The Missing saison 1, une série de Harry et Jack Williams : Critique

A l’occasion de la prochaine diffusion sur TF1, ah non pardon sa petite soeur TMC, de The Missing, parent éloigné de Broadchurch, LeMagduCiné revient sur la première saison de cette production franco-anglaise qui vaut vraisemblablement le détour.

Synopsis : Lorsque son fils disparaît durant des vacances en France en 2006, les recherches de Tony malmènent peu à peu son mariage et détruisent sa vie. Il décide de reprendre l’affaire 6 ans après…

Les chaînes BBC One et la câblée américaine Starz continueront de nous transporter dans le souvenir d’idéaux familiaux, amoureux et policiers, car une saison 2 a été commandée le 16 décembre dernier. On ne retrouvera pas les Hughes par contre, ce qui fait de The Missing une nouvelle anthologie captivante, qui vous hante longtemps après. Le final, diffusé à la date citée au-dessus, a divisé la critique. « Worst or better ever ». On vous dit tout sans spoiler ! Mais nous avons juste pris le soin de disperser quelques pièces du puzzle…

L’écharpe, son écharpe

En abordant des problématiques tel que le mariage, la fin de carrière, la reconversion, et surtout la possible disparition d’un être cher, The Missing traduit le sentiment angoissant que nous n’avons guère le contrôle sur ce qui nous importe réellement. Le postulat est d’une simplicité déconcertante. Une famille « parfaite » anglaise s’apprête à rentrer chez eux après des vacances passées hors frontières, mais la voiture cale et ils se retrouvent coincé dans la ville de Châlons-du-bois pour 48 heures, le temps que la voiture puisse trouver un second souffle. Ils gagnent l’hospitalité dans l’hôtel L’Eden au néon vert, parallèle à la séquence intérieure fanstasmagorique dans Sueurs Froides où James Stewart découvre la double identité de sa belle. Par ailleurs, une scène entre Tony et sa femme Emily reprend la même problématique chromatique) tenu par un couple discret, les Deloix joués entre autre par l’actrice belge Astrid Whettnall (Au nom du fils). La caméra « touche de l’objectif » une vérité quasi documentaire autour du tourisme de gîte et les campings. Les Hughes ont remarqué la présence d’une piscine alors pourquoi pas en profiter une dernière fois ? La nuit commence à tomber et en se séchant, le père et son jeune fils Oliver tombent sur la coupe du monde de football retransmis au bar à ciel ouvert. C’est l’effervescence autour de cet événement collectif. Ils se rapprochent curieux, puis le jeune Olie ne passe plus entre les supporters. Les mains se lâchent et l’absence est déjà effective. Tony le cherche partout, paniqué (voir à 0’43 de la vidéo ci-dessous). La police est rapidement sur le coup, dirigée par le lieutenant Julien Baptiste, interprété par Tchéky Karyo (Nikita, Bad Boys, Belle et Sébastien) entre tendresse et rugosité. Sans s’appesantir sur cette poignante fin de journée d’été, nous sommes rapidement revenu au temps présent et l’écart s’est profondément creusé en 6 ans. 2012, Tony et Emily se sont séparés. Lui est obsédé par la non-résolution de l’affaire concernant la disparition de son fils, elle est en couple avec celui qui a collaboré sur l’affaire en externe, un détective en vacance joué par Jason Flemyng (Snatch, From Hell). A la question : la famille peut-elle surmonter un tel traumatisme ? La réponse semble évidente maintenant que l’on sait le divorce prononcé, et pourtant ces huit épisodes de 50 minutes vont s’acharner à nous faire douter, remettre en question nos convictions jusqu’à hanter nos souvenirs du fantôme de ce petit garçon pour qui on ne peut qu’éprouver la plus entière des sympathies. L’intérêt en devient presque une histoire personnelle et la mise en scène jongle entre ces deux temporalités pour jouer avec nos nerfs tout en disséminant des indices ici et là pour nous forcer à être attentifs. Comme si on avait besoin de cela !

C’est donc l’écart entre passé et présent qui compte, ici une fois de plus (rappelons-nous la structure de HTGAWM). En pointant subtilement le doigt sur les changements, les substituts et surtout les persistances de nos choix, Tom Shankland, l’unique réalisateur (enfin ! un seul point de vue original), dissèque d’une force singulière les existences de chacun des personnages des deux côté de la manche. Avec les seuls bémols et regrets sur les personnages du journaliste avide Malik Suri (Arsher Ali) et le policier corrompu Khalid Ziane (Saïd Taghmaoui) qui ne trouvent jamais l’équilibre et le bon ton. Me concernant, je retire mes réserves sur Emilie Dequenne qui, contre toute attente, sort son épingle du jeu. Elle incarne une jeune policière bilingue promue, femme active et impliquée, intègre sans prendre parti. L’originalité de cette série donc est de jouer le contraste, l’impression de déséquilibre, entre anglais et français qui ne se comprennent pas (la série ne peut qu’être diffusée en VO !), entre les motivations de chacun, Tony pour la résolution et Emily pour le deuil, entre tendresse et sécheresse du jeu des acteurs, entre la joie des supporters français et le désespoir du père isolé du reste du monde, entre passé et présent. Imaginez-vous sous un ciel ombragé soudain, vous hésitez à ouvrir votre parapluie pour ne pas vous cacher des quelques rayons de soleil, tout en attendant la dernière minute, les première gouttes, quand pourtant … il est déjà trop tard! (Je ne vous dirai pas si il pleut) C’est donc sur ce schéma émotionnel que les frères Williams ont décidé d’écrire leurs différents arcs narratifs. Dominik Scherrer avait les même consignes pour composer la bande sonore. Leur show fonctionne aussi bien sur le «Je sais bien, mais quand même» manonnien*, qui indique précisément comment une croyance peut survivre au démenti de l’expérience, que sur le fictionnalisme**, courant philosophique germanique du début du XXème siècle. Et là vous vous dites, mais qu’il est pompeux celui là, à employer des mots vulgaires que personne ne connait. Et vous avez raison ! Sur la nécessité d’éclaircir mon propos, non pas sur le fait que je puisse être pompeux… Pour la faire courte, il faut sans arrêt reconsidérer nos certitudes, en ayant conscience de ne pas en avoir, dans un contexte oscillant entre fiction construite de toute pièce (soient des espoirs et des illusions) et réalité possible, si ce n’est évidente (soient les faits). Ces faits nous apportent la « preuve » que le jeune Olie est encore en vie, du moins, on y croit dur comme fer.

* Octave Mannoni, Clefs pour l’imaginaire: ou, l’Autre scène, Seuil, 1985

** Hans Vaihinger, La Philosophie du comme si, Kimé, 2008

Puisque nous avons commencé la comparaison sur Broadchurch, poursuivons dans cette voie. Le choix de Chris Chibnall consiste à fondre dans le même moule, grandeurs du paysage et profondeurs psychologiques sur un arrière plan, qui pourtant est premier, de meurtre d’un jeune garçon non élucidé. Si la saison 1 soulignait excessivement la pédophilie, la saison 2 effleurait la question de l’infidélité sur des considérations qui s’éloignaient de l’intérêt premier, soit la résolution sur l’affaire du meurtre du petit Danny Latimer. Ici, The Missing reprend l’attachement paternel/parental comme surpassement de soi tout en rendant accessible l’intrigue policière malgré l’enchevêtrement des temporalités. Mais accrochez-vous tout de même. Chaque personnage agit comme une partie d’un sombre engrenage qu’il nous faudra, patiemment, plus de 6 heures, à démêler. Une pièce du puzzle est déjà apportée à la fin du générique, si vous êtes joueur… Arrêtons nous sur la reprise « Come Home » d’Amatorski. La chanson était à l’origine plus lente et lancinante, comme pour mettre en exergue la fatigue que provoque l’attente du retour d’un être cher. Dire au revoir n’est jamais facile, surtout lorsque l’on a pas eu le temps de prononcer ces mots. Les deux seules finalités sont l’espoir et le deuil donc, deux versants d’une même face. Le thème musical est remanié ici façon Cold Case et perd son côté soul jazz pour devenir percussions qui résonnent dans la nuit. J’aurais aimé prolonger la réflexion sur l’univers musical, l’utilisation du Hang (je vous laisse découvrir sur youtube ses sonorités semblables à des gouttes d’eau résonnantes) et la question de la métamorphose centrale dans l’oeuvre du compositeur ici (oui comme tant d’autres, il a le titre #1 « Butterflies »), mais par manque de temps, je vous laisse en présence d’une courte vidéo issue du making off.

La puissance de cette minisérie tient dans l’aspect quasi documentaire. Des milliers de parents ont vécu cette situation et malheureusement, ce genre de disparition ne devrait pas se tarir, sauf si on vient à bout de la famine, les guerres, l’homophobie… On assiste à une vérité. Oui, triste à dire, mais on se croirait réellement en vacances à la frontière belge, on sent les gouttes de pluie, le chlore de la piscine, les cuisines du restaurant de l’hôtel en fin de service, les dossiers cartons mélangés au tabac froids des bureaux de police ainsi que son bois vernis, la rosée du matin (ou du soir) sur le bateau, l’herbe humide du parking, le sang mélangé aux polaroïds, le plastique de la parka, l’intérieur cuir de la voiture, l’odeur du croissant et du café industriel d’une brasserie, le bitume de la gare, la neige… Chaque élément devient perceptible et il est difficile d’y faire abstraction. Tout comme il est difficile de ne pas reprendre son souffle, la bouche ouverte à chaque passage du petit Olie représenté par le dessin du bonhomme au grande oreille. La photographie, désaturée légèrement pour retranscrire l’usure corporelle et psychologique ou bien lumineuse et rétro vise toujours juste. On a pris la fâcheuse habitude, nous spectateur, de vouloir être éblouis, chercher toujours plus et c’est ainsi qu’un final peut nous décevoir. The Missing nous a pourtant jamais habitué à l’excès ou la superlativité, comme une oie que l’on gaverait jusqu’à plus soif, mais nous prend au piège d’un jeu en spiral, d’une simplicité exemplaire, dont on ne ressort que difficilement indemne. D’autant plus que, avec plus de 7 millions de téléspectateurs anglais, les critiques se sont accordées sur la qualité indéniable de cette série, faisant du final, meilleur que celui de Broadchurch avec plus de 1000 tweets à la minute lors de la diffusion. La minisérie a été nominée aux Golden Globes, British Academy TV Awards, Baftas et même si les deux acteurs principaux n’ont malheureusement rien reçus (sauf à Monte-Carlo), nous prions sincèrement pour que Tom Schankland soit récompensé le 20 septembre aux Emmy…

Qu’avez-vous pensez du final ? Découvrez sans plus tarder le court trailer de la saison 2, sans aucune date de sortie encore. Il s’agirait d’une jeune fille en Allemagne…

Titres des épisodes

  1. La disparition (Eden)
  2. Le suspect (Pray for Me)
  3. L’informateur (The Meeting)
  4. L’Alliée (Gone Fishing)
  5. Le monstre (Molly)
  6. Le traitre (Concrete)
  7. Le maître chanteur (Return to Eden)
  8. Le coupable (Till Death)

Les épisodes titrés en français apparaissent comme des cartes de tarot annonciatrices, des rôles attribués pour un jeu à ciel ouvert.

Fiche Technique : The Missing

Création : Harry Williams, Jack Williams
Réalisation : Tom Schankland
Scénario : Harry Williams, Jack Williams
Interprétation : James Nesbitt (Tony Hughes), Frances O’Connor (Emily Hughes), Tchéky Karyo (Julien Baptiste), Ken Stott (Ian Garrett), Jason Flemyng (Mark Walsh), Arsher Ali (Malik Suri), Saïd Taghmaoui (Khalid
Ziane), Titus De Voogdt (Vincent Bourg), Émilie Dequenne (Laurence Relaud), Eric Godon (Mr Deloix), Astrid Whettnall (Sylvie Deloix), Anastasia Hille (Rini Dalca)
Photographie: Ole Bratt Birkeland
Décors: Kate Scopes, Katie Spencer
Musique: Dominik Scherrer
Production : John Yorke, Harry Williams, Jack Williams, Jan Vrints, Elaine Pyke, Charles Pattinson, Polly Hill, Eurydice Gysel, Willow Grylls, Colin Callender
Sociétés de production : Company Pictures, Two Brothers Pictures, New Pictures, BBC, Starz Originals, BNP Paribas, Fortis Film Finance
Distribution : BBC One (UK), Starz (US), TMC (France), Sky Atlantic (Allemagne), Eén (Belgique), Netflix…
Budget :NR
Genre : thriller, drame psychologique, policier
Nombre d’épisodes de la saison 1 : 8
Durée d’un épisode : 52′

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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