« Les Gendarmes : L’album du film » : en coulisses

À mi-chemin entre le making-of et l’album hommage, Les Gendarmes : L’album du film vient accompagner l’adaptation cinématographique de la célèbre série publiée aux éditions Bamboo. Au fil des pages, il raconte la production d’un long métrage, les dilemmes d’une adaptation, tout en revenant sur les nombreux métiers du cinéma. 

Adapter une série humoristique bâtie sur des gags d’une page constitue un exercice particulièrement périlleux. Les auteurs ne cherchent pas à éluder cette difficulté. Ils narrent les choix cardinaux, la mécanique comique qui n’est pas toujours transposable d’un médium à l’autre et tout ce qui préside, plus généralement, à la réalisation d’un long métrage adapté.

Stephan Archinard et François Prévôt-Leygonie expliquent ainsi comment ils se sont retrouvés face à une somme vertigineuse de pages de bande dessinée, dont il fallait extraire une centaine de situations susceptibles d’alimenter un véritable scénario. Derrière cette entreprise, il s’agissait avant tout de retrouver l’âme des personnages imaginés par Olivier Sulpice, Henri Jenfèvre puis Christophe Cazenove.

L’album procède essentiellement de cette manière : il entreprend de raconter la fabrication du film en la confrontant à son matériau d’origine. On alterne ainsi entre des planches issues de la bande dessinée, accompagnées des commentaires des réalisateurs et des dossiers consacrés aux différents métiers du cinéma : producteurs, scénaristes, décorateurs, ingénieur du son, maquillage, cascades, montage, sans oublier les portraits du casting et les souvenirs de tournage. 

Le plus intéressant tient peut-être dans les confidences des réalisateurs, qui reviennent sans détour sur leurs arbitrages. Chaque planche reproduite est le point de départ d’une réflexion sur l’adaptation. Certaines scènes ont été conservées quasiment telles quelles parce qu’elles définissaient un personnage. C’est notamment le cas du contrôle routier où JP, supposé vérifier les papiers d’un automobiliste, finit par commenter avec attendrissement les photographies de son bébé avant d’oublier totalement l’objet du contrôle. Les réalisateurs expliquent avoir repris ce gag dans son intégralité tant il résume la personnalité de ce gendarme partagé entre sa fonction et sa tendresse de jeune père. 

À l’inverse, d’autres séquences ont été profondément remaniées. Une arrestation particulièrement musclée d’un adolescent, amusante sur papier, risquait de rendre les gendarmes antipathiques à l’écran ; elle sera donc adoucie. Même logique pour le camion rempli de rouleaux de papier toilette, né du jeu de mots « Montrez-moi vos papiers ! ». Les cinéastes racontent avoir longtemps hésité avant de supprimer cette scène, jugée peu compatible avec le rythme du film.

Les scènes purement burlesques ou les intrigues plus administratives de la première version du scénario ont progressivement disparu au profit d’un récit davantage centré sur les relations humaines, la transmission et la famille. On apprend qu’un grand nombre de situations liées aux inspections, aux contraintes budgétaires ou aux enjeux politiques ont été abandonnées pour recentrer le film sur des trajectoires plus émotionnelles. 

Quid alors du regard porté sur les artisans du cinéma ? Chaque métier fait l’objet d’une présentation pédagogique. Dans la partie consacrée au chef décorateur Pierre Ferrari, on nous explique comment une ancienne école a été entièrement métamorphosée en brigade de gendarmerie crédible, photographies avant/après et plans à l’appui. 

Le repéreur raconte ses semaines passées à parcourir les environs de Mâcon pour trouver les lieux correspondant aux scènes imaginées par le scénario. L’ingénieur du son détaille le travail de captation et de post-synchronisation, tandis que le chapitre consacré au HMC rappelle combien maquilleurs, costumiers et coiffeurs participent aussi à l’équilibre d’un tournage. Pour le montage, Stephan Archinard rappelle qu’un film « s’écrit trois fois », au scénario, sur le plateau puis dans la salle de montage, où des gags pourtant tournés disparaîtront définitivement.

Les nombreuses planches reproduites constituent autant d’études de cas permettant de comprendre pourquoi certaines idées survivent au passage vers le grand écran quand d’autres disparaissent. Les commentaires des réalisateurs montrent qu’ils ont parfois dû renoncer à des gags qu’ils affectionnaient simplement parce qu’ils nuisaient au rythme ou à l’équilibre du récit. C’est toute la logique de la construction narrative filmique qui est énoncée, de manière sommaire certes, mais pas inintéressante pour autant. 

Au final, Les Gendarmes : L’album du film documente, comme nous l’avons vu, les mécanismes de l’adaptation d’une bande dessinée humoristique vers le cinéma. À travers les souvenirs de tournage, les portraits des techniciens, les commentaires des auteurs et les comparaisons entre les planches originales et leur devenir à l’écran, cet album met en lumière un travail invisible qui consiste à transformer une succession de gags indépendants en un récit cohérent, sans jamais trahir les personnages qui ont fait le succès de la série. 

Les Gendarmes : L’Album du film, Olivier Sulpice et Christophe Cazenove 
Bamboo, 8 juillet 2026, 80 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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