Selon Charlie, un film de Nicole Garcia : critique

Raconter ces moments fugitifs dans une vie où l’on est amené à cesser de se laisser porter par une confortable routine et où l’on doit faire des choix, c’est la trame de Selon Charlie.

Synopsis : Une ville au bord de l’Atlantique, hors saison. Trois jours, sept personnages, sept vies en mouvement, en quête d’elles-mêmes, qui se croisent, se ratent, se frôlent, se percutent et qui en se quittant, ne seront plus jamais les mêmes.

Le cœur des hommes

Nicole Garcia choisit pour cela de bâtir son film autour de sept hommes qui ne se connaissent pas mais dont les existences vont se heurter l’espace d’un instant. A travers les destinées de chacun d’entre eux, la réalisatrice explore différentes manières d’être un homme. Qu’un regard masculin soit porté sur un personnage féminin, cela confine au lieu commun tant les exemples sont nombreux, la réciproque en revanche est moins connue. A l’inverse du film documentaire qui s’appuie sur une situation existante et tisse autour d’elle sa narration, le cinéma de fiction crée – presque – une histoire ex nihilo. Cette contrainte nécessaire implique l’élaboration de protagonistes identifiables afin que leur appréhension ne vienne pas parasiter la fluidité de l’intrigue. Ainsi, à l’image de ce que ce qui s’est toujours fait dans les contes, les héros sont plus ou moins réduits à des personnages types lors de la phase d’exposition (tout l’intérêt résidant bien sûr dans la capacité à se départir de cette typicité). En multipliant par sept, Nicole Garcia prend le parti de proposer une vision fractionnée du genre masculin, au risque de ne pas toujours développer suffisamment chacun de ses protagonistes.

Le portrait est sans concession et s’attache surtout à décrire les revers de l’ambition, les blessures d’ego et les petites lâchetés du quotidien. Ce choix de réalisation, assez largement critiqué à la sortie du film en 2006, est concomitant de la volonté de placer les héros face à une situation charnière de leur vie qui amène à la résurgence de douleurs passées, et donc au dévoilement de faiblesses. La crise est un ressort scénaristique des plus fréquents, c’est finalement ce qui déclenche l’intrigue, ni plus ni moins. La décision d’associer personnages bancals et situation critique se justifie donc parfaitement ; il semble que les griefs viennent surtout du portrait peu flatteur que fait la réalisatrice de ce panel masculin. Chacun est juge… En outre, on peut regretter que les femmes de ce film soient reléguées au second plan. Leur présence physique à l’écran est faible, même si elles font pourtant partie intégrante de l’histoire (femme trompée ou mari cocu, maîtresse ou amant, les deux cas se retrouvent dans le film). En voulant filmer un portrait d’hommes, la cinéaste a négligé les rapports entre ses héros et les femmes qui partagent leur vie, et plus largement des rapports sociaux entre les êtres, qui sont peu mis en avant.

Établir un récit choral n’est pas une chose aisée : il s’agit de ne pas se perdre dans les ramifications d’une intrigue à plusieurs voix, au risque de tomber dans des longueurs narratives, ou à l’inverse de pécher par brièveté. Le scénario de Selon Charlie est habilement construit et évite ces écueils. Le film navigue en permanence de l’un à l’autre des sept, et tout ceci avec fluidité. Rien n’est gratuit, chaque heurt est maîtrisé et a une valeur particulière pour la suite de l’histoire. Tous les personnages n’ont pas la même importance, une hiérarchie pyramidale s’est mise en place pour souscrire aux exigences scénaristiques. Les rôles joués par Vincent Lindon, Patrick Pineau, Benoît Poelvoorde et Arnaud Valois viennent soutenir les interprétations de Jean-Pierre Bacri et Benoît Magimel. Ces derniers jouent respectivement Jean-Louis, le maire, et Pierre, le professeur de SVT, ancien collaborateur de Mathieu – Patrick Pineau, l’archéologue par qui le scandale arrive. Ils bénéficient d’une attention toute particulière de la part de la cinéaste qui leur dédie une place plus grande à l’écran et rend leurs personnages plus complexes. Les quatre autres rôles insufflent une dynamique au scénario, mais ce sont réellement Bacri et Magimel les héros du film. Ferdinand Martin, le Charlie du titre, dispose d’un statut différent : il est un vecteur de relations, entre les protagonistes bien sûr mais aussi auprès du spectateur. Charlie est un jeune garçon presque insignifiant, et cette neutralité est notre point d’accès à l’intrigue. « A travers Charlie » serait plus exact que « selon Charlie ».

Avec ce cinquième long métrage, Nicole Garcia filme des hommes en privilégiant leurs failles et leurs défauts, sans pour autant en faire un portrait désespérant. Il est dommage toutefois que la cinéaste n’ait pas cherché à mettre plus en avant les interactions et les liens sociaux. Ses personnages sont promis à être des « hommes de solitude », à l’image de ce squelette de premier homme découvert par Mathieu, figé dans les glaces, loin des siens, définitivement seul.

Selon Charlie : fiche technique

Réalisation : Nicole Garcia
Scénario : Jacques Fieschi, Nicole Garcia, Frédéric Bélier-Garcia
Interprétation : Jean-Pierre Bacri (Jean-Louis), Benoît Magimel (Pierre), Vincent Lindon (Serge), Benoît Poelvoorde (Joss), Patrick Pineau (Mathieu), Arnaud Valois (Adrien), Ferdinand Martin (Charlie), Minna Haapkylä (Nora), Sophie Cattani (Séverine), Philippe Lefebvre (Pierre-Yves), Samir Guesmi (Mo)…
Photographie : Stéphane Fontaine
Montage : Emmanuelle Castro
Son : Nicolas Moreau
Production : Alain Attal, Jean-Philippe Blime
Distribution : Mars Distribution
Durée : 111 minutes (140 dans la version longue)
Genre : Drame
Date de sortie : 23 août 2006France- 2006

Festival

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Constance Mendez-Harscouëthttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières amours de cinéma, c'est aux films d'animation que je les dois. La poésie du dessin animé est incomparable à mes yeux. J'ai ensuite élargi mes perspectives et ai découvert à quel point le champ du septième art était vaste et beau. Mon envie de films ne s'est jamais tarie. J'en ai vus et je continue d'en voir autant que je peux, car, au-delà d'être un divertissement, le cinéma façonne ma manière de voir le monde.

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