Conclave : « Non Habemus Papam » certes, mais un très grand film, oui !

Voilà un long-métrage qu’on n’avait pas vu venir et qui sort un peu de nulle part, mais qui frappe très fort. On sent d’ailleurs l’énorme potentiel qu’il détient pour les prochains Oscars. Avec ce Conclave, on est face à une œuvre à la fois pointue et accessible où le contexte rare d’un conclave papal est superbement exploité. Mais aussi où de grands acteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes, et où la mise en scène est belle à se damner tout en épousant parfaitement les lieux et l’ambiance. C’est également un film doté d’un sacré suspense qui nous captive sans temps mort, bordé de rebondissements judicieux où les questionnements passionnants sur les religions, la foi, la société et l’Église nous cueillent, nous hantent et nous interrogent. En somme, un très grand film proche du chef-d’œuvre.

Synopsis : Quand le pape décède de façon inattendue et mystérieuse, le cardinal Lawrence se retrouve en charge d’organiser la sélection de son successeur. Alors que les machinations politiques au sein du Vatican s’intensifient, il se rend compte que le défunt avait caché un secret qu’il doit découvrir avant qu’un nouveau Pape ne soit choisi. Ce qui va se passer derrière les murs changera la face du monde.

Voilà un très sérieux concurrent dans la course aux Oscars qui devrait débuter sous peu ! Et c’est peu dire que ce n’est pas forcément une œuvre qu’on attendait forcément, en dépit de son équipe prestigieuse et de son petit effet dans certains festivals comme au TIFF à Toronto. Mais le sujet était plutôt excitant puisqu’on parle ici du fameux conclave qui débouche à la désignation d’un nouveau Pape après la mort ou l’abdication du précédent. Et des longs-métrages qui traitent de ce sujet il y en a peu. Un seul nous vient à l’esprit d’ailleurs, le Habemus Papam de Nanni Moretti. Certes des films qui prennent place au Vatican sont un peu plus fréquents mais si ce n’est Les Deux Papes ou Le Cardinal, ce sont majoritairement des films d’horreur. Voilà donc un contexte rare et un sujet intrigant, source de fantasmes qu’Edward Berger prend à bras le corps pour nous livrer une œuvre magistrale et entêtante qui prend la forme d’un thriller implacable. Car oui, Conclave  est avant tout un suspense à couper le souffle. Alors bien sûr pas dans le sens où on peut l’entendre habituellement avec frissons, courses-poursuites ou même tension psychologique, mais du mystère, des interrogations et pas mal de rebondissements (dont certains seront cependant prévisibles).

Et pourtant, on avait le droit de trouver que le cinéaste allemand Edward Berger avait été un peu surcoté avec son film de guerre pour Netflix, récipiendaire de l’Oscar du meilleur film étranger : À l’Ouest, rien de nouveau. Mais cette fois, pas de doute possible avec Conclave : Berger est un grand cinéaste. Il s’accapare ce sujet adapté d’un roman de Robert Harris avec une aptitude indéniable et en fait un très grand moment de cinéma sur tous les plans. Dès les premières images, l’ambiance est lourde, la tension est à son comble et quelques plans fixes et concis, d’une efficacité rare, vont nous plonger dans ce conclave durant deux heures passionnantes et totalement hypnotiques. On sent que Conclave ne sera pas un film léger et que cette immersion au sein des grandes instances religieuses du Vatican va être emplie de mystère et de questionnements. Le suspense est admirablement bien lancé et il est dur de ne pas y succomber.

Pour que ces coulisses d’une élection religieuse (qui ressemble parfois à celles d’une élection politique, comme le souligne par ailleurs l’un des protagonistes) avec ses trahisons, ses jeux de dupes, ses soupçons, ses petites ententes et coups bas, soient crédibles, il fallait des acteurs chevronnés. Ralph Fiennes est de cette trempe et il livre ici l’une de ses meilleures compositions en cardinal organisateur plein de doutes et de bonne volonté. Stanley Tucci, souvent cantonné aux seconds rôles, excelle également en cardinal progressiste tandis que John Lithgow et Sergio Castellito sont impeccables en opposants aux sensibilités plus réactionnaires. Le Vatican est parfaitement reconstitué et la mise en scène de Berger le magnifie à maintes reprises, nous gratifiant de quelques plans sublimes (la vitre de la Chapelle Sixtine qui explose, un défilé de sœurs vu de haut qui accourent place Saint-Pierre, ne laissant voir que leurs parapluies, etc.) et d’une réalisation à la fois ample et feutrée en totale adéquation avec les lieux et le sujet. Tout juste on soulignera une musique, bien qu’intense et pertinente, parfois un peu envahissante.

Mais Conclave c’est aussi et surtout, derrière les apparats d’un thriller religieux, un formidable réceptacle à questionnements. La place de l’Église au sein de ce monde, la foi sous tous ses aspects, les différents courants qui animent la religion catholique et, bien sûr, une foultitude de sujets éminemment contemporains parfaitement insérés dans les dialogues et les situations. L’homosexualité, la place de la femme, l’Islam et les autres religions et, au centre de tout cela, le doute nécessaire, sont au cœur du récit et des tenants et aboutissants de l’élection. Certains échanges sont littéralement passionnants et ouvrent le débat avec intelligence. L’épilogue et son retournement de situation sont étonnants et donnent une envergure encore plus moderne au film, tout comme un magnifique discours de paix sous-jacent. On est même ému par certains plans fixes sur le visage de Fiennes lors du final. Un visage qui en dit beaucoup en silence. Conclave est une œuvre importante et magistrale à ne surtout pas louper dans un microcosme rare, et dont l’ensemble des composants frôlent la perfection. Un film qui devrait se retrouver en bonne place l’an prochain dans les remises de prix…

Bande-annonce – Conclave

Fiche technique – Conclave

Réalisateur : Edward Berger.
Scénaristes : Peter Straughan, d’après l’oeuvre éponyme de Robert Harris.
Production : Film Nation Entertainment.
Distribution : SND.
Interprétation : Ralph Fiennes, Stanley Tucci, John Lithgow, Isabella Rossellini, Sergio Castellito, …
Genres : Thriller – Drame.
Date de sortie : 4 décembre 2024.
Durée : 2h02.
Pays : États-Unis – Royaume-Uni.

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4.5

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