Les indécis quant à leurs préférences littéraires

Max arrive dans une sorte de couloir assez encombré où on lui demande de choisir un genre littéraire, pour le diriger vers la porte correspondante. Mais que fait-il là et que se passera-t-il selon le choix qu’il fera ?

Rapidement, Max réalise qu’en fait il est mort (à 33 ans, comme le Christ). Visiblement il n’est ni au paradis ni en enfer. Serait-il au purgatoire ? Non, il se trouve dans un endroit désigné comme l’Inspiratoire. Après quelques explications, par une personne qui se présente comme son guide, il comprend que, s’il doit faire le choix d’un genre littéraire, c’est avec l’espoir qu’un écrivain trouve l’inspiration grâce à lui pour un personnage de fiction. Bien évidemment, parmi tous les genres littéraires, certains sont plus en vogue que d’autres. Ainsi, selon son choix il risque d’avoir plus ou moins de chances d’inspirer quelqu’un voulant écrire d’après son cas. Mais ce genre de considération ne doit pas entrer en ligne de compte. D’ailleurs, choisir selon ses goûts habituels ne serait pas forcément si astucieux que cela. Si son inspiration l’incite à la découverte, il ne doit pas hésiter. N’oublions pas qu’une fois l’œuvre produite, à moins qu’elle reste oubliée dans un tiroir, son personnage passera à la postérité et tous celles et ceux qui parcourront le livre en question garderont une image de ce personnage. Le choix ne sera pas facile, bien que son guide se révèle être une de ses anciennes prof de français qu’il appréciait particulièrement.

Plaisir d’écrire

Avec ce roman, son tout premier, Alex Daunel (jeune femme, comme son prénom ne l’indique pas), propose un roman à destination d’un public adolescent. Bien conçu, il ne devrait pas rebuter, car il fonctionne correctement malgré le thème un peu casse-gueule de la mort (une forme de vie après la mort, mais la mort quand même). En effet, il se présente sous la forme de courts chapitres qui s’enchainent naturellement, avec pas mal de dialogues et de petits paragraphes séparés à chaque fois par un espace, avec une police de caractère suffisamment grande pour donner une appréciable impression de texte aéré. Le style joue également, celui d’Alex Daunel étant agréable, avec des phrases bien articulées qui coulent bien (seule remarque, la petite lourdeur des « que l’on » qu’elle n’ose pas simplifier en « qu’on » comme si elle ne voulait pas s’écarter du français pratiqué en milieu scolaire).

Plaisir de lire

L’idée principale d’Alex Daunel est de glorifier à sa façon la littérature, en particulier en mettant en avant le pouvoir de l’imaginaire au travers des mots. Bien que sa vision d’un univers post-mortem manque de crédibilité, elle s’arrange (sur les 50 premières pages environ, d’un livre qui en compte 276), pour qu’on comprenne avec Max de quoi il retourne. Elle ne se contente pas de cela, puisqu’elle imagine aussi des changements perpétuels de décors qui ne sont pas sans rappeler ce qu’on observe dans le film Inception (2010) de Christopher Nolan. Et puis, tranquillement, elle s’arrange pour glisser quelques références littéraires qui pourront inciter les jeunes lecteurs-lectrices à les rechercher, maintenant ou plus tard. Cela va de la littérature jeunesse (Max et les Maximonstres, Harry Potter) aux classiques d’aujourd’hui (Houellebecq, Auster), en passant par la chanson de geste du Moyen-Age (La Chanson de Roland), la poésie (Les yeux d’Elsa d’Aragon entre autres), la littérature classique (Les Misérables, Le Rouge et le noir), le théâtre (Cyrano de Bergerac), la Science-Fiction (1984, Fahrenheit 451), mais aussi la littérature policière (Sherlock Holmes) et l’érotisme moderne (Cinquante nuances de Grey), les inclassables (La Guerre des boutons), sans compter La Bible. La référence suprême ici se révèle être Le Seigneur des anneaux, modèle incontesté de la fantasy.

Le bémol

À vrai dire, Max serait un lecteur contrarié qui finalement reconnaît avoir lu Françoise Sagan, Camus, Simone de Beauvoir, Sartre, Virginia Woolf, Paul Auster, Milan Kundera et Franz Kafka, mais n’en garder aucun souvenir précis (« La littérature a brisé mon cœur ! », avoue-t-il). Cela passe assez mal par rapport à ce qu’il affirmait au début : n’avoir aucun souvenir de lecture. On y croit d’autant plus que cela colle assez bien avec son mode de vie. Il gagnait sa vie comme ingénieur se déplaçant aux quatre coins du monde, pour inspecter des exploitations minières. Et il vivait à Paris avec Julie, dentiste, qui voulant des enfants alors que, de ce côté également, il manquait de motivation.

Suspense

Après la présentation de la situation, le roman s’attache à la personnalité de Max, pour l’aider dans son choix, lui qui ne sait absolument pas vers quel genre de littérature se diriger. On apprend ainsi comment et pourquoi il est mort si jeune, une révélation qui se fera d’ailleurs en plusieurs étapes, car ce n’est pas si simple. Et puis, Max fait le tour de sa vie, de ses goûts et surtout de ses choix. Et il s’aperçoit que, tout compte fait, la littérature a joué un rôle bien plus important que ce qu’il imaginait, dans sa vie. Il pose beaucoup de questions, en particulier à sa guide, car il n’a que peu de temps avant de se décider. Il se demande ainsi comment certains-certaines deviennent guide, temporisant tout en maintenant le suspense (ressort essentiel de nombreuses fictions). Finalement, les rencontres qu’il fait dans l’au-delà sont aussi déterminantes que son passé de vivant.

Les Indécis, Alex Daunel
L’Archipel, août 2021


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3.5

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