La Petite Bande: la joie enfantine d’être ensemble

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Cinq ans après la comédie dynamique qu’a été En Liberté !, Pierre Salvadori revient avec une nouvelle petite bombe ou plutôt La Petite Bande. Un film d’enfance, de combat, de délires qui raconte la joie d’être ensemble. Un film avec des enfants, mais sans niaiserie, bref un grand film sur l’enfance.

Enfance

Le monde sans dessus dessous d’En Liberté ! semble être l’héritage reçu par les gamins de La Petite Bande, le nouveau film de Pierre Salvadori. En effet, les quatre (bientôt cinq, c’est mieux pour voter!) enfants (presque ados) lassés de n’être pas entendus, décident de passer à l’action. Leur motivation ? La rivière polluée, en toute impunité, par l’usine du coin. Les voilà embarqués dans une histoire qui va bien vite les dépasser. Pierre Salvadori ne raconte pas seulement une histoire d’écologie ou de combat, il fait comédie avec une véritable troupe. Dès le générique où il s’amuse à coups de petites corrections orthographiques à la Polisse (il va jusqu’à se renommer Pierre salade de ri), le réalisateur donne le ton : rien ne sera sérieux ici parce que tout est grave. En effet, à l’adolescence naissante, tomber amoureux est une affaire sérieuse qui mérite de faire sauter une usine ! Enfin, du moins d’en avoir le projet…

Errance 

Ce prétexte vaut ensuite toute une série d’actions plus ou moins bancales dans lesquelles s’engagent les protagonistes. Pierre Salvadori prend donc ces enfants (et comédiens!) au sérieux et leur donne une véritable épaisseur, des dialogues qui claquent, jamais pesants ou moralisateurs. Même le petit Aimé, qui rejoint la bande sans le vouloir, est harcelé sans être la victime que l’on pleure. Il tente simplement de s’accommoder de son extrême solitude et de la violence qu’elle engendre. Plus débrouillard qu’il n’y paraît, il sera bien plus que ce que ses nouveaux amis espéraient de lui. Espiègle et farceuse, cette comédie l’est tout autant qu’elle est bien construire (mise en scène au millimètre) et intelligente (les gamins ne sont pas insupportables ou stupides, ils portent surtout le poids du monde adulte, défaillant) : « Sauf qu’ils n’ont jamais le droit de décider. Ils sont tenus à l’écart des décisions et donc je me suis dit que ça devenait très intéressant. En fait, les enfants, sans même le vouloir, sont marginaux, même pas par choix. Comme on les tient à l’écart de toutes les décisions, les enfants sont de fait marginaux » (Pierre Salvadori, interview sur Allociné).

Ensemble

Le réalisateur célèbre la joie d’être ensemble en donnant à ses personnages de vrais enjeux, des regards aussi, des voix (même quand ils se choisissent des accents!). On pense souvent au Petite maman de Céline Sciamma qui laissait libre court à l’amitié entre deux fillettes dans un temps presque fantasmagorique. Là aussi l’enfant était « laissé de côté » (du deuil familial, de la maison qu’on déménage…) et reprenait sa place, choisissant d’être « enfant avec toi » ou « enfant loin de toi » s’agissant de sa mère. Après tout, seule l’enfant avait les clefs de la musique du futur ! Parfois cruel, jamais moralisateur, La Petite Bande, est un film comme un joyeux bordel savamment orchestré dans lequel les enfants cessent d’être des enfants pour prendre en charge leur avenir. On les voit subtilement basculer vers autre chose et comprendre comment ensemble ils se galvanisent et sont capables d’aller plus loin, de frapper plus fort. Bref, de reprendre leur vie en main. Porté par un fabuleux casting, de belles trouvailles et surtout un sentiment de liberté qui ne retombe jamais, La Petite Bande est un grand film sur l’enfance, pas un truc guimauve ou poseur, simplement un conte qui met en scène des gamins en quête d’un monde nouveau.

La mise en scène, des scènes d’actions aux délires du patron kidnappé, est parfaite de petites pépites, comme ces masques (tous magnifiques!) qui donnent à nos héros des airs de super-héros maladroits, Aimé s’amuse d’ailleurs souvent à s’imaginer avec des pouvoirs. Depuis Les Apprentis, Pierre Salvadori a choisi de faire de la maladresse (ici excusée par l’enfance), de la gaucherie, un prétexte à la comédie mais surtout à un regard tendre tout autant que lucide sur le monde. Après tout, c’est d’une maladresse que naît ici la catastrophe qui fera peut-être bouger les lignes !

La Petite bande : Bande annonce

La Petite Bande : Fiche technique

Synopsis : La petite bande, c’est Cat, Fouad, Antoine et Sami, quatre collégiens de 12 ans. Par fierté et provocation, ils s’embarquent dans un projet fou : faire sauter l’usine qui pollue leur rivière depuis des années. Mais dans le groupe fraîchement formé les désaccords sont fréquents et les votes à égalité paralysent constamment l’action. Pour se départager, ils décident alors de faire rentrer dans leur petite bande, Aimé, un gamin rejeté et solitaire. Aussi excités qu’affolés par l’ampleur de leur mission, les cinq complices vont apprendre à vivre et à se battre ensemble dans cette aventure drôle et incertaine qui va totalement les dépasser.

Réalisation : Pierre Salvadori
Scénario : Pierre Salvadori, Benoît Graffin
Interprètes : Paul Belhoste,  Mathys Clodion-Gines, Aymé Medeville, Colombe Schmidt, Redwan Sellam, Laurent Capelluto
Photographie : Julien Poupard
Montage : Isabelle Devinck
Sociétés de production : Les Films Pélléas, France 2 Cinéma, Tovo Films
Distributeur : Gaumont Distribution
Durée : 1h48
Date de sortie : 20 juillet 2022
Genre : Comédie

France –  2021

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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