Alliés, un film de Robert Zemeckis : Critique

Robert Zemeckis brosse avec Alliés une romance désabusée sur fond de Seconde Guerre Mondiale, et mène un thriller old school et romanesque à l’histoire convenue mais particulièrement efficace.

Synopsis : Casablanca 1942.  Au service du contre-espionnage allié, l’agent Max Vatan rencontre la résistante française Marianne Beausejour lors d’une mission à haut risque. C’est le début d’une relation passionnée. Ils se marient et entament une nouvelle vie à Londres. Quelques mois plus tard, Max est informé par les services secrets britanniques que Marianne pourrait être une espionne allemande. Il a 72 heures pour découvrir la vérité sur celle qu’il aime.

Casablanca mon amour 

1942. Dans un désert marocaine proche de Casablanca, deux espions admirent un lever de soleil, probablement leur dernier car ils prévoient le soir même d’assassiner un ambassadeur nazi durant une soirée en son honneur. Une tempête de sable approche. Ils se réfugient dans leur voiture où ils décident de partager un moment d’intimité, fugace et sans conséquence. Tandis que la caméra fait des mouvements circulaires autour des deux amants qui laissent leur amour les consumer, la tempête extérieur encercle la voiture sans ébranler la passion du couple. Cette scène, probablement la plus belle du film, et celle qui le résumerait à merveille. Ici la guerre, comme cette tempête, n’est plus qu’un contexte qui permet aux amants de se réunir et de s’aimer, plus qu’un élément que l’histoire tient à explorer. Robert Zemeckis ne s’intéresse pas à faire un film de guerre ici, même si elle emprisonne totalement le couple en son sein. Ce qui l’intéresse avec Alliés, est quelque chose de plus ancien, de plus romanesque. Ces derniers temps, le cinéaste a un style qui s’inspire beaucoup plus du cinéma d’antan et ici il cherche clairement à ré-explorer les films noir des années 40-50 évoquant sans se cacher le classique de Michael Curtiz dont le titre est le nom de la ville qui voit l’histoire débuter, Casablanca.

D’ailleurs pour ceux qui sont connaisseurs de ce genre de classiques, l’histoire, aussi bien écrite soit-elle, n’aura pas grand intérêt pour eux. Le tout est assez convenu, que ce soit à travers les rebondissements attendus ou l’évolution des personnages, l’ensemble a un goût de déjà-vu. Mais Steven Knight est un scénariste habile et il construit intelligemment son scénario pour que l’on se prenne au jeu. Il découpe l’intrigue en deux parties, la première se déroule à Casablanca et voit la naissance du couple au travers de leur opération commune. Alors que la plupart des films aurait fait de ce passage un prologue expédié en une dizaine de minutes, il prend le temps de poser ses personnages et de rendre crédible leur amour. Même si parfois il tombe un peu dans une mièvrerie assumée mais un peu trop présente, il trouve une alchimie intéressante entre l’américain stoïque et la française libérée. Le couple trouve une consonance plus symbolique et parvient à convaincre le spectateur. Après quelques sauts dans le temps fugaces qui voient les amants se marier et avoir un enfant, la deuxième partie du récit s’enclenche et du thriller de guerre on passe au thriller domestique. La gestion du suspense se montre savamment dosée que ce soit dans la première ou la deuxième moitié et on se surprend à être autant sous tension que les personnages. La subtilité ne semble pas de mise de prime abord, mais Alliés parvient quand même à distiller un sous texte plus fin dans ce doute qui s’instaure au sein des mariés. Interrogeant l’aptitude à aimer et si elle est ou non dissociable avec la connaissance que l’on croit avoir de l’autre. Les personnages parviennent à évoluer hors de tout manichéisme et nous mènent à une fin touchante et sans concession. Le film veut par contre trop en rajouter par moments, nous questionnant sur la pertinence de certains choix comme la sœur du personnage principal qui est rajoutée sans raison dans le récit et qui peine à justifier son rôle. On regrette aussi que le personnage de Marion Cotillard soit un peu trop laissé dans l’ombre, jouer sur la dualité aurait été plus intéressant que miser sur le mystère qui se révèle plutôt prévisible.

Au sein du casting, c’est même elle qui apporte la nuance. Cotillard offre une prestation lumineuse et juste qui contraste admirablement avec le monolithisme de Brad Pitt. L’acteur se montre impeccable et reste dans son personnage mais celui-ci est un trop grossièrement écrit par moments, surtout dans la première partie qui voit des passages involontairement drôles où on veut nous faire croire que le personnage et l’acteur ont un accent suffisamment proche de celui parisien lorsqu’il parle français. Néanmoins le couple fonctionne bien et partage une bonne alchimie à l’écran, et ils sont accompagnés de seconds rôles tous très bons. Mais la saveur du film viendra en grande partie de la mise en scène sophistiquée de Robert Zemeckis. Le rythme peut être un peu trop lent par moments mais le montage favorise la tension par des moments de flottaisons où ne règne que le silence. Il y a un travail assez prenant sur l’atmosphère lourde engendrée par la paranoïa du contexte et le tout explose dans un dernier quart qui arrive vraiment à prendre aux tripes. Zemeckis travaille ses deux parties comme des slow burns implacables où tout prend son temps, s’assemble avec minutie avant que le tout atteigne son apothéose dans une explosion de violence. Les scènes d’actions sont rares mais précises arrivant à être des morceaux de bravoure satisfaisants. Mais c’est vraiment dans l’intimité du couple et la paranoïa que le cinéaste se montre le plus inspiré, la première scène d’amour est sublime tandis qu’il travaille ses plans avec virtuosité pour que ceux-ci marquent durablement la rétine. Il offre une structure volontairement parallèle entre la première et la deuxième partie pour que les deux phases se fassent écho et se répondent parfaitement sans pour autant sembler redondantes. Comme ces deux plans vertigineux qui ouvrent les deux intrigues majeures du film. Le premier, ouvre le long métrage avec un plan en plongée où l’on voit Pitt atterrir en parachute dans le désert marocain et le second, aussi en plongée, qui le voit descendre dans un couloir souterrain. Deux plans magnifiques qui se répondent à merveille et soulignent l’intelligence de construction de l’œuvre.

Alliés est un film qui va en dérouter certains, qui n’apprécieront pas son romantisme trop prononcé ou qui lui reprocheront d’être bien trop suranné. Mais pourtant ce sont des intentions clairement affichés par le long métrage, qui entend reprendre l’essence des films d’époques pour y apporter un regard plus moderne. Car même si il y a un aspect old school très prononcé, la mise en scène reste un monument de modernité entre sophistication et pure virtuosité. Robert Zemeckis impressionne toujours et montre qu’il est un cinéaste qui n’a rien perdu de sa superbe et signe un film qui n’est pas sans rappeler Le Pont des espions de Steven Spielberg dans ses intentions. Après il est évident que Alliés ne révolutionnera pas le cinéma ou ne le marquera comme avait pu le faire le récent film de Spielberg mais il s’impose grâce à une maîtrise indéniable de son sujet et offre un divertissement de qualité qui arrive par moments à être vraiment touchant. C’est une romance honorable sur fond de guerre, et un thriller plaisant mené par un bon duo de stars.

Alliés : Bande annonce

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Alliés : Fiche technique

Titre original : Allied
Réalisation : Robert Zemeckis
Scénario : Steven Knight
Interprétation : Brad Pitt (Max Vatan), Marion Cotillard (Marianne Beausejour), Jared Harris (Frank Heslop), Lizzy Caplan (Bridget Vatan), Matthew Goode (Guy Sangster),…
Image : Don Burgess
Montage : Mick Audsley et Jeremiah O’Driscoll
Musique : Alan Silvestri
Décors : Raffaella Giovannetti
Producteur : Graham King, Steve Starkey et Robert Zemeckis
Société de production : GK Films, Huahua Media, Paramount Pictures et 20th Century Fox
Distributeur : 20th Century Fox France
Durée : 124 minutes
Genre : Thriller
Date de sortie : 23 novembre 2016

Etats-Unis – 2016

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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