Francofonia, le Louvre sous l’Occupation, un Film d’Alexandre Sokourov : Critique

Il faut oser. Commencer un film par un générique de fin et une voix off du réalisateur pensant avoir raté son film. Est-ce un aveu d’échec, le film étant terminé avant même d’avoir commencé ? Cette frustration fait sans doute resurgir les difficultés rencontrées avec la direction du musée du Louvre pour tourner le film. À moins qu’Alexandre Sokourov se soit vu dépassé par le projet cinématographique ambitieux et unique dans lequel il s’est lancé…

Synopsis : 1940. Paris, ville occupée. Et si, dans le flot des bombardements, la guerre emportait La Vénus de Milo, La Joconde, Le Radeau de La Méduse ? Que deviendrait Paris sans son Louvre ? Deux hommes que tout semble opposer – Jacques Jaujard, directeur du Louvre, et le Comte Franz Wolff-Metternich, nommé à la tête de la commission allemande pour la protection des œuvres d’art en France – s’allient pour préserver les trésors du Musée. Au fil du récit de cette histoire méconnue et d’une méditation humaniste sur l’art, le pouvoir et la civilisation, Alexandre Sokourov nous livre son portrait du Louvre.

Ce n’est pas la première fois que le cinéaste russe se lance un défi hors-norme. Rien n’est trop ambitieux pour rendre hommage à ces temples de la culture ! En 2002 Sokourov tourne L’Arche Russe dans les couloirs de l’Ermitage, premier long-métrage (réellement) tourné en un seul plan-séquence. Francofonia est, lui, un film-essai entremêlant des séquences documentaires, des images d’archives réelles et fictives avec de pures scènes oniriques. Tout cela pour parler du Louvre sous l’Occupation allemande. Une reconstitution historique est alors mise en œuvre pour expliquer comment le musée a pu survivre à l’invasion nazie.

L’Histoire racontée est malheureusement assez sommaire. Sokourov se contentant d’un résumé condensé et un peu idéalisé des faits, notamment sur le rôle joué par la Kunstschultz dans la préservation des arts. Mais la portée historique du film est vite balancée par un autre versant, celui d’un hommage émouvant au rôle de la préservation de la culture des musées. L’entente entre le directeur du Louvre Jacques Jaujard et le comte Franz von Wolff-Metternich révèle le rôle de l’art pour la nation. Et seul celui-ci a eu le pouvoir de créer une vision commune entre allemands et français pendant la guerre. Main dans la main, au nom de l’art. Ce que Francofonia nous montre in fine, c’est que c’est avant tout l’aura du Louvre qui a permis sa survie.

La francophonie du titre ne fait sans doute pas allusion à la langue française, puisqu’on y entend davantage du russe et de l’allemand. Il désignerait davantage le poids de la France dans le monde culturel dont le Louvre est le principal étendard. Même si le film n’est pas exempt de multiples défauts, il reste un objet passionnant, repositionnant les musées au centre de notre civilisation. Loin de prendre son envol, la Victoire de Samothrace restera pour toujours à Paris, tout comme ses centaines de colocataires sauvées du vestige des siècles par la France. Et c’est ce qui fait, entre autres, l’importance politique du Louvre.

Alors, qu’Alexandre Sokourov se rassure. Son Francofonia est probablement raté eu égard à la grandeur de ses autre films. Mais il reste un objet passionnant qui, même dans ses maladresses, réussira à toucher le plus grand nombre pour son éloge de la culture, aussi imparfaite soit-elle.

Trailer de Francofonia, Le Louvre sous l’Occupation

Francofonia : Fiche Technique

Titre original : Francofonia
Date de sortie : 11 Novembre 2015
Nationalité : Russe, Français, Allemand, Néerlandais
Durée : 88 min.
Genre : Drame, Historique
Auteurs : Alexandre Sokourov
Réalisateur : Alexandre Sokourov
Casting : Louis-Do de Lencquesaing, Benjamin Utzerath, Vincent Nemeth, Johanna Korthals Altes
Chef opérateur : Bruno Delbonnel
Assistant réalisateur : Alexei Jankowski, Marina Koreneva
Chef opérateur son : André Rigaut, Jac Vleeshouwer
Montage son : Emil Klotzsch
Chef costumière : Colombe Lauriot Prevost
Monteur : Alexei Jankowski, Hansjorg Weissbrich
Producteur : Françoise Etchegaray
Distributeur : Sophie Dulac Distribution
Le film a été présenté en sélection officielle à la Mostra de Venise 2015.
Budget : xxx

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Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

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