Diplomatie de Volker Schlöndorff : Critique du film

Diplomatie de Volker Schlöndorff : Huis clos nocturne

Adapté de la pièce de théâtre éponyme, de Cyril Gély, réalisé par l’allemand Volker Schlöndorff, auteur du Tambour, Palme d’or en 1979 ex-æquo avec Apocalypse Now, de La mer à l’aube (2011) qui retraçait les derniers jours de Guy Mocquet, Volker Schlöndorff revient avec Diplomatie, présenté à la Berlinale 2014. Diplomatie narre le face à face de deux stratèges, un militaire face à civil, un huis clos qui se tint à Paris, dans une suite Von Choltitz dans l’hôtel Meurisse, la nuit du 24 au 25 août 1944. Dans le rôle du Von Choltitz on retrouve Niels Arestrup, ce dernier avait remporté le César du Meilleur acteur dans un second rôle pour « Quai d’Orsay », aux côtés d’André Dussollier dans le rôle du consul Raoul Nordling.

Lorsque le jeu d’échec commence entre le général Dietrich Von Choltiz et le consul suédois Raoul Nordling, ce dernier lui pose une question «Quel homme êtes-vous donc ?» Une question d’éthique intéressante, entre obéir à sa hiérarchie, suivre une idéologie au détriment de son honneur, de son propre pouvoir de choix. Une question posée à tous depuis l’aube des temps, obéir aveuglement aux ordres même si ces derniers ont pour conséquences plus de destructions que de créations où savoir dire non, refuser d’aller dans une direction et cela même si la conséquence pour soi même est d’être clouer au pilori.

Diplomatie est le genre de film bien plus profond qu’il n’y parait, l’utilisation de la guerre comme cadre permet de visualiser les conséquences de ses propres actes, de ses propres choix de manière bien plus dramatique, qu’un bureau dans une multinationale, une salle de bourse, où encore un bureau politique. Pourtant la question reste la même «Quel homme êtes-vous donc ?»

Un huis clos nocturne sous tension mené par deux monstres sacrés, le réalisateur du Tambour construit un véritable thriller psychologique où le choix des mots est déterminant. Une véritable partie d’échec, chaque pion est avancé dans un seul but, amener le général à prendre conscience de son pouvoir de choix en dépit des menaces et des peurs. Diplomatie est prenant grâce à un duo au somment, l’interprétation du général par Niels Arestrup est charismatique et Dussolier apporte au consul un ton calme, grave, une attitude subtile et élégante…

On assiste à un véritable duel, entre tacticiens aux verbes flamboyants, dans un décor magnifique, soulignons le travail des décorateurs à cette occasion, on se croirait vraiment en 1945, les détails comme ce vieux téléphone, les livres, les cartes plonge dans une ambiance 2nd Empire. Un film à voir, une interprétation brillante alliée aux plaisirs d’entendre des dialogues intelligents, un véritable hommage à la diplomatie quant elle sert un noble objectif…

Synopsis : La nuit du 24 au 25 août 1944. Le sort de Paris est entre les mains du Général Von Choltitz, Gouverneur du Grand Paris, qui se prépare, sur ordre d’Hitler, à faire sauter la capitale. Issu d’une longue lignée de militaires prussiens, le général n’a jamais eu d’hésitation quand il fallait obéir aux ordres. C’est tout cela qui préoccupe le consul suédois Nordling lorsqu’il gravit l’escalier secret qui le conduit à la suite du Général à l’hôtel Meurice. Les ponts sur la Seine et les principaux monuments de Paris Le Louvre, Notre-Dame, la Tour Eiffel … – sont minés et prêts à exploser. Utilisant toutes les armes de la diplomatie, le consul va essayer de convaincre le général de ne pas exécuter l’ordre de destruction.

Fiche Technique : Diplomatie

Réalisation : Volker Schlöndorff
Scénario : Cyril Gely, Volker Schlöndorff
Interprétation : André Dussollier (consul Raoul Nordling), Niels Arestrup (Gén. Dietrich von Choltitz), Burghart Klaussner (Cpt. Ebernach), Robert Stadlober (Lt Bressensdorf), Charlie Nelson (le concierge), Jean-Marc Roulot (Jacques Lanvin), Stefan Wilkening (Cpl Mayer), Thomas Arnold (Lt Hegger)…
D’après : la pièce homonyme de : Cyril Gely
Genre : Historique, Drame
Nationalité : Français, allemand
Sortie en salle : 5 mars 2014
Durée : 1h24
Directeur de la photographie : Michel Amathieu
Décorateur : Jacques Rouxel
Costumes : Mirjam Muschel
Ingénieur du son : Philippe Garnier, André Zacher, Olivier Dô Hùu
Montage : Virginie Bruant
Musique : Jörg Lemberg
Producteur : Marc de Bayser, Frank Le Wita, Sidonie Dumas, Francis Boespflug
Production : Film Oblige, Gaumont
Distribution : Gaumont Distribution

Note : La réalité historique montre qu’en effet, Nordling et von Choltitz ont bien eu des contacts, mais qu’il n’y jamais eu de négociations nocturnes pour décider du sort de Paris mais un dialogue pour aboutir à un cessez-le-feu et cela plusieurs jours avant l’ordre d’Hitler. Quant à la décision du général de ne pas exécuter cet ordre, elle reste officiellement une décision personnelle. Une plaque commémorative rappelle qui fut Raoul Nordling (1881-1962), «citoyen d’honneur de Paris, représentant d’un pays neutre durant la seconde guerre mondiale. Ses relations avec le commandant du Gross Paris, Dietrich von Choltitz, comme ses liens avec la Résistance, lui ont permis, le 17 août 1944, d’obtenir la libération de 3 245 prisonniers politiques. Il a œuvré tout au long de l’insurrection parisienne afin de limiter les destructions dans la capitale (…) ».

Festival

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