Le dernier jour d’Yitzak Rabin, un film d’Amos Gitai: Critique

Quelques mois après la sortie de son film précédent, le très austère et minimaliste Tsili adapté d’un roman d’Aharon Appelfeld, Amos Gitaï fait un virage stylistique radical en proposant une œuvre se voulant plus facilement accessible.

Synopsis : Le 4 novembre 1995. Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, qui avait obtenu l’année précédente le Prix Nobel de la paix grâce à ses négociations ayant abouti aux accords d’Oslo, est froidement abattu de trois balles. Retour sur cet assassinat, ses causes et ses conséquences.

Une enquête aussi falsifiée que ce film à thèse

Toujours soucieux de dépeindre son pays, Israël, sous toutes ses facettes, le réalisateur de Kippour et Free Zone revient, vingt ans plus tard, sur un événement qui en a bouleversé la (courte) histoire. Le choix d’aborder le meurtre du premier ministre Yitzhak Rabin en prenant pour point de départ l’enquête qui l’a suivi n’est évidemment pas sans rappeler le processus avec lequel Oliver Stone avait élaboré son JFK en 1991, mais la façon dont Gitaï a conçu son film est bien différente de l’enquête que menait Kevin Costner sur l’homicide de Kennedy. En   mêlant des images d’archives à des reconstitutions, le cinéaste s’assure une indiscutable caution de vérité.

L’interview de Shimon Peres qui revient sur l’assassinat de Rabin, dont il était très proche (ils avaient gagné le Prix Nobel ensemble, avec Yasser Arafat, le troisième négociateur, en 1994) qui ouvre le long-métrage lui offre l’aura de respectabilité de celui qui est le dernier père fondateur encore en vie de l’État d’Israël. Puis débute l’enchainement d’archives et de fictions documentées avec les images du meurtre en lui-même puis, pendant environ une heure, une succession de scènes nous faisant vivre les réactions d’un peuple en état de choc et les conférences de presse évasives d’une Police dépassée par les événements, des images qui nous renvoient immanquablement au traumatisme qu’a vécu la France en novembre dernier. Mais apparait aussitôt une scission au sein de la population israélite puisque beaucoup d’entre eux ne pleurent pas celui qui prônait la réconciliation israélo-palestinienne, mais au contraire célèbrent la mort de celui qu’ils qualifient de traitre au sionisme. La seconde moitié du film se concentrera davantage sur l’enquête menée par la commission Shamgar qui, plutôt que de rechercher les véritables instigateurs du drame, vont se focaliser sur les défaillances du système de sécurité l’ayant permis.

Comme bien souvent, le gros défaut de Gitaï est de tenir un discours trop appuyé car, dès l’instant où il montre des images des meetings du parti d’opposition, le Likkoud, en faisant apparaitre ses militants comme des gens uniquement mus par la haine assimilables à des fascistes et où il imagine une réunion de ses dirigeants en faisant d’eux d’infâmes manipulateurs, son parti-pris devient bien trop pesant. Et, dès lors que l’on a compris que l’enquête de la commission n’est qu’un simulacre de justice ourdi par des institutions qui ne veulent pas voir la vérité en face, faire se suivre les interrogatoires des témoins du meurtre ne sert plus qu’à étirer vainement la durée du film dans un rythme rébarbatif. En dehors du dernier quart d’heure, qui permet de comprendre l’endoctrinement de Yigal Amir et se conclut par un plan séquence subtil et maitrisé (même si le cadreur a eu du mal à tenir le point tout du long), toute la partie reconstitution souffre d’un manque d’enjeux rédhibitoire. En découle un soi-disant thriller judiciaire bien trop bavard et théâtral aussi épuisant qu’inoffensif. La partie documentaire est en revanche plus captivante dans la façon dont Gitaï met en place son brûlot visant frontalement Benyamin Netanyahou. L’interview de la veuve Leah Rabin clôt cette partie en lui assurant, cette fois, une profonde émotion. La façon dont le réalisateur se sert des images pour donner du poids à son pamphlet politique s’apparente au travail contesté que fait Michael Moore, lui faisant perdre beaucoup de sa crédibilité.

Beaucoup trop long et rarement passionnant, Le dernier jour d’Yitzhak Rabin ne tente jamais de résoudre la moindre énigme complotiste puisque Gitai semble persuadé d’en avoir la clef et en profite pour illustrer ses opinions politiques d’une manière si peu subtile qu’elle ne convaincra que ceux qui les partagent déjà.

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin : Bande-annonce

Le dernier jour d’Yitzhak Rabin : Fiche technique

Titre original : Yitzhak Rabin, the last day
Date de sortie : 16 décembre 2015
Nationalité : Israël
Réalisation : Amos Gitaï
Scénario : Amos Gitaï, Marie-Jose Sanselme
Interprétation : Ischac Hiskiya (Président de la Commission), Pini Mitelman (Membre de la Commission), Einat Weizman (Avocate de la Commission), Tomer Sisley (Chauffeur de Rabin), Michael Warshaviak (Membre de la Commission)…
Musique : Amit Poznansky
Photographie : Eric Gautier
Direction artistique : Miguel Merkin
Montage : Yuval Orr, Tahel Sofer, Isabelle Ingold
Sociétés de production : Thibault Grabherr, LGM Cinema, France 2 Cinéma, Les Films du Worso…
Sociétés de distribution : Sophie Dulac
Genre : Thriller, documentaire, drame
Durée : 180 minutes

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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