Living With Yourself : une comédie à double face

Comment faire pour sortir de son quotidien morose et pour éviter le burn out ? C’est la question que se pose Miles, personnage principal de la série Living With Yourself incarné par l’acteur Paul Rudd. Alors quand la solution miracle est présentée sur un plateau d’argent par un de ses collègues, Miles n’hésite pas une seule seconde et fonce, tête baissée, se retrouvant nez à nez avec… lui-même. Analyse d’une série aussi comique que dramatique.

Un personnage en pleine crise existentielle

Le premier épisode de la série commence sur les chapeaux de roues avec un personnage principal désespéré et en pleine rétrospective sur sa vie. Tout lui échappe : son couple, sa famille – qu’il semble refuser de construire en oubliant tous ses rendez-vous médicaux – , ses responsabilités professionnelles,… Bref, au commencement de cette série, Miles est un loser, sans cesse en conflit avec lui-même et les autres. Il est spectateur de sa vie et non acteur. Il veut devenir la meilleure version de lui-même. Mais comment y arriver ?

Dans une optique de reconquête de soi et au lieu de recourir aux moyens traditionnels pour s’en sortir, Miles décide d’écouter son collègue et rival Dan en acceptant de débourser 50 000 dollars pour vivre la même expérience que lui. C’est ainsi que le personnage principal entame sa métamorphose dans un mystérieux centre de spa qui n’est autre qu’un centre de clonage déguisé. Le service propose de “refaire son ADN pour être la meilleure version de soi-même”. Les locaux aseptisés de cet endroit et la formalité des deux employés chargés de la transformation de Miles renforcent le côté angoissant et dramatique de la série et sont signe annonciateurs d’un changement radical pour le personnage.

Paul Rudd au devant de la scène

Loin de l’idylle promise par l’expérience, c’est enterré nu et vivant dans les bois que Miles se retrouve, tandis que son double – le “nouveau Miles” – vit une vie de rêve. Il représente la meilleure version de Miles, comme une mise à jour améliorée : un meilleur collègue, un meilleur conjoint, un homme plus charismatique, un meilleur négociateur… Tout semble sourire dans la vie de ce nouveau Miles et rien ne semble l’atteindre. Il est passé d’éternel loser à un winner sans faille.

Et pourtant, ce n’est pas sans tomber nez à nez avec “l’ancien Miles” pour chambouler et compliquer toute son existence. Débute ainsi une bataille sans fin avec son double. C’est comme si Miles était étranger à lui-même, qu’il ne connaissait pas toutes ces facettes et qu’il devait de nouveau apprendre à se connaître et à se découvrir.  S’ensuit une véritable crise existentielle.

Connu pour ses rôles plus légers et comiques dans les séries comme Friends ou encore  dans les blockbusters comme Ant Man et la Guêpe et souvent de second plan, Paul Rudd étonne dans Living With Yourself avec un rôle de personnage principal plus sombre et à double face. Tout au long de la série, Paul Rudd joue une double performance en incarnant à la fois “l’ancien Miles” et le “nouveau Miles”. Pari réussi, car le spectateur sait faire la différence en un clin d’œil grâce aux mimiques et aux gestuelles propres à chaque personnage interprétées avec finesse et contraste par Paul Rudd. Ainsi, les deux Miles entrent en concurrence pour tenter de reconquérir le cœur de Kate, la compagne de Miles, créant petit à petit un triangle amoureux curieux et improbable.

Entre comédie et drame, la ligne est très fine

Living With Yourself oscille avec subtilité entre comédie et drame. Ce n’est pas sans compter sur la musique entêtante et hypnotisante signée Anna Meredith qui vient rythmer le générique et chaque scène principale, renforçant ainsi un petit peu plus le caractère dramatique de la série et le sentiment d’angoisse que peut ressentir le personnage principal face à son double. Timothy Greenberg, le scénariste de la série, a fait le choix d’une série courte de huit épisodes d’une vingtaine de minutes chacun qui suit une histoire claire et distincte ce qui rend plus facile et digeste le visionnage de la série. Ce choix affirmé marque la différence avec les dernières grandes séries à succès signées Netflix où les épisodes pleuvent sans vrai fil conducteur. De plus, le format court des épisodes implique un rythme assez soutenu et chaque fin d’épisode est conclu par un cliffhanger logique qui donne de suite envie de connaître la suite des aventures de Miles. Bref, Living With Yourself est une série originale, absurde et rafraîchissante qui mérite un coup d’œil.

Bande-annonce – Living With Yourself

Fiche technique – Living With Yourself

Réalisation : Jonathan Dayton et Valerie Faris
Scénario : Timothy Greenberg
Interprètes : Paul Rudd, Aisling Bea, Karen Pittman, Desmin Borges, Zoe Chao, Clark Carmichael, Joseph Bessette,…
Plateforme : Netflix
Date de sortie : 18 octobre 2019
Format : mini-série de 5 épisodes (1 saison)
Durée : 21-35 minutes par épisode
Genre : comédie, drame

Synopsis : Miles est un homme qui lutte au quotidien dans sa vie. Lorsqu’il a la possibilité de devenir une meilleure personne grâce à un traitement thermal, il découvre qu’il a été remplacé par une version améliorée de lui-même.

Festival

FFCP 2026 : The Journey to Gyeong-Ju, une famille à recoudre

"The Journey to Gyeong-ju", c’est une vengeance en famille, maladroite et douloureuse. Une mère et ses trois filles kidnappent le meurtrier de la cadette et filent vers Gyeongju. Kim Mi-jo mêle rires, larmes et suspense, avec un beau quatuor d’actrices, mais sans toujours trancher.

FFCP 2026 : Ideal and Weird Family, l’art de se séparer ensemble

Deux mères au bord du divorce, deux adolescentes sommées de choisir, un mariage en ligne de mire. Avec "Ideal and Weird Family", Kim Ji-hyun signe un premier film queer tendre et drôle sur une famille que la Corée refuse de reconnaître. Un road movie attachant, inégal, tourné avec les moyens du bord.

Programme de la 30ème édition du Festival du film francophone « Les Œillades » d’Albi

Du 17 au 22 novembre, le Festival du film francophone « Les Œillades » d'Albi soufflera ses trente bougies, en présence de trois invités d’honneur : le réalisateur marseillais Robert Guédiguian, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras et l'actrice belge Natacha Régnier. Au programme de cet anniversaire marquant : 30 avant-premières prestigieuses réparties dans les trois salles albigeoises Arcé, Lapérouse et Cordeliers, dont 10 longs-métrages en compétition pour le Prix du Public, 10 séances « Reprises » pour redécouvrir les films coups de cœur de l'année, mais aussi la traditionnelle compétition de courts-métrages, une soirée consacrée à Jacques Tati, génie du burlesque moderne, une "petite nuit du cinéma" reconduite et un ciné-concert de clôture. Aperçu des festivités d'une 30ème édition qui s'annonce d'ores et déjà comme le rendez-vous incontournable de l'automne cinématographique tarnais.

FFCP 2026 : 7 Days 7 People, la ballade du troubadour fauché

Sept jours, sept rencontres. Dans "7 Days 7 People", un musicien indé criblé de dettes interroge ses proches avant de choisir entre la musique et son couple. Jung Da-won signe un drame musical coréen drôle et mélancolique, sur ce que coûtent les rêves quand la stabilité frappe à la porte.

Newsletter

À ne pas manquer

Sanguine : époques sanguines

Avec son premier long métrage féroce "Sanguine", Marion Le Corroller, évadée du monde la finance, injecte une dose de body horror survitaminé dans le cinéma français. Scènes choc, plastique ensanglantée, geste carnassier, "Sanguine" saigne fort l'époque et tous ses symptômes violents, quitte à s’essouffler sous le trop-plein d’idées dans sa dernière demi-heure.

Ulya, le très beau film de Viesturs Kairišs : quand on cherche du côté de chez soi

Dans la Lettonie soviétique, une adolescente issue d’une famille russe de Vieux-Croyants découvre le basket comme une sortie possible hors de son isolement. Avec Ulya, Viesturs Kairišs imagine le chemin intérieur qui mène Ouliana Semionova vers elle-même.

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.