Cannes 2025 : La Petite Dernière, la jeune fille à la casquette

Troisième long-métrage de Hafsia Herzi, La Petite Dernière adapte le roman éponyme de Fatima Daas. Il raconte la jeunesse d’une lycéenne maghrébine, musulmane pratiquante, qui explore son homosexualité. Un récit sensible, filmé à fleur de peau, qui traite de la peur constante du jugement des autres et compose une belle ode à la liberté et à l’égalité.

Hafsia Herzi a commencé sa carrière comme actrice dans La Graine et le Mulet. Ses deux premiers films, Tu mérites un amour et Bonne Mère, ont été respectivement sélectionnés à la Semaine de la Critique et à Un Certain Regard. S’il s’agit de la première adaptation de la réalisatrice, le sujet résonne particulièrement dans son œuvre. Bonne Mère traitait déjà de la maternité, un thème que l’on retrouve dans La Petite Dernière à travers le regard de la mère de l’héroïne. Tout comme le cadre des cités, un milieu que Hafsia Herzi connaît parfaitement.

S’épanouir entre tradition et modernité

Fatima, une jeune fille musulmane, vit en banlieue avec ses parents et ses deux sœurs aînées. Toujours en jogging, casquette vissée sur la tête, elle prie tous les matins, étudie pour son baccalauréat, joue au football et entretient une relation distante avec un garçon de sa confession. Discrète, elle parle peu, car elle cache un lourd secret : Fatima est attirée par les femmes. Le temps d’une année, du printemps à l’hiver, La Petite Dernière relate une tranche de vie, de la préparation du baccalauréat à la première année en faculté de philosophie.

Lorsqu’un camarade de sa classe la traite de lesbienne, Fatima explose. Non pas car elle n’a pas conscience de cette réalité, mais parce qu’elle n’est pas prête à l’assumer. Parce que Fatima doit concilier deux parts d’elle-même qui restent incompatibles : son respect pour sa famille et sa religion, composés de rituels et de lois, et son désir de vivre librement sa sexualité. Son tiraillement entre ces modes d’existence l’amène à se détester. Plus que tout, Fatima craint de perdre la considération de ses proches si son secret était révélé. Elle préfère donc se taire, voire mentir en s’inventant d’autres noms, d’autres frères, d’autres nationalités sur les sites de rencontre. Nadia Melliti, qui n’avait aucune expérience de comédienne, l’incarne à la fois avec force et sensibilité. C’est justement toute la fougue de cette jeune femme, courageuse, déterminée, mais aussi fragile dans sa découverte de l’amour qui la rend particulièrement attachante.

La Petite Dernière a le mérite de traiter l’homosexualité du point de vue féminin, une perspective plutôt novatrice si on la replace dans le contexte de la religion musulmane. D’ailleurs, comme le relève l’imam, aucun texte n’évoque explicitement cette prohibition des relations entre femmes, même si l’interdit se déduit. Celui-ci se retrouve dans la famille de Fatima, qui évoque souvent son futur époux, ou encore dans sa résidence ou sa classe de cours. La faculté, cependant, fait bien plus de place à la tolérance. Au sein du cocon familial, tantôt réconfortant, tantôt étouffant, la mère de Fatima, qui connaît vraisemblablement la vérité sur sa petite dernière, adopte une position de soutien. Fière et aimante, elle ne cherche pas du tout à s’immiscer dans l’intimité de sa fille.

Avec beaucoup de délicatesse, Hafsia Herzi se focalise sur les visages, les regards, l’écoute de son personnage qui demeure toujours en retrait des échanges, comme si Fatima composait « une éponge du monde ». La sexualité, l’amitié, l’amour, la douleur, l’affirmation de soi, la jeune femme est prête à tout apprendre à travers les autres. Dans l’esprit du livre, la réalisatrice française conserve un ton très pudique. Sous l’influence d’Abdellatif Kechiche, de Ken Loach et d’Andrea Arnold, elle privilégie les gros plans pour représenter le quotidien et « filmer des portraits, sentir les respirations, les peaux ». Après son César de la meilleure actrice pour Borgo, Hafsia Herzi repartira-t-elle avec un prix cannois ? Réponse le samedi 24 mai.

Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2025.

La Petite Dernière : fiche technique

Ecrit et réalisé par Hafsia HERZI
Directrice de casting : Audrey GINI
Interprètes : Nadia Melliti, Ji-Min Park, Louis Memmi
Directrice de production : Rym HACHIMI
Chef opérateur : Jérémie ATTARD
Chef opérateur son : Guilhem DOMERCQ
Première assistante réalisatrice : Camille SERVIGNAT
Cheffe costumière : Caroline SPIETH
Cheffe décoratrice : Diéné BERETE
Cheffe monteuse : Géraldine MANGENOT
Monteur son : Rémi DUREL
Mixeuse : Julie TRIBOUT
Co-mixeur : Jean-Paul HURIER
Sociétés de production : JUNE FILMS, KATUH STUDIO GMBH
Société de distribution : AD VITAM
Pays de production : France, Allemagne
Durée : 1h46
Date de sortie en France : 1er octobre 2025

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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