Marcel le coquillage : une coquille pleine d’amour

Sorti l’année dernière aux États-Unis, Marcel the Shell with Shoes On est une des dernières créations du studio A24. Connu pour leurs productions indépendantes et surprenantes, leur Marcel est un petit bijou d’animation et de poésie. Une coquille à chaussures cherche sa famille et c’est toute l’histoire d’un sentiment d’appartenance qui se dessine. Entre notes d’humour délicates et un regard plein de tendresse, impossible de ne pas sortir de sa coquille et craquer pour ce petit personnage.

Dans une maison abandonnée…

Marcel the Shell (en français, le coquillage) vit seul avec sa grand-mère, Nana Connie. Leur quotidien dans leur grande maison abandonnée est rythmé, entre faire tomber des fruits d’un arbre à l’aide d’un batteur électrique et pratiquer le patin à glace… sur de la poussière. Jusqu’ici, ces petites créatures invisibles vivaient leur vie sans se faire remarquer des humains. Mais l’arrivée d’un certain Dean et sa volonté de les filmer dans leur quotidien viennent chambouler leur vie…

Sous la forme du documenteur, Marcel raconte l’histoire d’un petit personnage et la beauté des choses simples. Filmé en macro et à hauteur de sa petitesse, le film nous invite dans la vie plus vraie que nature de cette coquille pleine de ressources et à la voix toute étranglée. Inventif, Marcel fait de deux tranches de pain de mie son lit (sa « breadroom » comme il l’appelle), de miel renversé un moyen de marcher sur les murs ou encore d’une balle de tennis un moyen de locomotion.

Sous couvert d’une jolie naïveté du personnage, Dean Fleischer Camp donne à voir une autre façon de considérer les objets usuels d’un point de vue infinitésimal. La beauté du stop motion alliée à des décors filmés en live action participent à l’impression de réel et laisse imaginer que peut-être, tous les jours, des petits êtres se cachent dans les recoins de nos domiciles.

Avec sa créativité dans le détournement d’objets en apparence insignifiants ou habituels, le film dévoile un amour certain pour la miniature et offre de très belles scènes pleines de poésie, comme celle où Marcel joue de la musique à travers une simple coquillette.

… coquillages et araignées..

Au milieu de ce microcosme fait d’araignées et de moustiques en tous genres, Marcel et sa Nana Connie sont les seuls « rescapés » de leur espèce. Sous le regard amusé et bienveillant du cinéaste Dean, les spectateurs assistent à une relation touchante entre deux êtres qui veillent l’un sur l’autre.

Pleines de tendresse, ces deux petites coquilles sont fans d’un programme TV d’enquête et de sa présentatrice.
Et ils sont loin de se douter qu’ils vont finir par y prendre part… En effet, Marcel est depuis toutes ces années à la recherche de sa famille, « disparue » après une dispute entre le couple qui vivait ici avant.
Une séparation dans la tourmente, qui offre au passage une jolie métaphore sur la rupture (Dean le cinéaste vient lui aussi de quitter sa compagne).

Ainsi, la question du déracinement, le questionnement sur ses origines et la curiosité de Dean vont emmener Marcel dans une aventure plus grande que lui. Opposant la notion d’audience à celle de communauté, Marcel pointe à juste titre qu’un nombre de viewers ne veut pas forcément dire une famille pour autant.

Presque un film dans le film à bien des niveaux, Marcel… joue avec cette idée de popularité sur le net et s’en amuse. À savoir que la petite coquille a fait ses débuts sur YouTube dans des shorts et a tout de suite rencontré le succès. Que l’acteur derrière Dean n’est autre que le réalisateur du film.  Et que dans sa quête, Marcel va trouver dans l’émission télé une plateforme aidante pour avancer dans ses recherches.

… qui l’eût cru, déplorent la perte d’êtres aimés

Mais outre tous ces éléments, le film est avant tout une belle contemplation des objets délaissés par les humains, réinventés par d’autres. En donnant une seconde vie aux objets usuels et en s’arrêtant sur l’infiniment petit, le film infuse des petites notes de zen et délivre une douce méditation sur la famille.

Pas seulement mignon ou gentillet, le long-métrage propose une réflexion sur le deuil, la peur de grandir et réserve de belles séquences émouvantes, accompagnées par une musique savamment décantée. Jamais on n’aura eu autant d’émotion à la vue d’une famille de coquillages biscornus et touchants réunis autour d’un enterrement…

Si A24 ne produit pas toujours des pépites comme on les aime (Beau is Afraid, un cauchemar), le studio renoue ici avec sa patte originale en portant sur grand écran les aventures de ce petit coquillage-ovni, dont la voix inventée par la fantastique Jenny Slate en est une elle-même. Mention toute particulière aussi pour l’incroyable Isabella Rossellini, qui donne à Nana Connie toute sa poigne et vivacité.

Marcel… est donc un film à voir pour son humanité et sa tendresse, qui font du bien au coeur et à l’âme.
Et comme l’a dit Dean Fleischer-Camp dans une interview, Marcel est un coquillage « bien plus humain que les humains ».

Bande-annonce : Marcel le coquillage (avec ses chaussures)

Fiche technique : Marcel le coquillage (avec ses chaussures)

Réalisateur : Dean Fleischer Camp
Scénario : Dean Fleischer Camp, Jenny Slate & Nick Paley
Voix des personnages : Jenny Slate (Marcel), Dean Fleischer Camp (Dean), Isabella Rossellini (Nana Connie) …
Directeur de la photographie : Bianca Cline
Superviseur animation des personnages : Stephen Chiodo
Superviseur des effets visuels : Zdravko Stoitschov
Montage : Jérôme Bréau
Compositeur : Disasterpeace
Sociétés de Production : A24, Cinereach & Chiodo Bros. Productions
Durée : 1h30 min
Genre : Film d’animation
Date de sortie : 14 Juin 2023
États-Unis – 2021

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Festival

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