Ma Ma, un film de Julio Medem : Critique

Tous les malheurs semblent s’abattre sur Magda… voilà un point de départ qui semble annoncer un étalage de pathos presque malsain. Il s’avère vite que l’intention de Julio Medem n’est en rien de suivre de près la dégénérescence morbide de cette femme atteinte d’un mal incurable mais au contraire de se servir de ses efforts pour profiter de la vie comme d’un message d’espoir universel.

Synopsis : tous les malheurs semblent s’abattre sur Magda : peu de temps après avoir perdu son emploi et son époux, elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Ses inquiétudes vont vers son fils, Dani. C’est en se rendant à un de ses matchs de foot qu’elle fait la rencontre d’Arturo qui lui aussi va devoir surmonter une lourde épreuve.

Une ode à la vie au seuil de la mort

Porté par Penélope Cruz, qui a visiblement suffisamment aimé le projet pour s’en faire -pour la première fois de sa carrière- la principale productrice, le rôle devient irrémédiablement attachant. Celle qu’on a vu ces derniers temps se fourvoyer dans des comédies grossières (Zoolander 2, Grimsby) fait cette fois preuve d’une sensibilité qui vient rappeler qu’il s’agit de la meilleure actrice dont dispose le cinéma espagnol. Là où de nombreux acteurs auraient (ou ont déjà) interprété les malades souffrant du cancer en en faisant des caisses, la grâce de la belle quadra ibérique confine au sublime. Autre idée de génie, celle d’avoir offert le rôle de son compagnon à Luis Tosar, qui, en s’acquittant parfaitement de cette charge mélodramatique que l’on avait que trop peu vu exploitée dans sa filmographie, prouve qu’il est lui-aussi un des meilleurs interprètes de sa génération.

Julio Medem ayant été médecin avant de se reconvertir en réalisateur, il n’est pas étonnant qu’il ait une approche clinique du traitement subi par son héroïne. C’est en effet moins le drame de se savoir malade que le combat contre la maladie qu’il met en avant. C’est même dans un schéma de reconstruction qu’il place le personnage de Magda. D’abord anéantie par l’annonce de sa mastectomie, un choc illustré à l’écran par un montage déstructuré, cette femme forte va peu à peu faire preuve de davantage de détermination, portée par son amour pour Arturo et sa volonté de donner la vie, une motivation quant à elle représentée par l’intégration d’images oniriques, en l’occurrence celles de la jeune Natasha, projection de cette fille que Magda rêve de voir grandir. L’insistance avec lequel est utilisé ce procédé purement mélodramatique finit par prendre à contre-pied la légèreté de ce portrait de femme.

Cette mise en scène, qui fait constamment entrer des éléments issus d’une temporalité future, et cette photographie pleine de lumière solaire marquent parfaitement la marche en avant de ses personnages. Le deuil apparait pour le réalisateur (comme ce fut déjà le cas dans son film Lucia y el Sexo) comme une opportunité de redémarrer une nouvelle vie. Ne jamais se morfondre dans la mélancolie et toujours chercher à profiter de l’instant présent, tel est l’adage de cette œuvre touchante. Jamais racoleur, le scénario nous dévoile des personnages marquants tels qu’on aimerait en rencontrer dans la réalité tant leur amour est une intarissable source de bonheur, et sait jouer d’une symbolique, plus ou moins subtile (notamment les crabes comme allégorie évidente de sa tumeur), qui apporte à cette fable une dimension poétique qui ajoute encore à l’émoi de la situation.

L’indéfectible bienveillance et la confiance qu’a le réalisateur envers la médecine moderne sont cristallisées par le personnage de ce gynécologue au grand cœur, qui va devenir le meilleur ami et le confident de sa patiente. Ce personnage peu crédible, et parfois même irritant, est symptomatique du trop-plein de bon-sentiments qui plombe le réalisme, et par la même l’émotion, du scénario. C’est aussi à ce sentimentalisme trop appuyé que l’on peut incomber ce répit improbable, laissant à Magda le temps de mettre à terme sa grossesse alors qu’on la sait condamnée à mourir. Une incohérence médicale qui se veut justifier par un lyrisme mielleux qui dessert l’identification du public à cette femme forte et à son courage face à l’insurmontable.

Penélope Cruz est plus belle que jamais dans la peau de cette femme pour qui on s’attendait à ressentir un certain apitoiement mais que l’on ne fera qu’admirer du début à la fin. Le discours optimiste a beau être asséné avec une insistance qui finit par lui nuire, ce portrait de femme n’en reste pas moins un mélodrame auquel il est difficile de rester insensible.

Ma ma : Bande-annonce

Ma ma : Fiche Technique

Réalisation : Julio Medem
Scénario : Julio Medem
Interprétation : Penélope Cruz (Magda), Luis Tosar (Arturo),  Asier Etxeandia (Julián), Teo Planell (Dani), Anna Jiménez (Natasha)…
Photographie : Kiko de la Rica
Montage : Julio Medem, Ivan Aledo
Direction artistique : Montse Sanz
Musique : Alberto Iglesias
Production : Penélope Cruz, Julio Medem, Alvaro Longoria
Sociétés de production : Backup Media, Ma Ma Películas, Morena Films, Movistar+
Sociétés de distribution : KMBO films
Durée :  111 minutes
Genre : Drame
Dates de sortie : 8 Juin 2016

Espagne – 2015

 

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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