Cinq joyaux ciselés par Ernst Lubitsch en DVD et Blu-Ray

Les éditions Elephant Films nous proposent de voir ou revoir cinq films réalisés (ou co-réalisé, pour l’un d’entre eux) par l’immense Ernst Lubitsch, et nous permettent ainsi de mesurer l’étendue de son talent.

Rares sont les réalisateurs à avoir tellement marqué le cinéma que leur nom est devenu indissociable d’un certain genre. C’est le cas d’ Ernst Lubitsch. Le cinéaste d’origine allemande a créé cette fameuse « Lubitsch touch », des comédies sentimentales vives, remarquablement écrites, aux dialogues acérés, brisant les codes du genre avec une certaine férocité à peine masquée derrière une élégance rare.

Les éditions Elephant Films ont l’excellente idée de nous faire découvrir ou re-découvrir cinq films que Lubitsch réalisa dans les années 30 pour la Paramount, studio dont il sera directeur des productions à partir de 1935.

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Sérénade à trois

Parmi ces cinq films, deux sont les représentants incontournables de cette Lubitsch Touch.

D’un côté, il y a Sérénade à Trois, film dans lequel deux artistes un peu bohèmes tombent amoureux d’une jeune femme, artiste elle aussi. Et Lubitsch, avec son génie habituel, va dépasser ce qui aurait pu être un classique triangle amoureux pour mettre en place un vrai « couple à trois », la jeune femme refusant de choisir entre les deux hommes. C’est une destruction en règle de l’image traditionnelle du couple qui s’opère ici, aucun des trois personnages ne pouvant vivre sans les deux autres.

Ensuite, Elephant films nous propose de revoir un autre chef d’œuvre de la comédie à la Lubitsch, La Huitième femme de Barbe-Bleue (sur un scénario et des dialogues écrits par Billy Wilder). Sur la Côte d’Azur, le film nous raconte la rencontre inattendue d’un milliardaire américain qui voulait acheter un haut de pyjama, et d’une jeune femme qui ne cherchait que le bas de pyjama à offrir à son père, petit escroc qui va vite profiter de la situation pour pousser sa fille dans les bras du richissime homme d’affaires. Là aussi, Lubitsch s’amuse à ravager le modèle du couple traditionnel, en particulier lors de ces scènes hilarantes où les deux protagonistes sont mariés et vivent dans le même logement, mais de façon complètement indépendante, chacun menant sa propre vie de son côté.

Ces deux véritables bijoux de la comédie américaine bénéficient du talent de comédiens hors norme, en particulier un Gary Cooper éblouissant. Les dialogues sont délectables, les réparties fusent à toute vitesse avec un sens remarquable du sous-entendu et de la connotation.

Aux côtés de ces deux chefs d’œuvre, Elephant films nous propose aussi deux films plus rares. L’un, Une heure près de toi, est une comédie musicales avec Maurice Chevalier et Jeanette McDonald, remake d’un de ses propres films de l’époque muette, Comediennes. Il s’agit, là aussi, d’une comédie qui s’amuse à remettre en cause les liens sacrés du mariage. En effet, il y est question d’une femme qui va tenter de séduire le mari de sa meilleure amie.

Si j’avais un million est un film présentant des sketches de différents cinéastes autour du thème de la fortune qui tombe du ciel de façon inattendue. En effet, le prologue nous présente un homme riche se croyant mourant qui, plutôt que de léguer son héritage à ses enfants, va envoyer un million de dollars à des inconnus dont le nom est tiré au sort dans l’annuaire. Le sketch signé Lubitsch est un régal en soi et justifie de voir ce film : très bref (deux minutes en tout), il nous présente un Charles Laughton dans le rôle d’un petit employé de bureau qui va faire ce que beaucoup de petits employés rêveraient d’accomplir. Une fois de plus, l’humour décapant de Lubitsch passe entièrement dans ce sketch muet qui doit beaucoup aussi au génie de son interprète. Cela permet de se rendre compte à quel point les films de Lubitsch sont avant tout des films de personnages : tout découle de la psychologie des protagonistes.

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L’Homme que j’ai tué

Peut-être que le plus beau cadeau que nous fait Elephant Films est le cinquième film, une rareté peu connue mais exceptionnelle. L’Homme que j’ai tué (adapté de la même pièce de théâtre qui a donné récemment le film Frantz, de François Ozon) est un mélodrame antimilitariste sorti en 1932 mais se déroulant en 1919, et racontant les conséquences dramatiques de la Première Guerre Mondiale. Un an avant l’arrivée de Hitler au pouvoir, le cinéaste (qui sera déchu de sa nationalité allemande en 35) exerce son regard acéré sur une société que tout prépare à une autre guerre. Entre les Français glorieux de leur victoire se pavanant avec des armes et les Allemands vivant dans la douleur, l’humiliation et la haine, le cinéaste dresse le bilan d’une fausse paix où tout semble indiquer la venue prochaine du conflit suivant. Film bref, sobre, particulièrement émouvant et doublé d’une critique sociale d’une grande férocité, L’Homme que j’ai tué montre une facette méconnue du génie de Lubitsch.

Par leurs différences, ces cinq films offrent un aperçu très juste des qualités exceptionnelle du cinéma de Lubitsch. Du sens du rythme à la direction d’acteurs, tout y est réussi au plus haut point. Des films indispensables aux cinéphiles.

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L’homme que j’ai tué – 1932
Avec Lionel Barrymore, Philip Holmes et Nancy Carroll
Durée du film : 74 minutes
Suppléments :
Le film par Frédéric Mercier
Galerie photos

 

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Une heure près de toi – 1932
Avec Maurice Chevalier et Jeanette McDonald
Durée du film : 78 minutes
Suppléments :
Le film par Frédéric Mercier
Galerie photos

 

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Si j’avais un million – 1932
Avec Charles Laughton
Durée du film : 84 minutes
Suppléments :
Le film par Frédéric Mercier
Galerie photos

 

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Sérénade à trois – 1933
Avec Gary Cooper, Fredric March et Miriam Hopkins
Durée du film : 92 minutes
Suppléments :
Le film par Frédéric Mercier
Galerie photos

 

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La huitième femme de Barbe-Bleue – 1938
Avec Gary Cooper, Claudette Colbert et Edward Everett Horton
Durée du film : 86 minutes
Suppléments :
Le film par Frédéric Mercier
Galerie photos

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Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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