Mad Max: Fury Road, Un Film De George Miller: Critique

Mad Max: Fury Road, un trip halluciné aussi jouissif que grandiose !

Synopsis: Ancien policier de la route, Max Rockatansky (Tom Hardy) erre désormais seul au volant de son bolide (une Ford Falcon XB 351) dans un monde dévasté où les clans de cannibales, les sectes et les gangs de motards s’affrontent dans des déserts sans fin pour l’essence et l’eau.

Devenu autant un fantasme de cinéphiles sur pattes qu’un phénomène en devenir depuis le lancement de sa promotion délirante, à mi-chemin entre démonstration de talent et bras d’honneur aux blockbusters actuels, Mad Max, Fury Road en imposait avant même sa sortie. Il faut dire que son auteur George Miller, confiné dans une strate faite de reconnaissance par ses pairs, mais d’ignorance de son public, éprouvait pour la première fois le besoin viscéral de rappeler sa place au sein de la profession, au sein également de ce microcosme délirant qu’est Hollywood, d’où n’émanent aujourd’hui que des franchises marqueteuses au potentiel et à l’ambition interchangeables. Une place qui, à l’aune des années 1980, pouvait se qualifier d’incontestable, tant le monsieur, chantre de l’image et du montage ridiculisait carrément les productions américaines de l’époque niveau ambition et maîtrise. Mais qui restait à prouver à l’époque où le blockbuster était désormais à la portée du premier venu. Et, à force de voir ce cinéaste exceller dans tout ce qui lui est passé sous la main: du film fantastique (Les Sorcières d’Eastwick) au film d’animation (Happy Feet), on commençait à se dire que le cinéma, c’était pour lui comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Et ce constat somme toute enfantin, retrouve sans surprise tout son sens à la vue du rendu de ce Mad Max Fury Road.

Une chevauchée des Walkyries sous acide.

« Il faut tourner chaque film comme si c’était le dernier » George Miller a bien retenu les leçons d’Ingmar Bergman. Cristallisant dans une introduction démentielle tous les composants du mythe: allant du logo de la Warner a moitié effacé par la rouille, aux cris en passant par la figure de l’infatigable Max, vu de dos (rappel subtil au premier film), Miller semble comme attiré par l’irrépressible idée de vouloir condenser tout le passif de sa, déjà très riche, saga dans un seul film, renforçant de lui-même l’idéal propre à cette dernière que celle de jouer et incarner jusqu’au bout la différence et les extrêmes. Et inutile de dire qu’en agitant ce souffle nostalgique et un montage de tous les diables où Tom Hardy castagne à tout va, Miller parvient à transformer l’essai et à donner au public ce qu’il était venu chercher, à savoir une démonstration de cinéma. Littéralement. Pourtant, juger le film sur sa seule introduction serait omettre que Miller ne souhaite pas simplement montrer qui est le patron, il souhaite avant tout montrer que c’est lui le patron.

Car tel un roi qui regagne son trône après 30 ans d’absence, le film cherche avant tout à convaincre d’une chose, celle de montrer sa domination sur le reste du cinéma/monde (la frontière est floue). Et sur ce postulat, Miller y parvient de brillante manière, en dressant une allégorie à peine voilée de l’industrie actuelle. La référence est subtile (quoique), mais personnifier un désert est somme toute couillu, et encore plus quand Miller le fait lui qui, en se faisant dérouler son film dans ces étendues désertiques parvient, outre le fait de restituer l’A.D.N. de sa franchise, à qualifier le niveau de la production actuelle. Autrement dit, vide, sèche, plate ou un bras d’honneur monumental à tous ces pontes d’Hollywood, brassant des milliards certes, mais n’offrant pas un tel niveau de plaisir et d’extase, aisément comparable à une ligne de la meilleure colombienne.

Car, autant règlement de compte envers le système, que volonté de rassasier ses fans de la première heure, Miller assure le spectacle et innove de bout en bout. Plus question ici de disséquer la mythologie punko-dégénérée de l’univers madmaxien comme l’avaient été ses trois premiers films, mais davantage de décliner cet univers rongé par la sauvagerie et l’omniprésence de bandes motorisées. Non dénué de sens ce choix artistique et scénaristique, semble ainsi d’une utilité confondante quand on le compare au rôle tenu par la saga d’origine, ayant bien malgré elle amené le cinéma hollywoodien et par extension, celui de divertissement, vers des oripeaux de standardisation. Au final, Mad Max Fury Road, autant pied de nez envers la profession se mue en une sorte de démarreur de luxe de tout un pan du cinéma aka celui du divertissement, sensé en quelque sorte montrer la voie et faire sortir de leurs zones de conforts nombres de films types Avengers ou Batman, préférant user de ressorts psychologiques post-modernes, en lieu et place de l’ingrédient universel d’un divertissement : sa capacité à faire sortir du quotidien.

Le retour d’un génie

Et là encore, la maestria est de rigueur. Usant d’une intrigue d’une simplicité paradoxale, tant le nombre de thèmes traités est riche, allant scruter autant le thème du mythe (cher à Miller) que celui de la place de l’Homme dans la société, le tout couplé à une vision résolument féministe, Fury Road sort des sentiers battus en permanence et se joue d’ailleurs des conventions et autres règles préexistantes. Jamais il ne sera vu pareilles cascades, parfois défiant les lois de la physique ou celle du danger le plus extrême, jamais il ne sera vu un pareil rythme n’épargnant pas le spectateur, obligé de rester scotché à son siège pour épouser la route et la vitesse de ce convoi, filant à tombeaux ouverts deux heures durant, jamais il ne sera vu pareil dégénérescence et minimalisme de la production, prenant le contre-pied des productions actuelle en jouant la carte de l’épure au maximum…

Car, aussi bruyant et référentiel que peut l’être Fury Road, le film affiche une quiétude verbale rare. « Dans le silence on peut dire bien des choses ». Là encore, Miller a révisé ses classiques et Michelangelo Antonioni en prime, tant le metteur en scène australien, fidèle à son habitude de conteur minimaliste, prend la tangente des productions actuelles et use d’un langage verbal assumé par le corps. Ainsi, jamais un film n’aura ainsi su véhiculer autant de peur, de tension, de stress, ne serait-ce que par l’œil démoniaque d’un méchant, le sourire carnassier d’un quidam ou le regard empli de détermination de Furiosa, campé par Charlize Theron, LA révélation du film.

Véritable hybride entre western, postapo, opéra rock, musique et minimalisme, Fury Road se paie aussi le luxe de supplanter, si ce n’est écraser la concurrence au gré de son ambition somme toute démesurée, que celle de respecter son spectateur en lieu et place de le teaser à outrance, comme se complaît à le faire l’écurie Marvel. Lui offrant ce que le cinéma a vu de mieux depuis … Mad Max 2 en terme de maitrise, d’action et de montage, Fury Road s’affirme alors comme une sorte d’alternative frondeuse pour un cinéma différent.

Autant nihiliste que profondément honnête, la vision du divertissement de George Miller semble ainsi à des années lumières de ce que Hollywood a érigé en hit, à savoir une tripotée de blockbuster boursouflés et désincarnés, portés par des acteurs souvent à la réputation fallacieuse. Car, malgré le peu de paroles allouées à chacun, Fury Road se démarque du lot par l’intensité de jeu des acteurs. Autant Tom Hardy, dont le mutisme et la violence contenus en lui, suffisent pour lui attacher l’étiquette de badass que Charlize Theron, dans un rôle de femme forte et inébranlable, Fury Road résume certes ses personnages à des archétypes assez simplistes, ne cédant ainsi pas aux longueurs obligées pour leur développement, mais les éprouve tellement psychologiquement et physiquement parlant, que leurs simples pérégrinations dans cette contrée hostile terrassée par le soleil et les douilles, suffisent à les faire exister et ce sans demi-mesure puisque Miller, passé maitre dans la direction d’acteur, parvient à laisser flotter l’impression que ce Fury Road n’en compte pas.

Blockbuster massif ou giga film d’auteur (c’est selon), Mad Max, Fury Road s’impose alors d’emblée comme étant l’un des divertissements les plus réussis de tous les temps et ce sans forcer, tant la simplicité et la technique allouées à cette vaste entreprise désarçonnent de générosité et de supériorité.

Un chef d’œuvre assurément !

Bande Annonce – Mad Max:Fury Road

Mad Max – Fury Road : Fiche Technique

Réalisation: George Miller
Scénario: George Miller, Brendan McCarthy & Nick Lathouris
Distribution: Tom Hardy, Charlize Theron, Nicolas Hoult, Riley Keough & Zoe Kravitz
Musique: Junkie XL
Production: Doug Mitchell, Goerge Miller & P.J. Voeten
Société de production: Kennedy Miller Productions
Société de distribution: Warner Bros.
Budget: 150 millions de $
Pays: Australie, U.S.A.
Récompenses : Oscars 2016 du meilleur montage son, du meilleur mixage son, du meilleur montage, des meilleurs décors, des meilleurs maquillages, des meilleurs costumes
Durée: 120′

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Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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