Superman : au service de l’humanité

Entre overdose de super-héros et renouvellement d’une franchise qui n’a jamais connu le succès des Avengers, le retour de l’Homme d’Acier au cinéma est pourtant porteur d’espoir. Les figures héroïques en sont la source, afin d’insuffler au public une dose d’optimisme. Le Superman de James Gunn en est imprégné, si bien qu’on se laisse volontiers happer par la lumière du personnage, profondément humain. Le cinéaste réussit à en faire une figure touchante, dans une odyssée qui le confronte à sa vulnérabilité et à l’échec. Et c’est en cela que ce nouveau portrait, guidé par la compassion, bouleverse et mérite qu’on lui accorde notre temps et notre soutien.

Alors que Marvel Studios continue (péniblement) à croire en son multivers super-héroïque, James Gunn et le producteur Peter Safran se démènent pour ressusciter la franchise de leur concurrent direct. Un défi presque insurmontable, alors que les cendres du DC Extended Universe (DCEU), initié par Zack Snyder, viennent tout juste de se refroidir. Pourtant, le choix de confier à Gunn cette relance face aux Avengers n’est pas anodin. Malgré les contraintes inhérentes aux films de studios, souvent synonymes de concessions et de résultats bancals, Gunn demeure l’un des rares cinéastes à avoir imposé et affiné une signature artistique forte. Avec Les Gardiens de la Galaxie vol. 3, il boucle une trilogie aussi déjantée qu’émouvante, mélange savant d’humour décalé et d’émotion brute. Entre-temps, son passage chez DC avec The Suicide Squad lui a valu un succès public et critique instantané, réussissant à faire oublier l’œuvre inégale et chimérique de David Ayer. Cette double réussite offre un socle solide et une crédibilité rare pour relancer une franchise aussi emblématique que délicate.

Tous les voyants sont au vert pour que Gunn insuffle à cette nouvelle franchise – baptisée Gods and Monsters – l’élan nécessaire pour démarrer sur de bons rails. Mais subsiste toujours l’angoisse du premier pas, celui qui peut coûter les 225 millions de dollars investis dans le film et la crédibilité d’un studio déjà fragilisé. L’échec cuisant de Green Lantern, porté par Ryan Reynolds, témoigne de la difficulté à faire renaître ces icônes. La question demeure donc : Gunn a-t-il vraiment trouvé la recette du succès face à de tels enjeux, au-delà du simple effet nostalgique ou de l’attrait marketing ?

Héros de demain

Outre la partition iconique de John Williams – subtilement réarrangée par John Murphy – qui accompagne une entrée en scène spectaculaire, la silhouette du héros se distingue immédiatement : cape rouge, slip rouge, et le S emblématique. Ce n’est donc ni un avion, ni un oiseau. Ce Superman-ci n’est pourtant pas le sauveur invincible que l’on connaît. Comme le précise le carton d’ouverture, il s’agit d’un héros en chute libre, confronté à ses premiers échecs, qu’ils soient physiques, sentimentaux ou en termes de popularité. Sa vulnérabilité ne provient ni de kryptonite ni d’un soleil rouge, mais d’une dimension plus humaine et existentielle. Gunn conserve ainsi l’esprit et la trame du comic All-Star Superman, œuvre qui condense l’essence même du justicier kryptonien : un protecteur de l’humanité souffrant d’une maladie incurable. Face à sa propre finitude, Superman entame une série de Travaux, à l’instar d’Hercule, incarnant une quête universelle de sens et de dépassement.

Comme le proclamait si justement Jor-El (Marlon Brando) dans le film original de Richard Donner : « Vis comme un mortel, pour découvrir ta force et tes pouvoirs. Mais garde toujours au cœur la fierté de ton héritage. Ils ont la vocation de la grandeur. Il ne leur manque que la lumière pour leur montrer la voie. Pour cette raison entre toutes, leur aptitude au bien, je leur ai envoyé mon fils unique. » Ce principe fondateur résonne tout au long du film et donne une portée mythologique à cette relecture.

Superman devient ainsi un symbole de dévouement, dont les plus hautes vertus résident dans la compassion et l’acceptation de ses propres limites. Il combat sans détour, ouvertement, dans une quête où amour et solidarité sont les piliers d’un avenir incertain. Cette vision peut sembler mélancolique, voire moins virile que les représentations habituelles de ces dix dernières années, mais elle apporte une profondeur bienvenue. Le spectacle reste pourtant captivant, notamment grâce à un climax impressionnant où Gunn manie habilement une simili « zone fantôme » pour recréer la catastrophe de la faille de San Andreas du film de 1978, tout en gardant une certaine retenue, conscient des enjeux narratifs et financiers.

Le procès de la bienveillance

Succéder à Christopher Reeve, icône du Superman classique, est un défi colossal. Brandon Routh avait échoué à raviver la flamme avec Superman Returns, tandis que Henry Cavill n’a jamais vraiment pu briller dans un DCEU incohérent et sans souffle. David Corenswet hérite d’un rôle complexe, mais il parvient à incarner un Superman dont le costume reflète la force tranquille et les convictions intérieures du personnage. Dans une scène d’interview improvisée avec Lois Lane (Rachel Brosnahan), se dévoile la dualité unique de Clark Kent/Superman, fusion d’une seule personnalité portée par un optimisme inébranlable.

James Gunn ancre son Superman dans la réalité contemporaine, un monde saturé de conflits sanglants, de fake news, et de haine virale sur les réseaux sociaux. Dans ce contexte cynique, la force d’intégrité de Superman devient un véritable acte de résistance. Ce Superman se mue en procès subtil de la bienveillance, une valeur presque utopique dans notre société actuelle. Si ce message peut sembler naïf, il est néanmoins porté avec sincérité et trouve son équilibre lorsque l’humour absurde et décalé – marque de fabrique de Gunn – évite de tomber dans l’excès. Hélas, cet équilibre est parfois fragilisé par une écriture inégale des personnages secondaires, véritables porte-étendards d’un burlesque fonctionnant seulement par intermittence.

On retiendra notamment la coupe au bol et l’allure ringarde du Green Lantern incarné par Nathan Fillion, une sorte de Gardien de la Galaxie fauché, qui aurait pu être un ressort comique, voire dramatique, brillant. Malheureusement, ce personnage – comme tant d’autres – souffre  d’un traitement trop superficiel, bridé par une narration ambitieuse qui peine à contenir cette profusion d’idées et d’intrigues. Même les apparitions de Krypto, qui prêtent souvent à sourire, se limitent à un simple running gag, sans véritable impact sur l’évolution intérieure du héros, lui-même en lutte contre le rejet de l’opinion publique.

Vers la justice et au-delà ?

La trame principale, consistant à arrêter une guerre impliquant les États-Unis (aux sources d’inspiration manifestes), conduit Superman à travers des décors variés, de la Forteresse de Solitude à un terrain de jeu interdimensionnel. Ses actions ont des répercussions lourdes, provoquant la riposte de ses propres partisans. Il cherche à la fois à restaurer sa dignité et à accomplir une quête identitaire profonde. Mais le plan machiavélique de Lex Luthor, incarné par un Nicholas Hoult brillant dans un rôle cartoonesque, complique la donne. Luthor, figure d’une intelligence froide incarnée par une armée de geeks et de cyborgs désincarnés, ressent une frustration palpable d’être éclipsé par l’extraterrestre – comme il aime le rappeler. Cette ambivalence humaine, entre rivalité et empathie, rend le duel passionnant et complexe.

Cette opposition souligne une détresse commune que les deux antagonistes ne parviennent jamais à réprimer totalement. Leur différence fondamentale réside dans leur entourage respectif. Superman y trouve un avantage, soutenu par le « Justice Gang » – Green Lantern, Hawkgirl, Mister Terrific –, l’équipe de reporters du Daily Planet, et ses parents adoptifs. Par cette dynamique, James Gunn parvient à traduire cette lueur d’espoir emblématique des comics, portée par des héros imparfaits mais profondément humains. On y trouve son compte et on en redemande.

Malgré quelques défauts persistants, cette nouvelle incarnation de Superman réchauffe le cœur et offre à DC une occasion précieuse de rebondir. On espère qu’il ne s’agit pas d’un simple sursis pour une franchise maudite, marquée par de nombreuses déconvenues. Ce film pourrait bien être la dernière envolée d’un héros qui a encore le pouvoir de rassembler les fans historiques et ceux qui n’ont pas complètement coupé les ponts avec les super-héros. Les dés sont jetés.

Superman – bande-annonce

Superman – fiche technique

Réalisation: James Gunn
Scénario : James Gunn, d’après le personnage Superman créé par Jerry Siegel et Joe Shuster et d’après All-Star Superman de Grant Morrison et Frank Quitely
Interprètes : David Corenswet, Rachel Brosnahan, Nicholas Hoult, Edi Gathegi, Anthony Carrigan, Nathan Fillion, Isabela Merced, Skyler Gisondo, Sara Sampaio, María Gabriela de Faría, Wendell Pierce, Alan Tudyk, Pruitt Taylor Vince, Neva Howell
Photographie : Henry Braham
Décors : Beth Mickle
Costumes : Judianna Makovsky
Montage : William Hoy, Craig Alpert
Musique : John Murphy et David Fleming
Production : James Gunn et Peter Safran
Sociétés de production : DC Studios, The Safran Company et Troll Court Entertainment, présenté par Warner Bros.
Pays de production :  États-Unis
Distribution France : Warner Bros. Pictures
Durée : 2h09
Genre : Science-fiction, Action, Aventure
Date de sortie : 9 juillet 2025

Superman : au service de l’humanité
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3.5

Festival

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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