Personal Shopper, un film de Olivier Assayas : Critique

Personal Shopper, le dernier film d’Assayas auréolé du Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, n’évite pas les maladresses mais réussit à s’imposer comme une oeuvre fascinante et d’une densité incroyable.

Synopsis : Maureen est une jeune américaine à Paris gagnant sa vie comme « personal shopper » pour une célébrité. Avec son frère jumeau aujourd’hui disparu, elle possède aussi une capacité aiguë à communiquer avec les esprits.

Esprit es-tu là ?

Alors qu’il offrait à Juliette Binoche le premier rôle de son dernier film, Sils Maria, et qu’il arrivait à la magnifier tel qu’elle ne l’avait pas été depuis longtemps au cinéma, quelqu’un d’autre intéressait Olivier Assayas dans cette entreprise. Cette personne, c’était la star plébiscitée Kristen Stewart, alors en quête d’une renaissance artistique. Il ne faisait aucun doute que le cinéaste avait eu un gros coup de cœur pour cette actrice qui semble ici devenir sa muse, elle est au centre de ce Personal Shopper et l’habite dans chacun de ses aspects. Une telle obsession pour son actrice ou son acteur a tendance à limiter les réalisateurs et réalisatrices dans leurs démarches en étant bien trop subjectifs dans leurs approches : soit on aime aussi la star en question et on adhère, soit on reste sur le banc de touche. Et la principale force du dernier film de Assayas est d’arriver à éviter cet écueil car il a plus à raconter que la simple envie d’offrir un rôle sur-mesure à sa star, parvenant à faire que son propos et la présence de Stewart marchent en osmose plutôt que celle-ci étouffe la portée de l’œuvre à cause du regard excessif de son metteur en scène. En résulte une oeuvre assez atypique dans son genre et qui s’avère être une proposition de cinéma sacrément audacieuse par ses exubérances.

En terme de regard excessif sur son actrice, Olivier Assayas s’impose comme un maître absolu dans le genre, il filme son actrice sous toutes les coutures, la met à nue et l’exhibe comme dans un concours de mode mais il arrive toujours à le faire avec une rare pudeur. Kristen Stewart possède un tel magnétisme que Assayas a à en faire très peu pour l’immortaliser, elle s’impose d’elle-même comme un monstre de charisme et une figure incroyablement sensuelle. Elle crève littéralement l’écran et incarne parfaitement le cinéma d’Assayas et ses obsessions. Elle est ce fantôme tout le temps présent mais insaisissable qui hante le film, charmant son audience, effleurant l’image et marquant les esprits. Il est très intéressant de voir comme le cinéaste adapte sa mise en scène en fonction de l’actrice mais aussi en fonction de ce qu’il essaye de nous raconter à travers elle. Comme les peintures que va « étudier » le personnage principal à un certain point de l’intrigue, il va chercher l’abstrait dans le traitement de son image. Il nous montre frontalement les choses au sein de constantes zones de floues, brouillant la vision du spectateur mais aussi créant le paradoxe de la proximité de son personnage tout en posant une distance pour qu’on ne puisse jamais vraiment la saisir. Dès qu’on croit saisir quelque chose à travers l’image, celle-ci devient fuyante à travers de perturbants fondus au noir. Le montage joue beaucoup avec les mêmes artifices dans ses transitions et se montre particulièrement habile par sa gestion de l’évasif, accompagné par une photographie froide et mortuaire ainsi qu’une bande sonore planante pour le moins enivrante. La forme se révèle superbe grâce à cette mise en scène ingénieuse qui n’a pas volé son prix au dernier Festival de Cannes.

Surtout que la forme sert ici admirablement le propos, car son aspect évasif permet de donner du poids au deuil que traverse le personnage de Stewart. Même si par moment cette partie manque de subtilité et tombe dans un sensationnalisme pas forcément maîtrisé dans ses effets « films d’horreur », il parvient à faire parfaitement écho au précédent film du réalisateur. Personal Shopper et Sils Maria représentent un diptyque parfait. L’un sur le deuil d’une star sur sa propre carrière et qui tente de retrouver sa place, et l’autre sur le deuil émotionnel d’une jeune femme qui cherche à comprendre qui elle est et  à s’accepter. Alors que dans le premier film, la star était au centre et l’assistante plus effacée, ici Assayas prend la démarche inverse, c’est l’assistante effacée qui prend les devants de la scène. Continuant sa critique de la superficialité qui régit le monde du paraître, il trouve ici une portée plus universelle dans le portrait de cette jeune femme anonyme. Même si elle se révèle médium et que le film flirte avec le surnaturel, l’ensemble est avant tout là pour interroger le personnage sur ses propres peurs, des peurs auxquelles on s’identifie comme la mort, la perte et le sentiment d’être insignifiant. Comme dans Sils Maria, on retrouve une atmosphère lourde et hypnotique qui fait planer l’inéluctable sur l’intrigue, arrivant à retransmettre avec justesse le fardeau qui pèse sur ses héroïnes : le temps dans Sils Maria et la culpabilité dans Personal Shopper. Car c’est au final ce dont il s’agit ici, la culpabilité de ses désirs, de son corps, de sa vie mais aussi se sentir coupable de ses propres capacités.

Personal Shopper, sous ses airs d’histoire de fantômes, se mue en une oeuvre sur l’être et le paraître, chose à la fois contraire et indissociable. Il use de tous ses artifices pour parvenir à donner un poids à son propos, parfois de manière bien maladroite lorsqu’il tombe dans le thriller mais parfois de façon prodigieuse lorsqu’il en reste au drame intime. Le surnaturel devient un élément du réel, interrogeant son personnage et notre perception de celui-ci pour nous prendre à revers dans un final plus nébuleux et habile qu’il ne le laisse paraître. Assayas livre probablement son film le plus universel, celui qui vient se situer au plus près de son public et joue des doubles sens. L’inconnue derrière la célébrité, la vie après la mort et l’individu face à son reflet. Personal Shopper est un film miroir, celui d’une âme et d’un mode de vie mais aussi celui d’un cinéma qui trouve sa parfaite incarnation dans son actrice principale. Kristen Stewart est à la fois la femme simple à laquelle on s’identifie mais aussi l’icône inaccessible, un monstre de cinéma qui irradie l’image par sa présence. Pour ceux qui en doutait encore, une grande actrice atteint ici sa maturité. Elle et Assayas forment une bonne équipe et permettent à ce Personal Shopper d’être une très belle réussite, sans pour autant éviter certaines maladresses parfois très gênantes. Mais l’osmose qui règne entre l’audace de la forme, la densité thématique et la perfection de l’interprétation est proprement fascinante.

Personal Shopper : Bande annonce

Personal Shopper : Fiche technique

Réalisation et scénario : Olivier Assayas
Interprétation : Kristen Stewart (Maureen), Lars Eidinger (Ingo), Nora von Waldstätten (Kyra), Anders Danielsen Lie (Erwin),…
Image : Yorick Le Saux
Montage : Marion Monnier
Musique : Nicolas Moreau et Olivier Goinard
Décors : François-Renaud Labarthe
Costumes : Jürgen Doering
Producteur : Charles Gillibert
Société de production : CG Cinéma et Les Films du Losange
Distributeur : Les Films du Losange
Durée : 110 minutes
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie : 14 décembre 2016

France – 2016

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Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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