La Volante, un film de Christophe Alo et Nicolas Bonilauri:Critique

Quand l’humanité s’envole…

Après le Rat (2000), une comédie présentée en compétition au Festival du film de science-fiction à Nantes, puis Camping (2009), un drame sentimental, Christophe Alo et Nicolas Bonilauri se lancent pour leur troisième long-métrage dans un thriller plus grand public. Celui-ci s’attache particulièrement aux femmes secrétaires intérimaires, qui changeaient régulièrement de poste dans les entreprises en l’absence d’emploi permanent. Elles sont parfois appelées « les volantes », surnom choisi par les réalisateurs pour le titre du film. La Volante met alors en scène la relation entre Thomas, un jeune directeur d’entreprise, et Marie-France, sa nouvelle secrétaire et mère du jeune garçon qu’il a accidentellement renversé neuf ans auparavant.
Tout l’intérêt de l’histoire réside dans le personnage à la fois énigmatique, fascinant et inquiétant de cette femme prête à assouvir une vengeance à laquelle le spectateur assiste comme un témoin, voire comme un complice. Très peu d’informations sont en effet communiquées à son sujet, puisque nous avons seulement connaissance lors de la première séquence de la relation tragique qui la relie à Thomas. Hormis ceci, il revient au spectateur de percer le mystère de Marie-France.

Quelques indices suggèrent des pistes, par exemple son interprétation d’une berceuse au piano et son désir d’apprendre la clarinette à Léo, le fils de Thomas né la nuit de l’accident, laissent à penser qu’elle était musicienne. Cependant, le film joue sur les ellipses et conserve ainsi de nombreuses parts d’obscurité. Quel type de mère était Marie-France ? Qu’est devenu le père de son enfant ? Que s’est-il passé durant les neuves années postérieures à la mort de son fils ? Autant de questions auxquelles il nous faut chercher, supposer ou imaginer des réponses.

La Volante traite de la vengeance comme une organisation minutieuse et machiavélique impliquant pour Marie-France de se transformer en profondeur. Lorsqu’on la revoit pour la première fois, après l’écoulement des neufs ans, elle est seule face à son miroir, en train de se maquiller et de répéter son rôle de secrétaire en vue de sa rencontre avec Thomas. Il s’agit d’une véritable mise en abyme du jeu de l’actrice faisant écho à la scène d’ouverture des Liaisons Dangereuses de Stephen Frears, dans laquelle on admire la Marquise de Merteuil s’habiller et s’apprêter. Jouant pleinement son rôle, Marie-France, magistralement incarnée par une Nathalie Baye jamais vue ainsi à l’écran, pénètre un pas après l’autre dans la vie de Thomas : dans sa vie professionnelle en devenant une secrétaire travailleuse et loyale, dans sa vie privée en s’occupant du jeune Léo, et enfin dans sa vie familiale en épousant le père veuf de Thomas, Eric. La relation de Marie-France avec Thomas évolue ainsi progressivement tout au long du récit. De collègue, elle devient rapidement une vraie mère de substitution pour Thomas. Une fois sa place chèrement acquise, elle est libre de s’adonner à sa vengeance.

Mais même le meurtre, d’une violence soudaine et sauvage, ne suffit pas. Marie-France désire également, peut-être plus que tout, récupérer son fils pour lequel Léo est devenu un substitut. Jusqu’où va-t-elle aller ? Va-t-elle retrouver son humanité perdue ? Voila ce qui constitue le suspense d’un thriller au thème assez peu original.
Par cette approche, le scénario de La Volante s’avère plutôt efficace. Le film installe en outre une atmosphère de tension hitchcockienne étonnante et réussie, sans jamais égaler le maître. Les réalisateurs ne se sont d’ailleurs pas cachés de cette influence, en évoquant comme source d’inspiration Pas de printemps pour Marnie dans lequel on retrouve un personnage de secrétaire au passé obscur. De plus, une scène où Marie-France conduit ressemble à s’y méprendre à une scène de Psychose dans laquelle Janet Leigh s’enfuit en voiture avec l’argent de son employeur. La Volante n’est pourtant pas dénuée de défauts. La mise en scène, volontairement froide, reste sans surprise, académique et impersonnelle.

De plus, à force de vouloir jouer sur les non dits, les ellipses et le mystère en dépouillant au maximum les dialogues, ceux-ci en deviennent un peu vides et parfois superflus. Enfin, les personnages secondaires, notamment la femme, le père et le fils de Thomas, Audrey, Eric et Léo, n’ont pas d’autre intérêt que de servir d’objets à la vengeance de Marie-France et manquent d’envergure. En définitive, La Volante reste un film assez envoûtant souffrant d’imperfections mais dont l’initiative bienvenue renouvelle le paysage du thriller français. 

Synopsis : Alors qu’il emmène sa femme à la maternité pour accoucher, Thomas percute et tue un jeune homme sur la route. Marie-France, la mère de ce dernier, ne parvient pas à se remettre du drame. Neuf ans plus tard, Marie-France devient la secrétaire de Thomas sans qu’il sache qui elle est. Peu à peu, elle s’immisce dangereusement dans sa vie et sa famille jusqu’à lui devenir indispensable.

La Volante : Bande annonce

La Volante : Fiche technique

Titre original : La Volante
Date de sortie : 2 septembre 2015 Nationalité : français, belge, luxembourgeois
Réalisation : Christophe Ali, Nicolas Bonilauri
Scénario : Christophe Ali
Interprétation : Nathalie Baye (Marie-France), Malik Zidi (Thomas), Johan Leysen (Eric), Sabrina Seyvecou (Audrey), Jean Stan Du Pac (Léo), Pierre-Alain Chapuis (Jean-Marc)
Musique : Jérôme Lemonnier Photographie : Nicolas Massart Décors : Paul Rouschop
Montage : Ewin Ryckaert
Production : Tom Dercourt, Sophie Erbs, Patrick Quinet
Sociétés de production: Cinema Defacto
Société de distribution : Bac Films Budget : NR
Genre : Thriller Durée : 1h27 min

 

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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