The Deleted, une série de Bret Easton Ellis : Critique Saison 1

Le site de streaming Fullscreen se lance dans la création de séries et fait pour cela appel à l’auteur américain Bret Easton Ellis ( Les lois de l’attraction, American Psycho) pour nous offrir The Deleted. Mêlant une intrigue mystérieuse avec un témoignage d’une jeunesse désabusée et perdue, cette très courte série reprend bien des ingrédients habituels des oeuvres de Bret Easton Ellis.

Auteur subversif s’il en est, comme en témoignent ses romans à succès tels que Moins que zéro et American Psycho, Bret Easton Ellis est également un grand cinéphile. Après avoir écrit le scénario du film de Paul Schrader, The Canyons, il n’est pas étonnant de voir l’écrivain passer pour la première fois derrière la caméra. Certes ce ne sera pas sur le grand écran, mais pour une série que Bret Easton Ellis va prendre la triple casquette showrunner/réalisateur/scénariste. C’est le site de streaming peu connu Fullscreen qui va lui offrir cette chance, et permettre à sa série The Deleted d’être diffusée aux Etats-Unis.

Youthorama

Pour peu qu’on soit familier de l’œuvre de Bret Easton Ellis, The Deleted ne va pas nous emmener dans des terrains inconnus. On y suit donc un groupe de jeunes personnes, toutes belles et superficielles, que l’on peut facilement rapprocher avec les protagonistes de ses premiers livres Moins que zéro et Les lois de l’attraction. Ces jeunes gens vont évoluer dans un Los Angeles ensoleillé au magnifique ciel bleu. Encore une fois, on reste dans un univers typique de Ellis. La cité des anges est une véritable carte postale et va être un cadre propice aux déambulations et errances de ses protagonistes rongés par un certain mal intérieur. Bien évidemment sexe, drogue et violence seront de la partie comme dans tous bons récits de Bret Easton Ellis.

The Deleted se démarque par son format très particulier. En effet, la série est particulièrement courte, seulement 8 épisodes dont la durée oscille entre 12 et 15 minutes. Cela laisse très peu de temps pour bien instaurer son récit et développer les personnages. Ellis s’en sort avec les honneurs même si on ressent assez vite un manque de substance. Le pilot est par ailleurs assez confus. Les personnages se succèdent très rapidement, les scènes de sexe sont nombreuses et on a du mal à voir un semblant d’histoire dans ces 15 premières minutes. Ellis va cependant réussir à instaurer un certain mystère dans les épisodes suivants, on remarque deux groupes qui se détachent. L’un est composé de cinq personnes : Ryder, Logan, Garrett, Mason et Agatha. Ces jeunes gens ont réussi à s’enfuir d’une sorte d’institut énigmatique. L’autre groupe est composé de Parker et Breeda qui eux semblent encore faire partie de cet institut/secte et essaient de remettre la main sur les fugitifs.

Si il y a bien une chose qui se dégage de tous ces personnages, c’est le mal-être qu’ils ressentent, et notamment pour les 5 « fugitifs ». Plus encore, on dirait que leurs émotions semblent avoir disparu. Garrett passe son temps à se scarifier dans l’espoir de ressentir quelque chose, Mason et Agatha enchaînent les parties de jambes en l’air. Seul Ryder semble être encore lucide et arrive à prendre son destin en main. Logan quant à lui est l’instigateur de cette fuite, et se trouve dans le même état d’esprit que ses camarades, mais reste à l’écart, et n’entre pas en contact avec eux. De leur côté Parker semble vivre une belle vie, et Breeda ressemble à un Terminator dont les émotions n’ont jamais existé. Ces différents comportements contribuent à épaissir de plus en plus le mystère autour de cet institut dont les 5 jeunes gens se sont échappés.

Moins que quinze

Malgré ce petit mystère qui enveloppe toute la saison, la série peine à convaincre réellement, et sa courte durée est un avantage à ce point. Bret Easton Ellis a dans ses romans érigé la vacuité de l’existence comme l’un de ses thèmes favoris. On retrouve bien évidemment cela dans The Deleted, avec un nombre important de scènes ne contribuant pas vraiment à l’intrigue. Les enchaînements de scènes de sexe pourraient par ailleurs paraître injustifiés pour la plupart des spectateurs. Les premiers épisodes donnent vraiment une impression de surplace et il n’est pas rare de se demander à la fin des 14 minutes : « c’est tout ? ». La série n’est cependant pas aussi radicale que certains romans de son auteur.

Les apparences et la superficialité dictent bien évidemment la direction artistique de la série. Avec son esthétique flirtant entre le porno chic et la télé réalité et ses acteurs aux corps d’Apollon, on peut se dire que la beauté intérieure a été laissée sur le carreau. Bret Easton Ellis s’est constamment amusé de ces éléments dans ses romans. Ici, ça peine à transparaître même si connaissant la personne on se doute bien que l’intention est là. C’est peut-être l’un des gros problèmes de la série, c’est qu’elle ne laisse pas de place à la dérision. Tout est trop sérieux, même si ce n’est pas forcément ce que veut Bret Easton Ellis. La plume de Ellis n’est pas aussi incisive et cynique qu’à son habitude, elle fait même preuve de fainéantise. Il ressasse des thèmes qui lui sont chers, sans vraiment en faire quelque chose de consistant . L’aspect thriller essaie de cacher un peu le tout avec l’énigme de l’institut mais c’est au final un écran de fumée qui n’arrive pas à masquer les défauts évidents.

The Deleted marque donc le premier essai de Bret Easton Ellis à la télévision, et ne s’avère pas réellement convaincant. La durée est clairement un avantage et un inconvénient, elle empêche à la fois d’aller au fond des choses mais d’un autre côté permet de rendre la série plutôt digeste comparé à ce qui aurait pu être fait si elle avait duré plus longtemps. Bret Easton Ellis tombe cependant dans un travers dont il s’est toujours amusé, la superficialité. Superficiel est vraiment le mot qui décrit le mieux The Deleted, et malheureusement pas dans un bon sens ( si tant est qu’il y ait un bon sens à ce mot, mais qui renvoie bien évidemment à la façon dont Ellis a l’habitude de traiter de la chose). La série aurait gagné à s’attarder un peu plus sur ses personnages, tout en offrant un once de paranoïa supplémentaire (autre élément que Ellis maîtrise très bien comme en témoigne le tétanisant Glamorama). La série ne possède pas que des défauts et tout le mystère qui englobe l’institut est intéressant et plutôt bien mené, notamment dans la seconde partie de saison. La bande-son est elle aussi très agréable qui contribue énormément à cette ambiance pesante de mystère. The Deleted laisse cependant un goût amer dans la bouche, surtout quand on connait le talent de la personne derrière.

Synopsis :  Deux jeunes personnes mystérieuses viennent de récupérer une maison près de la plage de Malibu. Pendant ce temps, Ryder, Mason, Agatha, Garreth et Logan essaient de reprendre le cours normal de leur vie après une expérience traumatisante. Très vite, ils commencent à se faire kidnapper les uns après les autres.

The Deleted : Fiche Technique

Créateur : Bret Easton Ellis
Réalisation : Bret Easton Ellis
Scénario : Bret Easton Ellis
Interprétation : Madeline Brewer (Agatha), Amanda Cerny (Breeda), Ian Nelson (Parker), Spencer Neville (Garrett), Daniel Zovatto ( Logan), Nash Grier (Ryder), Will Peltz ( Mason)…
Production : Bret Easton Ellis, Kurt Kittleson, Ross Levine, Braxton Pope
Société de production : Prettybird Pictures
Genre : Drama, thriller
Format : 8 épisodes de 15 minutes
Chaîne d’origine : Fullscreen
Diffusion aux USA : 4 décembre 2016

Etats-Unis – 2016

 

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