« L’Équipée du siècle » : le futur lancé à pleine vitesse

Avec L’Équipée du siècle, Dominique Latil et Romain Sordet signent aux éditions Drakoo une aventure rétrofuturiste vive et solidement charpentée, où la course automobile se tapisse d’inventions, d’intérêts industriels et d’imaginaires du progrès.

À première vue, L’Équipée du siècle a tout du grand récit d’aventure populaire : une invention révolutionnaire, une héroïne sous-estimée, un pilote rétif, des industriels rapaces, une course à travers les États-Unis et, au bout, la promesse d’un monde nouveau. 

Le point de départ est donné lors du concours Lépine. Maddie Clarke, fille du professeur Clarke, dévoile un dispositif portable capable de produire de l’électricité pendant plusieurs jours. La trouvaille laisse l’assistance médusée, avant qu’un vieil homme, persuadé d’avoir affaire à une entourloupe, ne mette brutalement fin à l’expérience en détruisant l’invention. L’évidence du génie croise la violence du soupçon, et cette idée brillante ne survit pas à la bêtise. Du moins, pour le moment.

Car la suite donne à cet échec inaugural une belle nécessité dramatique. Maddie a besoin d’argent, beaucoup d’argent : elle a englouti l’héritage de sa mère dans ses recherches, et le métal nécessaire à sa technologie coûte une fortune. Dès lors, la course automobile américaine dont elle apprend l’existence à travers les journaux apparaît d’autant plus séduisante. Car à la clef, il y a un pactole qui pourrait donner vie à ses trouvailles scientifiques.

L’Équipée du siècle fait de la compétition un champ de bataille économique. Les adversaires en course défendent avant tout des filières, des intérêts, des empires en gestation. Une lutte a cours pour imposer une technologie, contrôler ses usages, verrouiller ses ressources. Rockefeller et les autres veulent mettre la main sur ce qui fabriquera le siècle à venir. L’album touche alors à quelque chose de très actuel dans sa manière de montrer comment les discours servent souvent à habiller des stratégies de domination.

Au milieu de la mêlée, la relation entre Maddie et son pilote fonctionne bien. Leur duo repose moins sur une complicité immédiate que sur une estime qui se construit dans l’épreuve, au fil des heurts, des sabotages et des coups bas. La course est rude, déloyale, traversée par les préjugés et les rapports de force nationaux, notamment entre Britanniques et Américains. Mais cette rugosité donne justement du relief à la victoire finale, arrachée de haute lutte, sans effacer pour autant la menace des puissances d’argent. En effet, même au bout de la route, on tente encore de reprendre l’avantage en s’assurant le contrôle des mines d’europium, élément indispensable à Maddie pour sa technologie. 

La mise en scène de Romain Sordet privilégie la lisibilité et l’énergie. On a droit à une vraie clarté narrative, ce qui n’est pas rien pour une bande dessinée de course. Au demeurant, sans chercher à réinventer de fond en comble le récit d’aventure, L’Équipée du siècle réussit à raconter un futur disputé, déjà menacé d’être confisqué par les plus puissants…

L’Équipée du siècle, Dominique Latil et Romain Sordet
Drakoo, 1er avril 2026, 64 pages 

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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