Inferno, un film de Ron Howard : Critique

Après la F1 (Rush) et les cachalots revanchards (Au Coeur de l’Océan), Ron Howard retrouve l’ésotérisme et les jeux de pistes avec l’adaptation d’Inferno de Dan Brown. L’occasion pour lui d’emballer, non sans panache, une cavalcade européenne haletante où Tom Hanks tente d’endiguer le déchaînement d’un virus voué à décimer la planète.

Robert Langdon : 3ème. Après avoir levé le mystère sur la filiation de Jésus (Da Vinci Code) et empêché un attentat à la bombe sur la cité vaticane (Anges et Démons), la superstar d’Harvard, expert en symbologie religieuse est de retour. Mais pas question ici de voir la bonhomie de Tom Hanks employée pour lever le voile sur des secrets millénaires, mais bien à des fins de sauver le monde. Car, cette fois, point de quêtes spirituelles ou de complots pour l’infatigable professeur mais simplement une course à travers l’Europe pour le voir déjouer les plans d’un milliardaire, bien décidé à déchaîner l’Enfer en répandant un virus capable éradiquer la moitié de la population mondiale. Bref autant dire un nouveau départ pour la saga, qui s’affranchit ici de sa marque de fabrique, en l’occurrence sa substantifique moelle ésotérique, pour la remplacer par une intrigue catastrophe où se profilent les dérives du courant de pensée eugéniste prônée par certains, qui veut que l’humanité est sa propre chimère. Suffisant pour relancer la machine d’une saga tant décriée et combler le spectateur rompu aux secrets millénaires et autres complots ? Étonnement oui.

Une suite dans la lignée de Da Vinci Code et d’Anges et Démons

On ne tournera pas autour du pot : Inferno est surprenant. En faisant fi de son ADN complotiste pour le remplacer par un parfum aux airs de fin du monde, la mouture concoctée par Ron Howard ne s’est jamais autant montrée respectueuse du matériel fantasque et hautement invraisemblable du romancier Dan Brown. Tout est ainsi question d’urgence, de stress, de rythme haletant et autres déductions fumeuses. Et à ce jeu là, Ron Howard sait y faire. Filmant Tom Hanks dans un ersatz de Very Bad Trip ; le professeur se réveillant totalement amnésique, Howard peut enfin, scénario aidant, placer sur un pied d’égalité le spectateur et le professeur émérite. Ça n’a l’air de rien, mais en adoptant pareille posture, ce dernier peut alors se concentrer sur la mise en scène. Frénétique tout en étant posée (on est loin du maniérisme pompier de Da Vinci Code), elle cerne au plus près les personnages mais surtout l’intrigue. Et autant dire que cette dernière s’avère elle aussi des plus atypiques dans le (morne) paysage hollywoodien. Fini les complots religieux ronflants, les théories fumeuses et autres jeux de pistes millénaires, puisque par le prisme d’Inferno, se cache une étude sociétale assez inquiétante : la problématique de la surpopulation. Surfant sur ce thème plus que jamais d’actualité, déjà abordé dans le Kingsman de Matthew Vaughn, le film se paie alors un degré de modernité assez bienvenue quand ses aînés accusaient le coup d’un certain passéisme dans la manière qu’ils avaient de traiter des rites et autres secrets vieux de plusieurs siècles. A ce titre, la composition (peu inspirée) de Hans Zimmer s’inscrit parfaitement dans cette veine : reprenant les thèmes de Da Vinci Code qu’il passe à la moulinette électro, l’allemand appose sur le film une ambiance très actuelle ; un peu comme si Howard avait à cœur de se dégager de cette emprise très old-school qui infusait jusque là les deux films précédents. Résultat, le rythme s’en retrouve affecté : pas le temps de souffler que déjà les embardées se font sentir et nous voilà pris au jeu de suivre ce tandem disparate aux 4 coins de l’Europe.

Une adaptation qui souffre de compromission

Bien sûr, on ne pourra nier que derrière ce concert de louanges se cachent des failles. En bonne adaptation de best-seller qu’il est, le film doit ainsi tailler dans le récit somme toute dense du romancier Dan Brown. Résultat, il est parfois difficile de ressentir l’angoisse et la fièvre contenues dans les pages du roman ; encore plus quand la trame est parfois simplifiée à l’excès et que les interactions entre les personnages sont réduites à des simples archétypes. On ne pourra ainsi passer sous silence la rapidité des agissements de certains qui semblent bien trop téléphonés ou contenir le rire face à la vue de cette Organisation Mondiale de la Santé, qui croit bon d’user d’une véritable armada pour mettre la main sur le professeur. Une tare qui se retrouve également dans la gestion des personnages. Si le professeur jouit d’un temps d’apparition suffisant, on ne peut hélas en dire autant pour le reste du casting. A ce titre, il est regrettable de voir le génial Ben Foster, qui campe ici le principal antagoniste, évoluer en hors-champ pour un temps d’apparition somme toute réduit ; ou l’indien Irrfan Khan dans un rôle très mal écrit pour incarner avec décence l’un des pions majeurs de l’intrigue. Néanmoins, on ne boudera pas son plaisir face à un divertissement habile qui sait aborder frontalement une thématique de société hautement dramatique.

Revendiquant clairement les invraisemblances et le rythme frénétique de son homologue de papier, l’adaptation que fait Ron Howard du best-seller Inferno est sans doute la meilleure qui lui ait été donné de faire dans ce qu’on appellera maintenant la trilogie du Da Vinci Code. Haletant, malin et original, voilà bien un divertissement comme sait si bien les faire Hollywood. On ne pourra de plus que saluer la prise de risque des studios d’introduire une thématique aussi contemporaine dans un divertissement à grande échelle. Du grand spectacle en somme.

Inferno : Bande-Annonce

Synopsis : Dans « Inferno », le célèbre expert en symbologie suit la piste d’indices liés au grand Dante lui-même. Robert Langdon se réveille dans un hôpital italien, frappé d’amnésie, et va devoir collaborer avec le docteur Sienna Brooks pour retrouver la mémoire. Tous deux vont sillonner l’Europe dans une course contre la montre pour déjouer un complot à l’échelle mondiale et empêcher le déchaînement de l’Enfer…

Inferno : Fiche Technique 

Titre original : Inferno
Réalisation : Ron Howard
Scénario : David Koepp, d’après l’œuvre de Dan Brown
Casting : Tom Hanks (Robert Langdon), Felicity Jones (Sienna Brooks), Omar Sy (Christophe Bouchard), Ben Foster (Bertrand Zobrist), Irrfan Khan (Hary Sims), Sidse Babett Knudsen (Elizabeth Sinskey)
Directeur artistique : Phil Sims
Costumes : Julian Day
Photographie : Salvatore Totino
Montage : Tom Elkins et Daniel P. Hanley
Musique : Hans Zimmer
Production : Brian Grazer, Michael De Luca et Andrea Giannetti
Producteurs délégués : Dan Brown, William M. Connor, Anna Culp et David B. Householter
Producteur exécutif : Doug Belgrad
Sociétés de production : Imagine Entertainment et Skylark Productions ; Columbia Pictures (coproduction)
Sociétés de distribution : Columbia Pictures (États-Unis), Sony Pictures Releasing France (France)
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : thriller
Durée : 121 minutes
Dates de sortie : 9 novembre 2016

Etats-Unis – 2016

Festival

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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