« La Grande Encyclopédie visuelle de l’Histoire » : de la préhistoire à l’époque moderne

Les éditions Gallimard publient La Grande Encyclopédie visuelle de l’Histoire, un beau-livre cartonné, dos rond et grand format (252 x 301), destiné aux jeunes lecteurs à partir de dix ans. D’une grande richesse iconographique (environ 1000 images), recouvrant pas moins de 130 périodes à travers des doubles pages didactiques rédigées par des spécialistes, cette encyclopédie se caractérise par des synthèses textuelles et visuelles efficaces et par son découpage intuitif en six chapitres chronologiques.

Avant que Francis Fukuyama ne consacre implicitement les États-Unis en sonnant, un peu tôt, la fin de l’histoire, le cheminement a été long : les expéditions de Christophe Colomb et d’Amerigo Vespucci vers une terre inexplorée, l’apprivoisement du Nouveau-Monde et l’établissement des treize colonies britanniques, la Déclaration d’Indépendance, la conquête de l’Ouest, l’esclavagisme, la Guerre de Sécession, les deux conflits mondiaux, la crise financière de 1929, le boom économique, les tensions géopolitiques avec l’URSS… Cet exemple illustre très bien en quoi cette Grande Encyclopédie visuelle de l’Histoire tire toute sa pertinence : elle permet, en un ou plusieurs chapitres compassés (deux pages, invariablement), de passer en revue un sujet, une période ou un événement donnés, et parfois d’en suivre l’évolution à travers le temps long. Bien que les enjeux les plus récents (de la montée des fascismes à la crise de la Covid-19) apporteront probablement peu d’éléments nouveaux aux lecteurs initiés, les périodes les plus anciennes – de la naissance de l’humanité à l’essor du commerce ou l’expansion des empires – ne manqueront pas de remettre en perspective des faits parfois quelque peu oubliés. De la naissance de la démocratie dans la Grèce antique à la civilisation Maya, de la grande peste et ses masques à bec sophistiqués aux révolutions industrielles, des Lumières aux grandes luttes sociales, l’encyclopédie regroupe des thèmes d’une grande pluralité, touchant à la politique, l’économie, la technologie, la société civile, les idées ou encore la santé.

Il y a six millions d’années, un groupe de grands singes marchant debout s’est distingué en Afrique. Les homininés y trouvent leurs origines. Mais l’homme moderne ne quitte sa terre natale pour l’Asie qu’il y a environ 100 000 ans. Cette échelle de temps significative est à mettre en parallèle avec un développement humain qui va ensuite aller en s’accélérant. La maîtrise des premiers outils et du feu, la sédentarisation concomitante à la découverte de l’agriculture, la croissance et la modernisation des villes, les énergies fossiles ou les machines révolutionnant la vie quotidienne et le travail industriel : en quelques siècles, le bond en avant apparaît gigantesque. Des groupes sociaux divers – esclaves, femmes, minorités – obtiennent bientôt de nouveaux droits, tandis que la culture dont l’éclosion date d’il y a 45 000 ans fait l’objet de récentes (re)découvertes, scientifiques, académiques, médiatiques et/ou muséales. Cette culture prend des formes diverses ; elle passe par des inventeurs telles que Leonard De Vinci, par des progrès tels que l’écriture ou la roue, par des propositions artistiques comme les dessins dans les grottes ou les reliques des civilisations anciennes. L’ouvrage accorde une large place à tous ces sujets. Il revient par exemple sur l’évolution de l’alphabet, sur l’apparition de la monnaie, sur les apports scientifiques des Arabes (médecine, astronomie, physique, mathématiques) ou encore sur l’héritage gréco-romain, politique et philosophique, mais aussi plus global, puisqu’il inclut des institutions (notamment démocratiques et militaires) et des considérations architecturales (on songe aux fortifications).

Sur la scission de l’Empire byzantin en 395, l’invention de la poudre à canon en Chine il y a 1200 ans, les premières croisades opposant musulmans et chrétiens au Proche-Orient pour la conquête de Jérusalem en 1096, le redoutable Empire mongol au 13e siècle (sous Gengis Khan) ou les heurts militaires du XXe siècle, La Grande Encyclopédie visuelle de l’Histoire se veut particulièrement prolixe. Entre les lignes, c’est un monde en mutation constante, souvent alimentée par les conflits, qui se dessine. On le sait, l’épidémiologie moderne doit beaucoup à la Guerre de Sécession et à l’Administration coloniale britannique, la Sécurité sociale française aux conflits mondiaux, la modernisation du Japon aux peurs engendrées par les bateaux noirs américains au milieu du XIXe siècle, l’énergie nucléaire aux recherches scientifiques menées durant la Seconde guerre mondiale… De tout temps, les antagonismes et leurs conséquences armées et diplomatiques ont servi d’incubateurs aux grands bouleversements mondiaux. Si cette encyclopédie en atteste amplement, elle ne néglige pas non plus les avancées induites par les routes commerciales, les progrès de la médecine (Pasteur, les nouveaux anesthésiants) ou de la mobilité (voitures, avions, trains). À chaque fois, c’est avec pédagogie et à la faveur de nombreuses illustrations que cet ouvrage entend initier le lecteur à l’Histoire, complexe mais passionnante, de notre monde.

La Grande Encyclopédie visuelle de l’Histoire, ouvrage collectif
Gallimard, octobre 2022, 320 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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