« Macrales et Corbeaux » : fuite en avant

Macrales et Corbeaux, publié aux éditions Glénat, se déploie dans une atmosphère de tension autour de deux prêtres que le scénariste et dessinateur Ghi plonge au cœur de la Wallonie, en plein hiver. 

En cette sombre année 1794, dans le sillage de la Révolution française, le climat est à la peur et à la traque. Dans une région boisée de Wallonie, deux prêtres réfractaires, Antoine et Martin, fuient désespérément les soldats révolutionnaires déterminés à saisir les précieuses reliques de Saint Lupicin que les hommes d’Église tentent de protéger. Mais très vite, cette course contre la mort devient une véritable descente aux enfers. Plus ils s’enfoncent dans la forêt, plus les bruits inquiétants et les rires étranges les assaillent. Une certitude s’impose alors : ils ne sont pas seuls. Les macrales, sorcières légendaires de la région, semblent s’intéresser de près à leur sort. Pour ces hommes de foi, le danger ne se limite plus aux révolutionnaires ; une vengeance surnaturelle et impitoyable les guette. 

Le père Martin, plus âgé et aguerri, porte en lui des secrets lourds de conséquences, tandis que le jeune père Antoine, plus naïf et vulnérable, découvre la terreur d’un monde où la logique cède souvent la place à la superstition. Les macrales incarnent évidemment ce basculement vers le fantastique et la terreur. Plus qu’une simple poursuite, c’est un récit d’aventure où les certitudes s’effondrent face à l’inexpliqué. La dynamique entre les deux protagonistes donne à l’album une certaine profondeur. Martin, sous ses airs de vieux prêtre fatigué, cache un passé lourd : il est clair que son conflit avec les macrales ne date pas d’hier. C’est en comprenant la véritable nature de la vengeance des sorcières que le lecteur découvre véritablement la complexité du personnage. Son jeune compagnon, Antoine, cherche quant à lui à maintenir ses principes et sa foi dans ces moments d’extrême désespoir. 

Ghi joue sur les contrastes pour intensifier le drame : le calme trompeur de Martin face à l’effroi croissant d’Antoine révèle une tension sous-jacente qui ne cesse de s’accentuer au fil des pages. Dans ce qui pourrait être perçu comme un western transposé dans la Wallonie du XVIIIe siècle, l’intrigue de Macrales et Corbeaux se concentre sur le conflit entre deux forces : d’un côté, des révolutionnaires sans-culottes résolus à éradiquer toute forme de résistance cléricale ; de l’autre, des entités surnaturelles qui réclament vengeance pour des crimes passés. Les prêtres se trouvent au milieu de deux menaces, avec une asymétrie d’informations qui participe à l’ironie dramatique du récit. Les thèmes de la culpabilité, des non-dits et de l’incommunicabilité irriguent l’œuvre sans jamais l’empeser. 

Macrales et Corbeaux est une agréable surprise, qui s’appuie sur des personnages bien caractérisés, un rythme maîtrisé et à une ambiance unique où l’horreur et le mystère s’entrelacent. Ghi offre une œuvre à la croisée des genres, entre thriller historique, fantastique et récit d’aventure, qui saura captiver les amateurs de récits sombres et de mythes ancestraux. 

Macrales et Corbeaux, GHI
Glénat, septembre 2024, 120 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

La chaleur : l’adolescence en mode atone ou l’art de filmer le vide

Faut-il filmer l'ennui pour le faire exister ? Stéphane Demoustier avec son dernier opus "La chaleur" en fait le pari, avec une délicatesse certaine, mais au risque d’engluer son spectateur dans la torpeur même de son héros.

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !

Evil Dead Burn : Le feu des aveux

En confiant "Evil Dead Burn" à Sébastien Vaniček, Sam Raimi a fait le bon choix. Le réalisateur de Vermines signe un sixième épisode généreux, où le trauma familial et la violence conjugale nourrissent l'horreur démoniaque. Porté par une Souheila Yacoub habitée, le film brûle de l'intérieur avant même que les Deadites n'entrent en scène.

L’Inconnue : le trouble de Jésus et de Marie

"L'Inconnue" est un film qui ne ressemble à aucun autre. Arthur Harari y filme l'indicible : l'égarement de l'âme dans un corps qui n'est plus le sien. Porté par Léa Seydoux en madone hagarde et Niels Schneider en Christ sacrifié, ce thriller de l'inconscient nous happe et nous largue, laissant planer un doute vertigineux : savons-nous vraiment qui nous sommes ? Un film opaque, charnel, parfois insaisissable, mais dont la grâce primitive nous hante longtemps après le générique
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Malet, le général complotiste

« - Ce type pond des coups d’état comme ma femme reprise mes fonds de culotte ! Et vous voulez que j’obéisse ? • SUFFIT, BOUFFON ! OBEISSEZ OU JE VOUS ENFERME DANS VOS PROPRES GEOLES ! »

Blacksad stories : Weekly ou les origines d’un personnage

« - Mes rêves ne me trompent jamais. Les Kalisnowszczyzna… - … « Les Kalisnowszczyzna ont toujours eu un don pour la voyance… » - Paf - Aïe ! Alors j’ai dû être adopté, moi, je ne vois jamais rien venir… - Moi, je peux te dire que tu es de la famille ! Tu as hérité du sale caractère de ma sœur Prili. - Grand-mère… Tu n’as pas de sœur. Tu confonds tes rêves et la réalité. »

« L’Origine de l’humour » : l’homme qui inventa la blague

Avec "L’Origine de l’humour", Mab remonte jusqu’à la préhistoire pour confier à un chasseur médiocre une mission divine : faire rire l’humanité. Une genèse joyeusement idiote, publiée chez Fluide Glacial, où le gag devient une affaire très sérieuse.