Black Mirror saison 3, une série de Charlie Brooker : Critique

Six nouveaux épisodes décrivant une réalité dystopique, entre conte glaçant et drame d’anticipation, toujours plus ou moins sur fond de cybercriminalité, sont disponibles non plus sur Channel 4, la chaîne d’origine, mais Netflix, qui a repris la production de Black Mirror avec trois épisodes supplémentaires depuis le 21 octobre 2016. Une quatrième est en préparation…

Episode 1 : Chute libre (Nosedive) ★★★★★

Dans une société où chaque personne note les autres et où les étoiles (autrement dit la popularité) sont devenues la nouvelle monnaie, Lacie fait tout pour avoir la vie de ses rêves. Invitée au mariage de son amie d’enfance au score irréprochable, elle y voit là l’occasion d’améliorer sa note et de faire partie de cette élite tant convoitée, mais les choses ne se passent pas comme elle l’avait escompté.

Tout est beau dans cet univers épuré aux couleurs pastel, mais la douce mélancolie de la bande son composée par Max Richter annonce que tout cela n’est qu’une illusion. Les personnages, aux sourires figés, exhibent leurs vies apparemment parfaites, postant des photos de biscuits qu’ils ne mangeront jamais. Cependant, personne n’est réellement épanoui, à l’instar de Lacie, asservie par la tyrannie des likes, qui tente tant bien que mal de devenir populaire, ne vivant des choses que dans le but de les partager et amasser des étoiles, pensant que c’est cela qui la rendra heureuse. Reflet de notre société sur-connectée, Nosedive est une satire dérangeante, mettant en scène des personnages aux comportements horriblement semblables aux nôtres dans un monde pas si futuriste que ça. Pointant du doigt une sinistre réalité déjà en place, Black Mirror nous pose à nouveau de nombreuses questions sur notre monde contemporain et on en vient à s’interroger sur la question de l’omniprésence des images dans nos vies et de notre utilisation grandissante des réseaux sociaux. Toutefois, Nosedive est indéniablement plus optimiste que les épisodes bien plus sombres des saisons précédentes, et se termine avec un final jubilatoire qui donne des envies de liberté.

Les deux actrices se confient sur la saison 3

Ecrit par Rashida Jones et Mike Schur et réalisé par Joe Wright
Avec Bryce Dallas Howard (Lacie), Alice Eve (Naomi), James Norton (Alan), Allan Ritchson (Ryan)

Perrine Mallard

Episode 2 : Playtest (Playtest)  ★★★★★ 

Un jeune homme, symbolisant la génération Y (pas assez débonnaire, curieux de tout, mais en proie à des conflits familiaux irrésolus) revient d’un tour du monde et doit se réinsérer dans la vie active. Un plan cul lui parle d’une entreprise qui cherche des personnes pour tester un nouveau prototype de jeu vidéo. De l’ordre de la science, l’expérience de réalité alternative se déroule dans une vieille maison victorienne, propice aux apparitions fantomatiques. Mais jusqu’où sera-t-il prêt à aller et va-t-il en sortir?

Toujours glaçant, cet épisode fonctionne sur une identification première à Cooper. A quel niveau se situe le malaise? De la technologie ou des valeurs que sont la filiation, le consumérisme sexuel ou les choix existentiels ? La toile est toujours de qualité pour la peinture acerbe et subtile des contritions qui nous sont propres, nous êtres humains sur le déclin. Nous en sommes nous-même la cause. Mis en scène comme un retour de road movie, le drame s’achève dans l’épouvante made in Hammer façon Peter Cushing au tournant des années 60,70 pour reprendre ses droits à notre époque. Faire du contemporain avec des traits du passé pour mieux asseoir les règles d’un jeu vidéo plus vrai que nature. Le doute subsiste plusieurs heures après visionnage…

Featurette

Ecrit par Charlie Brooker et réalisé par Dan Trachtenberg
Avec Wyatt Russell (Cooper), Hannah John-Kamen (Sonja), Wunmi Mosaku (Katie)

Antoine Mournès

Episode 3 : Tais-toi et danse (Shut Up and Dance) ★★★★☆

Une femme, angoissée, arrive dans un parking et place les clés de sa voiture sur la roue arrière. Sans transition, Kenny est un adolescent timide et relativement mal dans sa peau qui bosse dans un fast-food. Comme tous les jeunes hommes de son âge qui ont une soeur, il peste lorsqu’elle lui prend son ordinateur portable sans sa permission. Après s’être masturbé, il commence à recevoir un mail de menace, puis des textos l’obligeant à faire une succession de choses sans rapport, sans quoi « ils « révéleront tout…

Hacker un ordinateur, pirater un compte ou s’immiscer dans la e-reputation de quelqu’un sera demain plus facile que de lire sa propre messagerie. Le spectateur n’est pas dupe et se méfie, car les proportions prennent rapidement une ampleur catastrophique pour une simple branlette. Mais le jeu macabre est plaisant, plaisir coupable ou empathie véritable? L’anonymat est une valeur que le commun des mortels craint de ne pouvoir maîtriser. En effet, tout ce que l’on partage sur les réseaux sociaux se retrouve sur internet et le public (employeurs, famille…) peut y avoir accès. La prudence est une vertu et s’articule habillement ici entre les différents obstacles que traverse le personnage principal, remettant en question la notion même du happy ending. Malgré un doute insidieux qui nous empêche de nous plonger pleinement dans la fable, le déroulement sensible et savant de cet épisode, le moins « technologique », achève de nous convaincre, le frisson en plus !

Les deux acteurs parlant de cybercriminalité

Ecrit par Charlie Brooker et William Bridges et réalisé par James Watkins
Avec Alex Lawther (Kenny), Jerome Flynn (Hector), Susannah Doyle (la femme qu’on a fait chanter), Hannah Steele (Melissa)…

Antoine Mournès

Episode 4 : San Junipero (San Junipero) ★★★★☆

San Junipero se démarque dès les premières secondes des autres épisodes de Black Mirror. On se retrouve embarqué directement dans un club des années 80. On y suit une jeune femme du nom de Yorkie, qui a l’air complètement perdue dans un monde inconnu. Elle fait alors la rencontre de Kelly, une femme extravagante qui a l’air d’être une habituée de San Junipero. Yorkie va alors ressentir une très forte attraction pour Kelly, retournant tous les weekends dans le même club pour essayer de la retrouver.

Charlie Brooker quitte le pessimisme habituel de la série pour nous offrir une romance à travers le temps. En effet, le principe de San Junipero est d’offrir un monde éternel après la mort, où les personnes peuvent se retrouver à différentes époques. Brooker va alors utiliser cette idée pour nous offrir pendant une heure une véritable pépite remplie d’émotions. De la situation très difficile dans laquelle a vécu Yorkie, en passant par le passé et la culpabilité de Kelly, rien n’est laissé au hasard, et les deux personnages sont très bien développés et surtout joués avec une très belle justesse par les deux actrices Mackenzie Davis et Gugu Mbatha Raw. La critique de la technologie est moins féroce car l’idée parait ici séduisante, mais serait-on prêt à vivre une nouvelle vie pour l’éternité ?

Ecrit par Charlie Brooker et réalisé par Owen Harris
Avec Mackenzie Davis ( Yorkie), Gugu Mbatha-Raw ( Kelly), Denise Burse ( Kelly âgée), Raymond McAnnaly (Greg)…

Maxime Thiss

Episode 5 : Tuer sans état d’âme (Men Against Fire) ★★★★☆

C’est dans la diversité des genres cinématographiques de cette saison 3 que Black Mirror arrive à se renouveler. Après l’épisode 2 aux allures d’épouvante ou la romance sensible de l’épisode 4, ce cinquième épisode s’attaque sans concession au genre militaire. Dans un futur (extrêmement) proche, un conflit oppose les forces de l’armée à un virus qui transforme les êtres humains en créatures hostiles. La détermination des soldats est sans faille, il ne s’agit désormais plus pour eux que de tuer sans réfléchir. Cette dimension mécanique des soldats sonnent comme le principe idéal pour toute nation conquérante.

C’est évidemment cet aspect que Charlie Brooker interroge et démontre : jusqu’où peuvent aller les grandes instances militaires pour maintenir la motivation des soldats. La critique est d’autant plus féroce qu’elle semble d’actualité, tant on peut y voir une lecture politique de la crise des migrants. En prime des bonnes interprétations de Malachi Kirby et de Michael Kelly (House of Cards), on pourra également noter la présence de la française Ariane Labed (The Lobster, Voir du Pays).

Ecrit par Charlie Brooker et réalisé par Jakob Verbruggen
Avec Malachi Kirby (Stripe), Michael Kelly (Arquette), Madeline Brewer (Raiman ADR), Ariane Labed (Catarina)

Kévin List

Episode 6 : Haine virtuelle (Hated in the Nation) ★★★★★

A la suite de meurtres sans précédent, des enquêteurs (Kelly Macdonald et Faye Marsay, impeccables) vont être amenés sur la piste d’une arme inédite et de son instigateur aux motivations terribles. Plus que l’attaque d’un ennemi de la nation, c’est surtout l’incapacité du gouvernement et du système qui est mise en cause et provoquera l’attaque terroriste la plus massive de toute l’Histoire des sociétés modernes. Tout dans cet épisode est maîtrisé, de l’interprétation des acteurs, à l’ingéniosité du scénario en passant par diverses réflexions sur l’écologie et le manque de recul sur les réseaux sociaux, avec toujours cette idée glaciale en filigrane : dès lors qu’une technologie échappe au contrôle, les conséquences peuvent être inimaginables.

Malgré un épilogue dispensable, Charlie Brooker livre un ultime épisode renversant et nous rappelle que l’auteur d’anticipation n’a nullement perdu de son génie, et qu’il a même pris le recul pour apporter une luminosité et un renouvellement insoupçonnable en livrant une saison 3 implacable, fruit d’une réflexion intelligente, loin du manichéisme qu’on lui reproche et parfaitement ancrée dans notre époque. Black Mirror fait déjà incontestablement partie du panthéon des séries télévisées. Pas étonnant que Netflix ait déjà commandé six épisodes pour l’an prochain.

Ecrit par Charlie Brooker et réalisé par James Hawes
Avec Kelly Macdonald (Karin Parke), Faye Marsay (Blue Corson), Benedict Wong (Shaun Li), Jonas Karlsson (Rasmus Sjoberg)

Kévin List

Festival

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"People and Meat" suit trois retraités de Séoul, deux ramasseurs de cartons et une marchande de légumes, qui s’attablent au barbecue pour mieux décamper sans payer. Une comédie tendre et douce-amère sur la vieillesse oubliée en Corée du Sud, portée par Park Geun-hyung, Jang Yong et Ye Soo-jung.

FFCP 2026 : The Journey to Gyeong-Ju, une famille à recoudre

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Deux mères au bord du divorce, deux adolescentes sommées de choisir, un mariage en ligne de mire. Avec "Ideal and Weird Family", Kim Ji-hyun signe un premier film queer tendre et drôle sur une famille que la Corée refuse de reconnaître. Un road movie attachant, inégal, tourné avec les moyens du bord.

Programme de la 30ème édition du Festival du film francophone « Les Œillades » d’Albi

Du 17 au 22 novembre, le Festival du film francophone « Les Œillades » d'Albi soufflera ses trente bougies, en présence de trois invités d’honneur : le réalisateur marseillais Robert Guédiguian, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras et l'actrice belge Natacha Régnier. Au programme de cet anniversaire marquant : 30 avant-premières prestigieuses réparties dans les trois salles albigeoises Arcé, Lapérouse et Cordeliers, dont 10 longs-métrages en compétition pour le Prix du Public, 10 séances « Reprises » pour redécouvrir les films coups de cœur de l'année, mais aussi la traditionnelle compétition de courts-métrages, une soirée consacrée à Jacques Tati, génie du burlesque moderne, une "petite nuit du cinéma" reconduite et un ciné-concert de clôture. Aperçu des festivités d'une 30ème édition qui s'annonce d'ores et déjà comme le rendez-vous incontournable de l'automne cinématographique tarnais.

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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