American Ultra, un film de Nima Nourizadeh : Critique

Un programme secret de la CIA a été mis en place pour créer un super agent, capable de combattre le crime à main nu. Tous les cobayes « génétiquement modifiés » n’ont pas réagit à ce programme, sauf le jeune Jesse Eisenberg, junkie amoureux qui cumule les heures sup à sa caisse de supermarché pour offrir à sa dulcinée jouée par Kristen Stewart, des vacances de rêve et des fiançailles dignes de ce nom. Mais une sous-division secrète nommée « Titan » et dirigé par le jeune Topher Grace (That’s 70’s Show) est chargé de détruire ce dernier espoir avant qu’il ne se transforme en super agent. Les hostilités peuvent donc commencer entre 17 soldats sur-entraînés et ce jeune « désaxé ». Coup de chance ou obligations scénaristiques, il faut qu’il survive pour que continue la narration. Mais ces combats suffisent-ils à générer la curiosité?

Entre romantisme adolescent frétillant (n’entendez rien de péjoratif là-dedans), philosophie de couple et problématiques sentimentales, des scènes d’action survoltées tente de rythmer cet énième film d’espionnage où le coup de poing et la détonation sont devenus carotte pour le spectateur. Depuis Kingsman : Services secrets, les copies sont foison. Ne citons que l’actualité (dans 1 mois, la donne aura encore changé), Mission : Impossible 5, Hitman, Spy ou les futurs très-attendus-à-juste-titre Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E par Guy Ritchie et 007 Spectre de Sam Mendès… Le bon sens et le respect d’une histoire originale bien construite s’éteignent au détriment de l’excès de spectaculaire. Je n’ai rien contre ce type de blockbuster, mais ne confondons pas vitesse et précipitation. Si Kingsman réussissait à jouir d’un certain équilibre entre second degré et scènes sur-vitaminées, Mission : Impossible 5 échoue par une surenchère improductive qui cumule déjà vu et montage happyending-nesque. Donner l’illusion de la fausse route ou de l’obstacle fatal ne piège plus personne et fait plus rire qu’il ne crispe. Et le moyen est différent dans American Ultra, mais l’effet identique. Ajouté à cela, une méconnaissance profonde pour le vocabulaire ou l’univers de la CIA, réduit ici à un simple prétexte scénaristique d’espionnage commercial, et des individus unidirectionnels régit par leur unique instinct, vous obtenez une comédie qui pétarde avec l’effet d’une demi-jouissance (ou « plaisir » pour ceux dont le mot est ambigu). Seul le personnage joué par Kristen Stewart, touchante, mérite un particulier intérêt. Le duo au look teenage, qui fonctionne parfaitement, a déjà fait ses preuves sur la comédie hilarante Adventureland en 2009, avec Kristen Wiig, Ryan Reynolds, Bill Hader (The Mindy ProjectSaturday Night Live) et Wendie Malick (Hot In Cleveland), et se reconstituera dans le prochain Woody Allen que nos confrères à Melty n’ont pas manqué de nous dévoiler. Adrian Yates ou celui qui est aux commandes de « Titan » (oui car les noms ne se retiennent guère) se veut être un facteur comique : jeune et machiavélique aux traits pourtant angéliques. Connie Britton alias la mère du programme Ultra apparaît ici plus comme une figure maternelle effacée qu’une véritable ennemie/adjuvant. Les contours seraient-ils mal dessinés? Le personnage de dealer joué par le quinquagénaire John Leguizamo est sous-exploité, puis Jesse Eisenberg figure le nec plus ultra du geek junkie paumé, rôle qui ne manque pas de lui coller à la peau.

Ces imprécisions se répercutent sur le premier intérêt à la vision de la bande annonce: « ça a l’air complètement barré ». Donc certes, ça l’est, mais dans le mauvais sens du terme. Lorsque vient la scène finale de combat (non ce n’est pas un spoiler, mais fait parti de la structure de ce genre de film), nous assistons à une tentative de plan séquence qui n’est pas menée à son meilleure potentielle, et lorsque les soldats censés être sur-entraînés tombent comme des mouches face à un ado qui a fait un peu de karaté, c’est risible. Le réalisateur anglo-iranien, qui a commencé dans la publicité puis des clips musicaux, à qui l’on doit le caustique Projet X se façonne une réputation d’éternel adolescent. Avec ce Projet MK-Ultra, il a voulu mettre en exergue la fiction qui dépasse la réalité (ou l’inverse c’est selon), car oui asseyez-vous, mais ce nom de code correspond bel et bien à un projet secret illégal de la CIA dévoilé en 1975 et mis en place un vingtaine d’années auparavant dans le but d’influencer des sujets humains, consentants ou non, par l’utilisation de substances psychotropes ou autres moyens (chimique, physique, électrique). Les références à ce projet plus vraiment top secret sont nombreuses. Je ne cite que Complots de Richard Donner, Control Factor de Nelson McCormick, RED avec Bruce Willis, John Malkovich, et Morgan Freeman, Call Of Duty : Black Ops ou l‘épisode 5 de la saison 2 de la série Fringe de J. J. Abrams… Dans les années 2010, dans une entrevue à RT America, Roseanne Barr a déclaré que le programme Projet MK-Ultra était toujours actif au sein de l’industrie du film d’Hollywood.

Synopsis : Mike Howell mène une vie paisible et sans ambition avec sa petite amie Phoebe se retrouve soudainement chamboulée. À sa grande surprise, Il est en fait un agent dormant surentrainé dont la mémoire a été effacée. En un clin d’œil, son passé refait surface et Mike se retrouve au milieu d’une opération gouvernementale visant à l’éliminer. Il va alors devoir faire appel à ses capacités insoupçonnées d’agent secret pour survivre.

Le dilettantisme serait un trait caractériel de ces êtres boutonneux à la voix et l’humeur changeantes qu’on a tous été avec plus ou moins de fierté. Il fait également parti de la mise en scène de Nima Nourizadeh qui propose avec son deuxième long métrage, en plus d’une bande son disco pop jazz hommage aux 80’s et un générique de fin animé basé sur les aventures d’Apollo Ape* (personnage le plus mystérieux), un divertissement coloré à demi-corrosif, qui marquera peu les esprits. American Ultra appelle un genre cinématographique bipolaire entre humour noir et action à coupée au couteau, que souligne le prochain Deadpool ! Rendez-vous le 4 février 2016…

*et si vous vous demandez si le comic existe vraiment, je vous conseille de comprendre la langue de Shakespeare pour lire cet article.

American Ultra: Fiche Technique

Titre original : American Ultra
Louisiane, États-Unis – 2015
Réalisation : Nima Nourizadeh
Scénario : Max Landis
Interprétation : Jesse Eisenberg (Mike Howell), Kristen Stewart (Phoebe Larson), Topher Grace (Adrian Yates), Connie Britton (Victoria Lasseter), Bill Pullman (Raymond Krueger), John Leguizamo (Rose)…
Date de sortie : 19 août 2015
Durée : 95 min
Genres : Espionnage, action, comédie
Image : Michael Bonvillain
Décors : Jon Danniells
Costumes : David C. Robinson
Montage : Andrew Marcus
Musique : Marcelo Zarvos
Budget :  —
Producteurs : David Alpert, Anthony Bregman, Kevin Scott Frakes, Britton Rizzio et Raj Brinder Singh

Producteurs délégués : Ray Angelic, Steffen Aumueller, Robert Ogden Barnum, Jonathan Gardner, Zülfikar Güzelgün, Buddy Patrick, Eyal Rimmon et Gideon Tadmor.

Coproducteur : Mark Fasano
Productions : PalmStar Media, The Bridge Finance Company, Circle of Confusion, Likely Story et Merced Media Partners
Distributeur : Lionsgate (États-Unis), Elevation Pictures (Canada), Metropolitan Filmexport (France)

Festival

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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