We Are X, un documentaire de Stephen Kijak : Critique

Le rockumentaire genèse du plus célèbre groupe de hard-rock japonais. We Are X, documentaire assommant ou nouveau coup de maître de la part des producteurs de Sugar man : réponse.

Synopsis : Le groupe X Japan a déclenché une révolution musicale, avec leur métal mélodique, au Japon à la fin des années 80. 20 ans après leur tragique séparation, le leader de X Japan, Yoshiki, se bat contre des démons physiques et spirituels comme des préjugés de l’Occident afin de partager leur musique au monde entier.

 Si les X Japan sont des superstars au Japon, la barrière de la langue et le fait que l’anglais soit aujourd’hui encore considéré comme la langue internationale, mais aussi la langue du rock, font que le groupe n’a pas encore, loin s’en faut, la réputation qu’il mérite.

Formé par Yoshiki (le batteur / pianiste et surtout compositeur des chansons), le groupe séduit aussi chez les professionnels. Gene Simmons, bassiste de KISS, groupe ayant donné envie à Yoshiki de se tourner vers le rock (après avoir commencé par le piano classique), Marilyn Manson et David Lynch qui leur réalise un clip, chantent leurs louanges et déclarent que si le groupe avait été d’origine anglophone, il serait certainement devenu le plus grand groupe de rock du monde. Le documentaire se concentre non pas sur l’ascension phénomène du quintet, mais sur les drames ayant touché ses membres.

De la décision de Toshi le chanteur, tombé sous l’emprise d’une secte à cause de sa femme, de quitter le groupe s’ensuit les suicides successifs de Hide le guitariste juste après la séparation du groupe en 1997 et de Taiji le bassiste (qui se pendra en prison après une altercation dans un avion) en 2011.

C’est dans cette succession de drames, avec les interviews émues de Yoshiki et des membres survivants de X japan que le film se rapproche du célèbre Some kind of monster qui racontait les tumultes internes de Metallica.

Les images d’archives s’entremêlent aux extraits de concert, session studio et morceaux d’interview. Le personnage qui ressort est celui de Yoshiki, créateur et musicien de talent à la personnalité fragile.

Après la projection privée, Yoshiki récemment opéré du cou et souffrant, nous apprend que la suite de Art of life, l’album célèbre composé d’une seule et unique chanson de trente minutes, est déjà enregistrée et qu’elle constituera vraisemblablement la pièce maîtresse de l’album à venir. L’homme sympathique et timide, mais accessible, prolonge le sentiment que l’on ressent à la vision du film. Celle d’un homme passionné par son art qui tente de lutter contre ses démons et les souffrances passées en s’absorbant corps et âme dans sa création.

Si au final, We are X donne envie de découvrir l’œuvre d’un groupe à fleur de peau, il reste un peu trop académique pour surpasser les illustres Some kind of Monster et Sugar man qui faisaient bien plus que de narrer les déboires d’artistes en proie à leurs démons ou à une industrie broyeuse de talent. Reste un film intéressant sur un artiste fort et un groupe à (re)découvrir.<

We Are X : Bande-annonce

We Are X : Fiche Technique

Première sortie : janvier 2016 (États-Unis)
Réalisateur : Stephen Kijak
Avec Gene Simmons, Wes Borland, SUGIZO
Société de production : Passion Pictures
Directeurs musicaux : X Japan, Yoshiki
Nominations : Critics’ Choice Documentary Award Best Music Documentary
Durée : 93 mn
Genre : Comédie musicale
Sortie : 6 Décembre 2017
Nationalité : américano-japonais

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Olivier Pastorino
Olivier Pastorinohttps://www.lemagducine.fr/
Auteur du recueil de nouvelles "Nouvelles des Morts" aux éditions Edilivre et du livre de science fiction "Avant la Fin". Féru de Cinéma, de littérature et de Rock.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.