Les Filles d’Olfa, échange curatif entre réalité et fiction

L’Œil d’Or 2023, ex-aequo avec le documentaire remarqué d’Asmae El Moudir (Kadib Abyad), Les Filles d’Olfa captive en réunissant une famille entière par la puissance du documentaire et de la fiction. Armé d’un dispositif audacieux et jusqu’au-boutiste, la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania nous plonge dans une introspection à vif entre mémoire collective et mémoire familiale. Très juste, Les Filles d’Olfa vibre des voix complices de ses sujets et de ses interprètes, oscillant entre des instants de bravoure et les limites de son mécanisme.

Reprise de la sélection officielle cannoise.

Synopsis : La vie d’Olfa, Tunisienne et mère de 4 filles, oscille entre ombre et lumière. Un jour, ses deux filles aînées disparaissent. Pour combler leur absence, la réalisatrice Kaouther Ben Hania convoque des actrices professionnelles et met en place un dispositif de cinéma hors du commun afin de lever le voile sur l’histoire d’Olfa et ses filles. Un voyage intime fait d’espoir, de rébellion, de violence, de transmission et de sororité qui va questionner le fondement même de nos sociétés.

À travers l’objectif de la guérison

À la clôture de la conférence de presse cannoise, Olfa Hamrouni a exprimé son engagement : « Ce que je demande aujourd’hui, c’est que mes filles soient rapatriées et qu’elles soient jugées équitablement. ».

Auparavant, ce fait divers avait suscité une résonance internationale lors de la révélation publique de l’endoctrinement djihadiste des deux filles aînées d’une mère isolée de quatre enfants. Olfa a ainsi pointé l’inertie manifeste du gouvernement tunisien. À l’heure actuelle, Les Filles d’Olfa demeurent détenues sur le territoire libyen. En investissant pleinement le particularisme du docu-fiction, Kaouther Ben Hania questionne le regard regardant/regardé que manipule le cinéma. Du reste, c’est toute sa filmographie qui interroge cette mécanique dramaturgique en particulier dans La Belle et La Meute en 2017. Les Filles d’Olfa en est la catharsis et convoque un dispositif radical permettant un échange curatif entre les sœurs fictionnelles et véritables, et la mère et son double, interprété par l’icône du cinéma arabe Hend Sabri. De fait, les voix des protagonistes résonnent avec connivence et nous invitent à partager leurs révoltes et leurs espérances.

Mécanisme implacable mais limité

Une longue recherche et une rencontre permanente forment des moments d’introspections thérapeutiques d’une puissance salvatrice. Ces instants se matérialisent souvent par une reconstitution ordinaire ou au détour d’une conversation a priori hors-cadre ou hors contexte. C’est dans ce sentiment spontané que résident la délicatesse et la pertinence du film de Kaouther Ben Hania. Un a priori qui forge une ambiguïté et une humanité sans cesse questionnées et confrontées au réel et à l’extérieur du foyer. Dans une époque faite de fenêtres omniprésentes sur autrui, Les Filles d’Olfa agit comme un reflet à la fois gracieux, récréatif et irrévérencieux. Dans le même instant, de chœur avec la dimension sociopolitique tunisienne, le long métrage frappe modestement par un dispositif qui s’essouffle dans un climax attendu.

Enfin, Les Filles d’Olfa explore la Tunisie et prend son pouls parallèlement au Printemps arabe sur un plan intimiste et confidentiel, une étude assez juste mais évanescente dans la progression du drame familial. Pourtant, la cinéaste a le mérite de questionner la responsabilité qui lui est propre, assumant un geste intransigeant et noble. Un film à ne pas manquer.

Fiche Technique — Les Filles d’Olfa

Réalisation : Kaouther Ben Hania
Scénario : Kaouther Ben Hania
Tunisie – France – Allemagne – 2023 – 1h50
Avec Hend Sabri, Olfa Hamrouni, Eya Chikhaoui, Tayssir Chikhaoui

Distributeur : jour2fête
Sortie le 5 juillet 2023

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3.5

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