pour affronter, dans le temps présent, une autre redoutable organisation : l’Ordre des Templiers

Un credo mitigé 

Cette année fut marquée par une vraie volonté de rendre les adaptations de jeux vidéos au cinéma légitimes. Ne plus laisser des faiseurs sans âmes venir bafouer ce que les gamers aiment à propos de leurs jeux pour en faire des produits mercantiles qui s’adressent à tous sans pour autant parvenir à satisfaire quelqu’un. Les développeurs de jeux vidéos commencent à prendre cela très au sérieux et à venir superviser eux-mêmes la production des films. Le premier à avoir profité de ce traitement de faveur fut Warcraft, confié à Duncan Jones ; le film a ses détracteurs mais s’impose comme une des meilleures adaptations vidéoludiques à ce jour  bien qu’il soit trop centré sur sa fanbase. Ubisoft, développeur et éditeur de la saga Assassin’s Creed, a aussi décidé de monter son propre studio de production cinématographique et fait ses débuts avec l’adaptation de sa licence phare. Voir Justin Kurzel, qui a brillé avec son flamboyant Macbeth, se charger du projet avec la plupart de l’équipe technique de son précédent film et en remettant en scène son couple phare (Fassbender et Cotillard) a de quoi rassurer sur la noblesse du projet. Le réalisateur a une patte visuelle indéniable et qui lui est propre ; cependant les récentes affirmations du studio sur le film qui n’est pas là pour une quelconque volonté artistique mais bien pour ouvrir la licence à un plus vaste public, dans le but de vendre plus de jeux, a de quoi refroidir les attentes.

Le scénario s’avère être le parfait guide pour rentrer dans l’univers du jeu, en apportant suffisamment de changements pour que le gamer inconditionnel de la série ne soit pas trop en terrain connu, même si l’ensemble reste très proche de ce que l’on a pu voir dans les jeux. L’histoire est ici simplifiée et s’appuie sur des archétypes courants du cinéma pour toucher un vaste public, entre le héros qui s’est retrouvé orphelin et qui doit affronter son passé pour achever sa quête initiatique, les méchants qui veulent contrôler le monde etc. Ce sont des éléments que l’on retrouvait aussi dans les jeux mais grâce à l’espace offert par ce support on avait affaire à des narrations plus étoffées et un manichéisme moins prononcé. Ici le film n’a pas l’espace pour éviter le ridicule d’un tel concept et plonge dans un récit extrêmement cliché qui n’a que peu à offrir. On suit juste le parcours initiatique du protagoniste et de l’antagoniste, avec quelques parallèles intéressants entre les deux, mais en dehors de cela les enjeux mettent bien trop de temps à apparaître et le film se clôture là où il devrait commencer. L’ensemble apparaît clairement comme un début de franchise et a du mal à tenir debout par lui-même. Surtout que les motivations des personnages sont obscures, mal gérées et tombent souvent dans un ridicule nanardesque notamment en ce qui concerne le personnage de Marion Cotillard, qui est une catastrophe d’écriture particulièrement vers la fin du récit (et le jeu ampoulé de l’actrice n’aide en rien). Le personnage principal sera bien mieux servi, même si comme pour le personnage de Cotillard on regrettera ce qu’il est amené à devenir à la fin, mais son parcours se révèle bien mieux exploité. Il sort un peu des standards de ce genre de blockbusters et possède une épaisseur bienvenue qui fait que l’on prend plaisir à suivre ses péripéties. Il est en plus admirablement servi par Michael Fassbender qui arrive à vendre même les aspects les plus douteux de l’histoire par son interprétation juste et impliquée qui s’avère impressionnante aussi bien émotionnellement que physiquement.

L’ensemble de cet Assassin’s Creed se déroule plus dans le présent que dans le passé. Ce dernier n’est juste là que pour offrir des scènes d’actions bien troussées et à grande échelle pour venir rythmer le récit qui serait sans ça anecdotique. D’un point de vue du scénario, ses phases n’apportent strictement rien mais s’avèrent être les plus réussies grâce à l’impressionnante maîtrise technique et visuelle déployée par Justin Kurzel. Les chorégraphies sont impressionnantes, l’action bien découpée et lisible (mise à part une course poursuite à cheval moins aboutie) et la mise en scène vertigineuse de ses séquences impressionne. Il utilise même certains effets des jeux vidéos comme lorsque le personnage atteint un point en hauteur et que la caméra fait un panoramique aérien autour de la zone pour dévoiler les alentours. Même si dit comme ça, cela peut donner une impression de pur fan service, Kurzel use de ses effets pour fluidifier l’action avec une caméra libre de ses mouvements qui survole sans cesse les personnages et les conflits. Il abuse parfois des mêmes effets ou il découpe trop les événements entre le passé et le présent durant les combats pour montrer le fonctionnement de l’Animus, ce qui tend à être redondant, mais il fait quand même preuve d’une audace visuelle bluffante qui rend l’ensemble très agréable à regarder. Surtout que les moments dans le présent ne sont pas en reste, même si l’action y est plus limitée ; la scène d’action qui se déroule dans cette période sonne un peu fausse, mais elle offre un travail sur l’ambiance assez enivrant. La direction artistique se révèle par instants fulgurante et offre des moments de pure onirisme comme lorsque le héros découvre un jardin évoquant l’Eden en plein milieu d’un complexe médical particulièrement froid. Des fulgurances sont donc distillées ici et là, accompagnées d’une photographie superbe d’Adam Arkapaw, très proche de celle saturée de Macbeth, et d’une composition musicale épique et exaltante de Jed Kurzel.

Assassin’s Creed est loin de s’apparenter à une réussite artistique même s’il remplit parfaitement ses objectifs, à savoir ouvrir la licence à un public plus vaste. Néanmoins l’ensemble a du mal à se justifier en raison d’une écriture paresseuse qui ne possède que très peu de qualités. Il faut se tourner vers le très bon casting, surtout Fassbender, un peu moins Cotillard, et la mise en scène visuellement audacieuse de Justin Kurzel pour trouver de quoi se mettre sous la dent. En résulte une production aux intentions purement commerciales qui est sauvée du naufrage par un réalisateur à la vision forte mais qui est clairement limité dans sa démarche. L’action de cet Assassin’s Creed en reste pour autant très efficace et on suit ce divertissement sans déplaisir mais le film n’est juste que moyen et on déplore de voir le talent du réalisateur être gâché dans une telle entreprise. Surtout que la franchise que cela annonce n’est pas particulière exaltante.

Assassin’s Creed : Bande annonce

Assassin’s Creed : Fiche technique

Réalisation : Justin Kurzel
Scénario : Bill Collage, Adam Cooper et Michael Lesslie
Interprétation : Michael Fassbender (Callum Lynch / Aguilar de Nehra), Marion Cotillard (Dr. Sophia Rikkin), Jeremy Irons (Allan Rikkin), Ariane Labed (Maria), Charlotte Rampling (un Templier de haut rang), Brendan Gleeson (Joseph Lynch),…
Image : Adam Arkapaw
Montage : Christopher Tellefsen
Musique : Jed Kurzel
Décors : Andy Nicholson
Costumes : Sammy Sheldon
Producteur : Jean-Julien Baronnet, Patrick Crowley, Michael Fassbender, Frank Marshall, Conor McCaughan et Arnon Milchan
Société de production : Ubisoft Motion Pictures, Regency Enterprises, Latina Pictures, The Kennedy/Marshall Company et DMC Film
Distributeur : 20th Century Fox
Durée : 115 minutes
Genre : Action, Science-Fiction
Date de sortie : 21 décembre 2016

Etats-unis – 2016

Festival

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l'argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, "The Last Pickpocket in New York" propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.