Materialists : l’amour contemporain disséqué en mode chic

Sous ses abords de comédie romantique hollywoodienne avec triangle amoureux, Materialists pourrait sembler prévisible et académique. Mais ce serait oublier que c’est Celine Song à l’écriture et la mise en scène, la cinéaste révélée par le magnifique Past Lives. On est finalement face à un film certes un peu romantique mais bien plus dramatique et doux-amer, qui décortique avec beaucoup de justesse les rapports amoureux contemporains. C’est enveloppé dans un mille-feuilles d’images à la fois chic et élégant. Et c’est surtout dialogué à la perfection, les paroles constituant le noyau dur et émotif d’un film étonnant, beau et d’une finesse rare. Pour ne rien gâcher, le trio d’acteurs qui mène la danse est impeccable, tout comme la musique. Second essai, second coup de maître !

Synopsis : Une jeune et ambitieuse matchmakeuse new-yorkaise se retrouve dans un triangle amoureux complexe, tiraillée entre le match parfait et son ex tout sauf idéal.

Si on sait peu de choses concernant Materialists avant de rentrer dans la salle, on se dit que le film se positionne comme la comédie romantique hollywoodienne de l’été. Banale, prévisible et formatée mais qui peut être tout à fait charmante si on est client. Le résumé en forme de triangle amoureux, l’affiche très conforme à ce genre codifié entre tous, le casting ultra glamour et à la mode ou encore le contexte new-yorkais ne nous contrediront d’ailleurs pas. On pourrait donc se préparer à deux heures partagées entre les rires et une bonne dose de sentimentalisme tendance mielleuse avec en bonus le micro suspense de savoir lequel, des deux protagonistes masculins, le personnage féminin va finir par choisir. Sauf que non. Materialists est un tout petit peu ça mais il est surtout beaucoup plus.

En effet, la personne qui a écrit et réalisé le long-métrage n’est autre que la géniale Celine Song qui nous avait littéralement enchantés avec son premier film, nommé aux Oscars : le magnifique et mélancolique Past Lives. Une œuvre qui touchait au sublime et qui montrait l’amour comme rarement, notamment les traces qu’il peut laisser lorsqu’il est empêché par le destin. Song passe à la vitesse supérieure ici puisqu’elle choisit de faire tourner des stars pour son second film et avec un budget bien plus important. Son art et son talent auraient pu être vidés de leur substance au sein du broyeur hollywoodien mais elle reste chez A24 qui est – avec Neon – le distributeur indépendant le plus pointu et en vue à l’heure actuelle. La cinéaste ne perd rien de ses aptitudes à parler de l’amour et des rapports amoureux dans son nouveau film et confirme ainsi tout le bien que l’on pense d’elle.

Pour qu’un tel projet fonctionne, il fallait un casting au diapason. Que l’alchimie entre les comédiens passe ou que la mayonnaise prenne. On n’aurait pas forcément misé sur une telle association mais on avait tort. Dakota Johnson irradie encore une fois le film de son charme et de sa classe. Son timbre de voix si singulier et sa beauté glamour convaincront ces messieurs. Pedro Pascal, nouveau sex symbol contemporain, est d’une justesse incroyable et nous propose son premier vrai grand rôle de love interest avec brio. Il n’en fait jamais trop et sa classe naturelle fait le reste. Enfin, Chris Evans nous prouve encore qu’il sait faire autre chose que des rôles musclés dans le MCU. Et ce serait oublier qu’il nous avait déjà fendu le cœur dans le magnifique Mary. Ici, en ex fauché, il est particulièrement touchant. Les deux acteurs masculins devraient chacun dans leur genre enchanter ces dames.

La grande force de Materialists réside clairement et en premier lieu dans son écriture. Song décrit l’amour comme une marchandise (étonnant prologue qui signifie beaucoup) et tisse son film autour de cela par le biais du personnage de Johnson, qui travaille dans une start-up faisant se rencontrer des célibataires. Un postulat idéal pour disséquer la manière dont on appréhende le mariage, les liaisons, le sexe, les rapports hommes-femmes et l’amour tout simplement. C’est d’une finesse et d’une acuité incroyable. Et au sein de ce script très bien pensé et écrit, les dialogues sont d’une puissance phénoménale et presque le moteur du film, comme le prouve la magistrale scène où Johnson explique à Pascal comment elle voit leur potentielle relation. Des répliques qui s’égrènent pendant deux heures en forme de caviar auditif. Un must !

Il y a peut-être quelques petites longueurs, on aurait aimé quelques touches d’humour plus présentes (le film est bien plus grave et triste que drôle), et il y a surtout un coup de mou dans la dernière ligne droite. Mais c’est tellement charmant, pertinent et agréable à écouter et regarder qu’on passe outre. Car, oui, il faut aussi préciser que la mise en scène est élégante, tirant parfaitement parti du décor citadin new-yorkais, mais aussi d’un final rural qui fait un clin d’œil au premier film de Song. La musique du film, nourrie de morceaux parfaitement choisis, est également réussie. Materialists est un excellent opus, chic dans son enveloppe et choc dans ce qu’il dit sur l’amour dans nos sociétés. Sous ses allures de film romantique, il est bien plus profond et puissant qu’il n’y paraît. On attendra donc la troisième proposition de la réalisatrice avec impatience.

Bande-annonce – Materialists

Fiche technique – Materialists

Réalisateur : Celine Song.
Scénaristes : Celine Song.
Production : A24.
Distribution: Sony Pictures Releasing.
Interprétation : Dakota Johnson, Pedro Pascal, Chris Evans, Marin Ireland, Lindsey Broad, …
Genres : Drame – Romantisme.
Date de sortie : 2 juillet 2025.
Durée : 1h49.
Pays : USA.

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Oklahoma Honey : le chant de la ruche

Andrew Patterson filme l'Oklahoma rural dans "Oklahoma Honey", une fable inspirante et généreuse portée par le retour de Matthew McConaughey en apiculteur charismatique, six ans après "The Gentlemen". Entre bluegrass, communauté et vengeance, Angelina LookingGlass fait des débuts marquants face à Kurt Russell.