Thunderbolts* : Heart Squad ou le Marvel du cœur

Contre toute attente, le dernier film de super-héros (enfin anti-héros ici) du MCU est plutôt réussi. En faisant sa version du Suicide Squad de la défunte franchise concurrente DC Comics chez Warner, la firme aux idées (version Marvel, cette fois) appartenant à Disney nous livre un blockbuster sympathique et étonnamment émouvant, qui peut compter sur une demi-douzaine de qualités que tout ce qui a précédé n’avait plus. Un peu de sentiments et de profondeur, une excellente actrice qui peut exprimer son talent, un méchant très réussi et quelques séquences spectaculaires bien réalisées, et le tour est joué. Cerise sur le gâteau : ces seconds couteaux, peu intéressants dans d’autres films, forment ici une petite bande éminemment attachante. La phase 5 se clôt donc avec les honneurs. Et un peu d’espoir ?

Synopsis : Marvel Studios rassemble une équipe de anti-héros peu conventionnelle : Yelena Belova, Bucky Barnes, Red Guardian, Le Fantôme, Taskmaster et John Walker. Tombés dans un piège redoutable tendu par Valentina Allegra de Fontaine, ces laissés pour compte complètement désabusés doivent participer à une mission à haut risque qui les forcera à se confronter aux recoins les plus sombres de leur passé. Ce groupe dysfonctionnel se déchirera-t-il ou trouvera-t-il sa rédemption en s’unissant avant qu’il ne soit trop tard ?

On y allait à reculons. On n’y croyait plus. On s’attendait à un nouveau blockbuster estampillé Marvel totalement désincarné. Et il faut avouer qu’on s’était trompé. La bonne surprise est donc proportionnelle à nos craintes légitimes. Après une phase 5 catastrophique, où des navets et boursouflures tels que Ant-Man – Quantumania, The Marvels ou encore Captain America – Brave New World se sont enchaînés, et où seul le volet final des Gardiens de la Galaxie valait vraiment le coup (on met de côté le sympa mais totalement vain et éphémère Deadpool & Wolverine, qui tenait plus d’une longue blague de fan-service que d’un film), ce Thunderbolts* apparaît donc comme un petit miracle.

En réunissant une bande d’anti-héros et de personnages de second plan (méchants ou semi-vilains) qu’on avait aperçus dans les précédentes phases, Marvel voulait clairement tenter une sorte de Suicide Squad comme l’avait fait feu le DCEU. Bien meilleur que le film charcuté de David Ayer – l’une des plus grosses déceptions de l’époque, une sorte d’objet informe de toutes parts, vidé de sa substance et de ses belles promesses – mais tout de même largement en-dessous de sa suite/reboot, l’incroyable, merveilleux et parfait The Suicide Squad de James Gunn, Thunderbolts* se positionne comme une étonnante surprise. D’autant plus que, de sa promotion à ses premières bandes-annonces, on s’attendait à une nouvelle catastrophe industrielle ou à un blockbuster insignifiant et dépassé.

Première bonne nouvelle : cette équipe crée un vrai lien sympathique, une complicité, et on la trouve vraiment attachante. Un peu comme un bon souvenir des Gardiens de la Galaxie, la déconne en moins. On regrette de ne pas voir davantage à l’écran le charismatique Sebastian Stan, mais Florence Pugh s’impose comme le cœur battant de l’équipe et du film, son noyau. Déjà épatante dans le malaimé mais sympathique Black Widow, elle parvient, dans ces produits manufacturés que sont devenus n’importe quel film du MCU, à faire vivre son personnage et à révéler pleinement ses talents d’actrice. Dès les premières images, son timbre de voix impacte notre ouïe et son jeu d’actrice nous captive.

Mieux : grâce à elle, Thunderbolts* prend un tournant tragique et réussit l’exploit de mettre de l’émotion et de la profondeur dans cet univers pourtant dévolu au grand spectacle et aux blagues souvent ratées. Ses états d’âme et certaines séquences fouillant son passé, comme sa relation avec son père, donnent du cœur à cette histoire. Mais surtout, c’est son lien avec le grand méchant du film, Sentry, qui nous touche. Et, miracle, Marvel parvient enfin à livrer un film avec un vilain réussi et complexe. Lewis Pullman donne de la chair à ce quidam devenu surpuissant. En second plan, il est bien secondé par le personnage opportuniste de Valentina Allegra de Fontaine, joué par une Julia Louis-Dreyfus magistrale. Du fond, quelques sentiments et des protagonistes qui peuvent exister dans ce grand barnum : ce n’est pas si souvent.

Ensuite, si l’on regrette que le film se noie encore dans les mêmes décors citadins gris et ternes, ici, ils ont leur raison d’être. Et cela fait du bien de quitter le Multiverse et ses délires pour retrouver une intrigue plus terre-à-terre, loin du cosmos, avec des enjeux plus humains. Comme un retour aux tout premiers films du MCU, et un brin de nostalgie involontaire qui s’infiltre durant la projection.

La mise en scène de Jake Schreier est compétente, et si la première partie nous livre des affrontements somme toute basiques et déjà vus, la seconde est plus palpitante. La séquence où Sentry met K.O. toute la clique est jubilatoire, l’affrontement citadin qui suit est impressionnant, et on peut dire que le dénouement déjoue toutes les attentes. Les effets spéciaux ont, pour une fois, l’air d’être finis, et une sorte de sentiment de réussite et d’objet sincère nous parcourt le cœur et l’esprit à la fin de la projection. Pas le meilleur Marvel, pas non plus un excellent film, mais certainement ce que la firme aux idées a fait de mieux et de plus honnête depuis bien longtemps, avec un caractère dépressif qui ajoute une sacrée valeur à ces Thunderbolts* qu’on a bien envie de les revoir.

Bande-annonce – Thunderbolts*

Fiche technique – Thunderbolts*

Réalisateur : Jake Schreier.
Scénaristes : Joanna Cola & Lee Sung-Jin d’après l’oeuvre de Kurt Busiek.
Production: Marvel Studios (Disney).
Distribution: The Walt Disney Company France.
Interprétation : Florence Pugh, David Harbour, Sebastian Stan, Wyatt Russell, Hannah John-Kamen, Lewis Pullman, …
Genres : Action – Science-fiction.
Date de sortie : 30 avril 2025.
Durée : 2h06.
Pays : USA.

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3.5

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