Primetime – Tel est pris qui croyait prendre

Voilà le premier film de fiction du documentariste Lance Oppenheim. Et ses choix de mise en scène ô combien particuliers pour traiter cette histoire viennent indubitablement de son passif. Des décisions formelles tranchées dont on ne sait toujours pas après la projection si elles servent le film ou au contraire le détournent du fond. D’ailleurs et pareillement, on ne sait pas davantage quoi penser de ce long-métrage aussi singulier sur sa forme qu’inattendu sur le fond. Il revient sur une émission de télévision américaine controversée du milieu des années 2000 où on attrapait des pédophiles en direct. Le film manque peut-être de contexte pour le public français, et cela crée une distanciation. Néanmoins, deux choses sont certaines. Primo, Primetime est roublard, à deux doigts de tomber dans ce qu’il dénonce en plus de ne pas avoir de positionnement clair. Secundo, Robert Pattinson livre encore une prestation complètement dingue qui mérite à elle seule le coup d’œil.

Synopsis: En 2006, Chris Hansen, le présentateur de l’émission To Catch a Predator, entreprend de marquer l’histoire de la télévision.

De 2004 à 2007, une drôle d’émission a vu le jour sur les canaux de la célèbre NBC américaine : To Catch a Predator. Le genre de programme qu’il serait impossible de voir chez nous, même lors des pires heures de la télé-poubelle française, et que l’Arcom aurait interdit fissa. On y voyait une équipe de télévision piéger en direct des pédophiles pour les faire arrêter par la police. Primetime revient sur les méthodes peu catholiques de la production et sur son animateur tout aussi polémique, Chris Hansen. Les coulisses de l’émission sont bien dépeintes tout comme la manière dont l’équipe va chercher des prédateurs grâce à des appâts pour créer le sensationnel. Et on peut dire que sur bien des aspects, cette émission était clairement malhonnête, hypocrite et malsaine. Le film manque cependant de contexte pour le public francophone, ce type de show étant clairement inédit chez nous.

Au début, on entre donc dans le vif du sujet : le modus operandi de l’émission. S’installe alors un côté suspense plutôt habilement entretenu à partir des coulisses de cette émission. « Primetime » évite la répétition dans laquelle il aurait pu tomber avec le catalogue de cas jusqu’à son final dont on taira la teneur. Il demeure qu’il est clairement difficile de cerner les véritables intentions du réalisateur. On se doute – et on espère – qu’il a voulu à la fois dénoncer les pratiques particulières de l’émission, la pédophilie, les élites corrompues et un certain téléspectacle voyeuriste. Cependant, aussi bien dans sa manière de faire que dans l’absence de point de vue clair, on a surtout l’impression qu’il tombe parfois dans les travers de ce qu’il voulait dénoncer. À la fin du long-métrage, on est perplexe, incapable de dire si on a véritablement aimé ou si ce film est roublard, un peu comme le 8 MM de Joel Schumacher sur les snuff-movies avec lequel il partage une ambiance glauque et sinistre tout autant qu’un aspect visuel sale et granuleux.

Il y a donc ces choix de mise en scène vraiment discutables qui nous font également hésiter entre génie et maniérisme ostentatoire. Ce grain de l’image, comme dans des vieux films d’horreur d’époque, ajoute à l’étrangeté de l’atmosphère. Sinistre et volontairement sale, l’image et la manière de filmer collent cependant et finalement à ce qui est filmé et montré. La multiplication des écrans (caméra, régie…) et ce côté filmé sur le vif font ressortir le passif de documentariste de Lance Oppenheim. On ne pourra le nier, pour son premier essai, il délivre un long-métrage à l’identité visuelle racée mais parfois vraiment trop particulière et pas forcément aimable. Une panoplie formelle vraiment significative qui détourne trop souvent de nombreux questionnements éthiques potentiels. Le rendu est troublant mais pas toujours convaincant.

Et la dernière partie nous apparaît improbable à cause de tenants et aboutissants maladroits ou mal dégrossis pour le spectateur. Comment le prédateur ne se rend-il pas compte de la vaste opération policière en cours ? Pourquoi l’équipe change-t-elle sa manière de procéder sans qu’on le comprenne ? Et puis, tout cela se termine de manière abrupte pour tous les personnages, laissant les deux sous-intrigues pas forcément utiles (l’adultère d’Hansen, l’envie d’aller chez la concurrence de la productrice…) en suspens. On s’attendait également à plus de tension et de suspense sur cette dernière ligne droite finalement timide.

Alors, si Primetime n’est pas à la hauteur des attentes à cause d’un discours opaque et d’un formalisme singulier pas toujours heureux, il détient une carte maîtresse imparable : une nouvelle composition dingue et monstrueuse de Robert Pattinson qui semble les collectionner comme des perles. Après son double rôle dingo dans Mickey 17 et l’excellence de son jeu dans le drame romantique The Drama, le voilà propulsé dans celui de ce monstre opportuniste et hypocrite qui s’intéresse davantage à sa carrière et à l’audimat qu’aux victimes et à son équipe. Sourire carnassier, mimiques presque démoniaques et jeu d’une intensité folle, il est une nouvelle fois excellent dans cette composition sournoise et jubilatoire. Le film lui doit beaucoup. Notons aussi la prestation affirmée du jeune Skyler Gisondo. Alors même si on est moyennement sûr de notre avis sur un film qui aurait pu être un pamphlet puissant contre une certaine télévision et les prédateurs, et si des choix singuliers le disqualifient du grand film, c’est loin d’être inintéressant et dénué de qualités.

Bande-annonce – Primetime:

Fiche technique – Primetime:

Réalisation : Lance Oppenheim
Scénario : Ajon Singh
Interprètes : Robert Pattinson, Merritt Wever, Skyler Gisondo, Matthew Maher, Anna Faris, Phoebe Bridgers, Bokeem Woodbine, Tony Revolori, …
Photographie : David Bolen
Montage : Daniel Garber
Décors : Chris Seagers
Costumes : Alex Bovaird
Musique : Ari Balouzian
Sociétés de production : A24
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Metropolitan Filmexport
Durée : 1h49
Genre : Thriller
Date de sortie : 23 septembre 2026

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3

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