Beetlejuice, Beetlejuice : nouveau chef d’œuvre ou naufrage nostalgique ?

Grand classique de la filmographie Burtonienne, le nom de ‘Beetlejuice’ est resté immaculé pendant 36 ans. Pour le plus grand plaisir de ses fans, le cinéaste américain a décidé de prendre un grand risque en déterrant son fantôme le plus loufoque. Alors, réussite ou chaos?

Résumé : Dans les années 80, un couple de jeunes mariés, Barbara (Geena Davis) et Adam Maitland (Alec Baldwin), meurent dans un accident de voiture. Devenus des esprits, ils sont contraints de hanter leur maison de Winter River. Alors, lorsque cette dernière est vendue à Charles (Jeffrey Jones) et Delia Deetz (Catherine O’Hara), qui emménagent avec leur adolescente gothique Lydia (Winona Ryder), ils sont bien décidés à les faire fuir. Pour cela, ils font appel à un pseudo bio-exorciste du nom de Beetlejuice.

Dans la version de 2024, à la suite d’un drame, les Deetz reviennent dans leur maison de Winter River.

Retour aux sources pour Tim Burton 

Si l’on s’intéresse purement aux caractéristiques du film, Beetlejuice, Beetlejuice est une réussite. Esthétiquement plaisant, baroque et gothique, le film est conforme aux codes du réalisateur. Ce nouvel opus est un divertissement de qualité qui repose sur un humour gras et satirique qui n’épargne pas la société américaine.

En reprenant des éléments classiques tels que les personnages, les références musicales ou encore les costumes, c’est un film qui s’adapte à son temps et à son auditoire, composé de quarantenaires nostalgiques et de plus jeunes qui découvrent l’œuvre. La fameuse robe rouge portée par Lydia dans le premier film est ainsi présente, tout comme le costume rayé légendaire de Beetlejuice. S’ajoute à cela, un détail très appréciable : une modernisation des trucages qui n’est pas forcée, et respecte tant l’essence du film que les attentes contemporaines.

Pour ce qui est de la musique, le légendaire Danny Elfman (Beetlejuice, Sleepy Hollow, Batman), nous offre une réadaptation de qualité de la bande-son originale du film. Avec un thème modernisé et une reprise gospel du fameux Banana Boat (DayO) de Harry Belafonte, il fait un merveilleux pont entre les deux films.

En ce qui concerne l’interprétation, malgré une performance prometteuse de Jenna Ortega (dans le rôle d’Astrid Deetz) et des apparitions 5 étoiles (Danny De Vito, Willem Dafoe, Justin Theroux…), c’est indéniablement les anciens acteurs qui portent le film. Dans son rôle de femme décalée, gothique et un peu paria, Winona Ryder est superbe. Mais le clou du spectacle repose dans la qualité de jeu de Michael Keaton (Beetlejuice) et Catherine O’Hara (Delia Deetz), qui demeure intacte presque 40 ans plus tard.

Un film qui reste dans l’ombre de son prédécesseur

En dépit de ces bons points, il est indéniable que Beetlejuice, Beetlejuice n’est pas au niveau de son prédécesseur. En matière scénaristique, on retrouve une histoire un peu fatiguée et très en surface. Loin des chefs d’œuvres qui ont fait son nom, Tim Burton réalise ici un film ponctué de longueurs au scénario brouillon.

Dans cette nouvelle version, nos fantômes adorés Barbara et Adam ont déménagé, ce qui laisse la porte ouverte à de nouveaux personnages. Si certains font l’unanimité, d’autres soulèvent plus de questionnements. C’est le cas notamment du personnage de Delores (Monica Bellucci) qui s’apparente plus à l’invitation d’un guest star qu’à une ligne scénaristique intéressante. Ses apparitions ponctuelles servent l’histoire mais demeurent superficielles, ne permettant pas au spectateur de s’attacher à elle ou de comprendre en quoi son rôle est fondamental.  Tous ces éléments inscrivent le film dans la lignée d’une dégringolade qualitative souvent pointée du doigt par la critique.

Alors, clap de fin pour Beetlejuice? 

Bien que la fin suscite des questionnements quant à un potentiel troisième volet, il semble que le glas ait sonné pour Beetlejuice. Attendu depuis des années, ce deuxième film est la concrétisation d’un projet avorté plusieurs fois par le réalisateur. On se souvient notamment du projet Beetlejuice goes Hawaiian, abandonné au profit de la réalisation de Batman en 1989. Il semble donc peu probable que Tim Burton décide d’emmener son personnage plus loin, pour des raisons comme son âge, celui des acteurs présents depuis le premier opus, ou encore le manque d’ouverture scénaristique.

Beetlejuice, Beetlejuice est une suite logique mais non indispensable. C’est un film sympathique mais qui manque cruellement de profondeur et se réfugie dans un recyclage de souvenirs du classique des années 80. Il n’apporte malheureusement aucune nouveauté susceptible de lui valoir à son tour la dénomination de classique du cinéma Burtonien.

Bande annonce – Beetlejuice, Beetlejuice

Fiche technique – Beetlejuice, Beetlejuice

Titre original : Beetlejuice Beetlejuice
Réalisation : Tim Burton
Scénario : Alfred Gough et Miles Millar, d’après les personnages crée par Michael McDowell et Larry Wilson
Musique : Danny Elfman
Casting : Michael Keaton (Beetlejuice), Winona Ryder (Lydia Deetz), Jenna Ortega (Astrid Deetz), Catherine O’Hara (Delia Deetz), Justin Theroux (Rory), Monica Bellucci (Delores), Willem Dafoe (Wolf Jackson), Burn Gorman (le père Damien)
Directeurs artistiques : Alex Baily, Will Coubrough, Will Houghton-Connell, Kira Kemble et Katrina Mackay
Décors : Mark Scruton
Costumes : Colleen Atwood
Photographie : Haris Zambarloukos
Montage : Jay Prychidny
Producteurs : Seth Grahame-Smith, David Katzenberg, David Geffen, Tommy Harper et Marc Toberoff
Producteur délégué : Tim Burton
Sociétés de production : Warner Bros. Pictures, Geffen Company et Plan B Entertainment
Société de distribution : Warner Bros. Pictures

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