Rencontre avec Stephen Fingleton pour son film The Survivalist: FEFFS 2015

FEFFS 2015, compétition internationale, rencontre avec Stephen Fingleton pour son film The Survivalist

Synopsis: The Survivalist aborde la question de la survie dans un environnement hostile, sur une terre dévastée et sans ressources. Pour le protagoniste, tout homme est un danger mortel et il n’est plus question que de se nourrir, de subsister, d’assouvir un besoin physique. 

La force de The Survivalist est de créer une expérience unique, tout à fait singulière et immersive. Le jury du FEFFS 2015 ne s’est pas trompé en accordant sa Mention Spéciale, à ce film post-events (et non post-apocalyptique, comme le réalisateur nous le précise ici), dont le naturalisme extrême, pousse encore plus loin le genre hyperréaliste.

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– The Survivalist est un film singulier, une nouvelle proposition. Steven, il y a dans votre film un travail très particulier sur le son, sur l’absence de musique, sur le travail en mono…

Oui, nous avons fait un travail particulier sur le mono dans le film. Dans chaque salle de cinéma, vous avez 6 haut-parleurs, un à droite, un à gauche, un au centre, un qui est en-dessous, et deux au fond. Pour le film, la majeure partie du son venait du centre. C’est ce que je voulais, sauf au début et à la fin, où le son était beaucoup plus large, et venait de l’avant et également de l’arrière.

– Vous ne définissez pas votre film comme un film post-apocalyptique, pourquoi?

Je ne suis pas du tout d’accord avec ce terme post-apocalyptique, je préfère le terme « post-événements ». Ici, il s’est passé quelque chose, mais l’humanité existe toujours, et la vie continue mais sous une forme différente.

– Concernant les nombreux aspects techniques de la survie, est-ce qu’ils proviennent de votre propre réflexion, ou avez-vous fait des recherches ou pris contact avec des spécialistes? La deuxième question : pourquoi le choix du mono?

Oui, j’ai simplement fait beaucoup de recherche, je n’ai jamais été agriculteur, même s’il y a des membres de ma famille qui sont agriculteurs. L‘acteur principal lui, a fait un stage de survie, et il a appris à dépecer le lapin notamment, donc c’est vraiment lui qui le fait dans le film.

C’est vrai qu’il y a beaucoup de techniques très réalistes dans le film, mais plutôt qu’un film vraiment réaliste, je le voulais beaucoup plus figuratif, et on a utilisé toutes ces techniques pour y parvenir.

Pour le mono, il y a beaucoup de raisons, notamment le fait que je trouve que la stéréo, ça sonne faux quelque part, ça vient de tous les sens, on a beaucoup plus de mal à s’immerger dans le film. C’est comme la 3D, ça devrait être beaucoup mieux que la 2D, alors qu’en fait pour un film en 2D, vous êtes beaucoup plus immergés dans l’histoire, et je suis sûr que The Survivalist vous a fait beaucoup plus d’effet que le dernier film en 3D que vous avez vu. La seconde raison réside dans le fait que l’on voulait que tout le monde ait la même expérience dans la salle de cinéma. Que vous soyez assis dans différents endroits de la salle, vous avez ce même son qui vient du centre. En fait, on a réenregistré tous les sons que vous entendez dans le film, et on les a retravaillés pour recréer une atmosphère, pour que ce soit très réaliste. Et bien que ça puisse nous sembler très réaliste, c’est faux, on a tout retravaillé…

– Ma question porte plutôt sur l’histoire. Je voulais savoir si vous parlez de réincarnation, avec le lapin qui disparaît lors de la « crise » de l’héroïne (ndlr: la fille dans le film), et qui réapparaît lors de la mort de sa mère. Une vie doit-elle disparaître pour qu’une autre émerge?

Je n’ai pas de réponse à vous donner. C’est à vous de penser ce que vous voulez. Tout ce que je peux vous dire, c’est finalement que les instincts qui ont poussé la jeune femme à ne pas aller jusqu’au bout, sont les mêmes que ceux ont poussé le lapin à éviter le piège. Nous avons beaucoup d’instincts en commun même avec les lapins, et en fait, on est tous les enfants de survivants. C’est tout ce que j’ai à vous dire.

– Ma question porte sur la temporalité du film. A la fin, nous apprenons que la fille est enceinte de 6 mois. Par contre, nous ne voyons pas les saisons se succéder dans le film. Est-ce un choix volontaire pour accentuer davantage l’impression de survie?

En général, ce genre de film se fait sur un an. Là on n’avait pas le temps, ni les moyens de filmer tous ces changements de saisons. C’est aussi un premier film, et quand on fait un premier film on a uniquement droit à un respect limité. Concernant les acteurs, j’aurais pu avoir des acteurs plus connus et pouvoir filmer les changements de saison, ou bien choisir ces acteurs-là, et sentir les changements de saison dans leurs émotions.

– Votre film m’a fait penser au style de Jame Campion, avec le phallus notamment… (Rires du public)

Bien sûr, vous voyez beaucoup de choses en érection dans ce film. Je suis un très grand fan de Jame Campion, de son travail, de son symbolisme, et de la manière dont elle dépeint la sexualité. Donc oui, il y a un certain nombre de références à son travail.

– L’absence de dialogues passe vraiment très bien, parce que les acteurs sont bons. Il y a certaines scènes où on a l’impression que vous vous êtes empêchés de mettre des dialogues. Pourquoi cette volonté d’en avoir si peu, et pourquoi au final, ne pas les avoir supprimés tous?

Oui en effet, dans les 16 premières minutes du film il n’y a pas de dialogues. De toute façon, le personnage est seul. Dans le script, on a mis très peu de dialogues car ce que ce que l’on voulait, c’était de trouver des moyens de faire interagir physiquement les acteurs, donc par autre chose que la parole… parce qu’à chaque fois que quelqu’un prend la parole dans le film, c’est pour manipuler les autres.. Toute parole est une forme de manipulation

 – Concernant le générique très réussi, et pour le coup totalement abstrait, non pas figuratif, pourquoi avez-vous choisi d’arrêter les dates dans la courbe de croissance de la population. A quelle année situez-vous ce film? Et que signifie la ligne bleue qui rejoint la ligne rouge et qui à un moment donné chute avant la ligne rouge?

Non, je ne vais pas vous dire quand le film se déroule. C’est pour cela que vous ne voyez pas les années sur la courbe au début.

La courbe bleue est une référence à une théorie des êtres: on a une période où l’on exploite trop ses ressources, alors qu’elles sont en train de diminuer, et même au moment où elles commencent à diminuer, la population continue de croître, un peu comme dans le dessin-animé Bip Bip et Coyote, le dessin-animé: quand il tombe de la falaise, il se relève toujours…

– Vous refusez la notion de post-apocalyptique. Mais on a aussi tourné des westerns post-apocalyptiques comme les premiers Mad Max. Est-ce qu’en revanche, le terme de western vous l’accepteriez? Car il y a beaucoup de points communs dans les situations, dans l’atmosphère du film, je pense au film Le vent de la plaine de John Huston par exemple…

Oui, c’est l’histoire d’un homme qui n’a pas de nom et qui joue de l’harmonica (ndlr: rires du public). Moi je voulais plus faire quelque chose à la Sergio Leone, mais on ne m’a pas laissé le faire, on voulait quelque chose d’un peu plus naturel… Mais oui, c’est un western parce que c’est l’histoire de frontières, et toute histoire, qu’elle se déroule dans le passé ou dans le futur, qui a trait à la frontière, et à ce qu’il vient après, est forcément un western.

– Je pensais plutôt à un western tourné par Ingrid Bergman.

Oui, je voudrais bien que soit écrit sur mon affiche, « un film à la Ingrid Bergman ».

Propos recueillis le 25/09/15 lors de la rencontre publique avec Stepen Fingleton, pour son film  The Survivalist.

 The Survivalist a été récompensé au festival de Tribeca  par le juré

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