Ill Manors, un film de Ben Drew : Critique

Synopsis: Dans une banlieue de Londres en 2012, le quotidien d’une faune de voyous, dealers, proxénètes, prostituées et marginaux, dont les destins vont se croiser, à l’approche des jeux olympiques d’été.

La rue et ses vices

Aaron (Riz Ahmed) et Ed (Ed Skrein) ont grandi ensemble dans un orphelinat. Le premier est un poids plume avec une sensibilité qui détonne dans cet univers machiste et violent. le second représente bien ce monde, il n’a aucune empathie et abuse de son physique de boxeur. Ils vivent de la drogue et d’arnaques. Kirby (Keef Coggins) est un ex-dealer sortant de prison. Il tente de reprendre le contrôle de la rue, mais se retrouve sous le joug de son beau-fils Chris (Lee Allen), qui n’a pas oublié les sévices physiques infligés par celui-ci. Michelle (Anouska Mond) est une prostituée, tentant de survivre, tout en aidant Katya (Natalie Press), une sans-papiers qui a abandonné son bébé et qui fuit ses proxénètes. Jack (Ryan De La Cruz) est un adolescent intégrant un gang violent dirigé par Marcel (Nick Sagar). Tout ses personnages vont se croiser et influencer le destin de chacun, pour le pire et un peu le meilleur.

Ill Manors est le premier film de Ben Drew, un jeune réalisateur de 29 ans. Mais il a déjà une riche carrière en tant que rappeur au sein de son groupe, Plan B. Son film est une sorte de long clip, ou il aborde les thèmes qu’il connait bien : la rue, la violence, la prostitution et tout les drames qui s’y jouent quotidiennement. Il illustre certains moments de l’histoire par ses morceaux, dont il signe la BO. C’est un drame musical, sombre et froid.

Le procédé est plaisant, mais un peu déstabilisant, cassant un peu le rythme du film, mais la force des paroles, accentue la noirceur du récit. Si la forme est originale, le fond l’est beaucoup moins. Un énième film sur la banlieue et ses travers. Le genre a ses codes et il est difficile de les contourner. Souvent, ce sont les personnages qui font la différence. Mais ils manquent de psychologie et parfois de charisme.

Le côté choral du film, Ill Manors est intéressant, le récit est fluide. Ben Drew fait preuve de maîtrise, il sait ou il va et ne nous perd pas en route. Cela rend encore plus dommage, l’absence de profondeur.

Le « héros » Riz Ahmed est le reflet de cette absence. Il est transparent et sans sa casquette qui le caractérise, il passerait inaperçu. Ed Skrein est impressionnant de par son physique et la violence qui s’échappe de chacun de ses mots et gestes. Les extrêmes s’attirent et se complètent. C’est le cas avec ces deux-là, le cerveau associé aux muscles. Ils sont le fil rouge de l’histoire. Ils ne sont ni bons, ni mauvais. Ils s’adaptent à la rue, selon leurs degrés de sensibilité et agissent en conséquence. Agir ou subir, il n’y a pas d’autres échappatoires. Sauf par la drogue, Anouska Mond va prendre ce chemin. Un moyen d’échapper à sa condition de femme prostituée et sans domicile fixe.

A travers ses portraits et ses destins, Ben Drew dresse un constat effrayant de la jeunesse anglaise, des rapports hommes/femmes et de la société en générale, régit par l’argent et la violence, ou l’être humain est considéré comme une marchandise. Le constat est pessimiste, l’amitié n’existe pas et les rêves se transforment vite en cauchemars. C’est un film sans concessions, qui aurait mérité un scénario plus développé pour emporter l’adhésion. Un long clip, sans les effets faciles mais avec l’absence de puissance dramatique, malgré la violence des vies qui y sont dépeintes.
Un premier film qui annonce des œuvres plus abouties, Ben Drew est un cinéaste en devenir. Il s’épanouit dans tout les genres, un artiste à suivre.

Ill Manors – Bande Annonce

Fiche technique : Ill Manors

Royaume-Uni – 2012
Réalisation : Ben Drew
Scénario : Ben Drew
Distribution : Riz Ahmed, Ed Skrein, Nathalie Press, Anouska Mond, Mem Ferda, Lee Allen, Dannielle Brent, Martin Serene, Jo Hartley, Éloïse Smyth et Nick Sagar
Photographie : Gary Shaw
Montage : Farrah Drabu, David Freeman, Sotira Kyriacou et Hugh Williams
Musique : Ben Drew et Al Shux
Production : Atif Ghani
Sociétés de production : Aimimage Productions, BBC Films, Film London, Gunslinger, Ill Manors et Microwave
Société de distribution : Revolver Entertainment
Genre : drame
Durée : 102 minutes

Auteur : Laurent Wu

 

 

 

Festival

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