Juste une illusion : Ce qu’on croyait déjà vivre

4.5

Entre rires, nostalgie et émotions à fleur de peau, Éric Toledano et Olivier Nakache reviennent en force avec Juste une illusion, une comédie dramatique qui pulse au rythme des années 80. Suivant les pérégrinations amoureuses d’un jeune ado et les chaos savoureux de sa famille, le film déploie une énergie irrésistible et un sens du récit jubilatoire.

Depuis plus de vingt ans, on attend avec impatience le dernier film du duo Toledano-Nakache, porté par les succès retentissants d’Intouchables (2011) et du Sens de la fête (2017). Ils marquent leur empreinte dans le cinéma français par leur capacité à filmer des comédies sociales sans manichéisme ni militantisme, associant habilement humour et thématiques humaines profondément émouvantes, bref un cinéma qui parle à tout le monde, inventif et perspicace !

Après le récent et très bon Une année difficile (2023), le duo nous propose avec ce nouveau film une excellente comédie dramatique, drôle et pleine de tendresse, qui célèbre les vertus du noyau familial au beau milieu des années 80. Et même si l’on n’a pas connu cette période, on se reconnaît volontiers dans la famille Dayan, d’origine juive et arabe, avec les problèmes de couple des parents et leurs difficultés à gérer leurs deux adolescents qui s’ouvrent à la vie.

Au centre de l’œuvre, le film raconte avec délicatesse et émotion les questionnements existentiels du cadet de 13 ans, Vincent, plus un enfant mais pas encore un adulte, principalement animé par les premiers désirs et ses élans amoureux.

Le choix des années 80 n’est pas anodin, c’est précisément la période où Éric Toledano et Olivier Nakache avaient l’âge de Vincent. Le duo dépeint ainsi avec soin une période particulière, bien avant les smartphones et les réseaux sociaux (le film s’amuse à des clins d’œil nombreux sur l’utilisation des téléphones filaires à touches ou à cadran et les astuces pour communiquer secrètement entre ados : quand on l’a connu, c’est très vrai), avec des relations humaines sans doute plus vraies mais aussi des incertitudes à fort impact social résonnant encore aujourd’hui : la peur du chômage, de la drogue, de l’avenir, l’impact des religions et du racisme sur nos vies. Mais sont aussi très bien abordées les questions universelles et transgénérationnelles que sont l’amitié et l’amour. Associé à des images aux couleurs saturées, c’est le côté vintage des musiques rock et funk qui se disputent la vedette, mais aussi les voitures entièrement d’époque, notamment les emblématiques Renault R20 et R25.

Par un fil narratif dynamique et riche de multiples rapports humains passionnants et justes, Vincent déploie une énergie de tous les instants pour que sa camarade de classe Anne-Karine, d’une famille traditionnelle très rigide, s’intéresse à lui. Aidé par son grand frère Arnaud, rusé et impertinent, les rebondissements en la matière sont étonnants, cocasses et pleins d’émotions, sans compter les bêtises qu’on enchaîne inévitablement à cet âge !

Évidemment autour d’eux, les parents jouent un rôle majeur pour tenter de les contrôler, et ils sont surtout angoissés de les voir grandir : les réalisateurs mettent l’accent sur ceux de Vincent qui se chamaillent pour un rien, avec le père, cadre au chômage, qui ne veut pas que ça se sache, et la mère secrétaire, qui prétend monter socialement en tentant un diplôme d’informatique. Avec au beau milieu d’eux le gardien de l’immeuble, Étienne, truculent et drôle, qui taquine Yves Dayan en draguant sa femme Sandrine.

Le film nous gratifie aussi d’un fil rouge désopilant, retraçant les tribulations d’une cassette VHS d’époque, au titre évocateur de La Ruée vers Laure, symbole de l’amitié entre ados soumis aux premiers émois, et dont le visionnage les obsède… Cette cassette est supposée atterrir chez le rabbin chargé de préparer la prochaine bar-mitsva de Vincent : ce dernier en profite pour simuler fort à propos des questions existentielles afin de lui rendre une visite pour retrouver la cassette, laissant ses parents très perplexes…

Mais la signature de Toledano-Nakache, c’est aussi une direction d’acteurs impeccable aux performances remarquables. Juste une illusion n’échappe pas à cette règle d’or, avec son scénario trépidant et sa mise en scène brillante.

Ainsi le couple d’acteurs reconnu Camille Cottin et Louis Garrel fait merveille dans le rôle des parents Dayan, hauts en couleur et attendrissants, ce dernier dans un rôle de composition inhabituel, d’une grande finesse et plein d’humour. Dans son registre plus attendu, Pierre Lottin, pour le rôle du gardien cocasse, est impeccable.

Pour ce qui est des adolescents, on retrouve dans le rôle d’Arnaud, l’aîné Dayan, Alexis Rosenstiehl, dans un personnage fort et tendre, qui confirme tout le bien qu’on pense de sa jeune carrière, étant en parallèle dans Ceux qui comptent aux côtés de Pierre Lottin d’ailleurs. Dans le rôle des adolescents de 13 ans Vincent et Anne-Karine, on découvre deux jeunes pépites, Simon Torreton et Jeanne Lamartine, sélectionnés exprès pour le film.

Selon Éric Toledano, « Juste une illusion » signifie la vie qu’on s’imagine avoir déjà vécue au moment de l’adolescence et des premières conquêtes, alors que bien sûr qui peut prétendre avoir fait le tour de la sienne à tout âge ?

Ce film est d’une grande beauté par la richesse de ses interactions humaines, et la profondeur des sentiments qu’il nous fait ressentir, comme si c’étaient les nôtres, adultes ou adolescents. À voir le plus vite possible lors de sa sortie prochaine.

Bande-annonce – Juste une illusion

Fiche technique – Juste une illusion

Réalisation : Olivier Nakach, Éric Toledano
Scénario : Olivier Nakache, Éric Toledano
Collaboration au scénario : Nathalie Hertzberg
Production : Olivier Nakache, Éric Toledano, Nicolas Duval Adassovsky
Producteur délégué : Hervé Ruet
Sociétés de production : Quad et Ten Cinéma
Coproduction : Gaumont, TF1 Films Production, QUAD+TEN
Société de distribution France : Gaumont

Équipe technique

Directeur de la photographie : Augustin Barbaroux
1er assistant réalisateur : Quentin Janssen
Directeur artistique : Jean Rabasse
Directrices de casting : Elsa Pharaon, Marie‑France Michel
Chef monteur : Dorian Rigal‑Ansous
Superviseur post‑production : Ana Antunes
Directeur de production : Bruno Morin
Scripte : Christelle Meaux
Ingénieurs du son : Pascal Armant, Loïc Prian, Jean‑Paul Hurier
Compositeur : GoGo Penguin

Casting

Louis Garrel — Yves Dayan
Camille Cottin — Sandrine Dayan
Pierre Lottin — Étienne Berger
Simon Torreton — Vincent Dayan
Alexis Rosenstiehl — Arnaud Dayan
Jeanne Lamartine — Anne‑Karine Duchesnais
Rony Kramer — Monsieur Abourmad
Adèle Jayle — Madame Duchesnais
Giorgia Sinicorni — Madame Bernini / Laure
Augusto Fornari — Monsieur Bernini

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Bruno Arbaud
Bruno Arbaudhttps://www.lemagducine.fr/
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