Le Bal des folles : le féminin sous le regard de Mélanie Laurent

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Trois ans après Galveston, Mélanie Laurent remet sa casquette de réalisatrice pour Le Bal des folles, une adaptation qui ne sera pas visible en salles mais directement sur la plateforme d’Amazon Prime. Dommage car cette fresque ambitieuse aurait mérité un déploiement sur grand écran.

Nous sommes éternelles

Après avoir fait sensation sur Netflix dans le film d’Alexandre Aja, Oxygène, Mélanie Laurent est de nouveau visible sur les plateformes de streaming. En effet, son film, Le Bal des folles, est actuellement disponible sur Amazon Prime. Il ne sortira donc pas en salles. Pour Mélanie Laurent, ce n’est pas un problème, au contraire :  » […] ma grande frustration ça aurait été de ne le sortir que dans quelques salles et uniquement en France. Alors que là, je le sors dans 240 pays, le même jour, à la même heure. Et ce film-là, avec cette histoire-là, ce message-là, j’ai une envie qu’il voyage et une envie d’aller me confronter à d’autres cultures «  (interview donnée à LCI). Mais l’intérêt du Bal des folles n’est pas seulement dans cette sortie en ligne, il réside surtout dans l’ambition de cette fresque d’époque, centrée sur une histoire de femmes. En effet, Mélanie Laurent avait les moyens et ça se voit. On entre véritablement dans l’hôpital de la Salpêtrière, aux côtés de ces femmes jugées folles ou hystériques au profit d’expériences médicales douteuses. Mélanie Laurent décide de suivre le destin de l’une d’entre elles, Eugénie. C’est également le personnage star du roman de Victoria Mas du même titre dont Mélanie Laurent s’est inspirée pour son long métrage.

Corps

Eugénie est une aristocrate, son profil dénote carrément avec celui de ses partenaires de dortoir. Cette femme très libre en apparence est sous le joug de sa famille en réalité. Ils décident de la faire interner car cette dernière prétend communiquer avec les esprits. Tout le long du film, Mélanie Laurent ne décide pas si oui ou non Eugénie dit la vérité, il est surtout question de voir que sa folie supposée n’est qu’un prétexte à un enfermement abusif. En effet, sous la houlette du professeur Charcot, des femmes étaient enfermées, jugées hystériques, et soumises à des expériences sans fondement médical solide. Les traitements et séance de simulations de crises laissaient des stigmates irréversibles aux corps. C’est d’ailleurs de corps qu’il est question dans Le Bal des folles. Mélanie Laurent montre en effet la manière dont les hommes partaient à l’assaut du corps des femmes : par l’enfermement, par les expériences, mais aussi par les agressions sexuelles dont certaines étaient victimes. C’est tout cela, en s’infiltrant au cœur du dortoir et du quotidien de ces femmes, que raconte la réalisatrice. Son film bénéficie d’un casting de choix : Lou de Laâge, toujours très à l’aise dans ses rôles, Emmanuelle Bercot, terrifiante à souhait, Benjamin Voisin, Cédric Khan ou encore Grégoire Bonnet dans le rôle d’un Charcot plus effacé. En effet, si Augustine mettait en avant la figure ambiguë de Charcot avec Vincent Lindon dans le rôle titre, Mélanie Laurent ne s’intéresse qu’au point de vue des femmes soumises à l’enfermement.

Lumière

Il ne s’agit pas pour elle d’explorer la face sombre de cette masculinité féroce, mais bien d‘illuminer le destin tragique de ces « folles » malgré elles. Tous les personnages secondaires féminins ont donc une forte personnalité, qui se révèle de plans en plans et leur destin est étroitement lié à celui d’un monde qui les rabaisse en permanence. Le casting féminin est ainsi flamboyant, « éternel » comme dans les mots d’Eugénie. Même la figure un temps austère de Geneviève, l’infirmière en chef (jouée par Mélanie Laurent elle-même), va sans cesse vers la lumière. Le point d’orgue du film étant ce fameux bal des folles (qui a réellement existé, au contraire du personnage d’Eugénie, fictionnel) où les femmes étaient, sous couvert d’une soirée enchantée, exhibées au monde telles des animaux de foire. Déguisées, montrées, jetées en pâture, elles n’avaient d’autre choix que d’entrer dans un jeu social pipé d’avance dans lequel les dominants étaient du côté des hommes. C’est ce moment que la réalisatrice prépare tout son film durant. Là encore, c’est par le corps qu’elle filme cet instant fort, qui est aussi une acmé puissante dans le déroulé du film. Au final si le film de Mélanie Laurent reste d’un fort classicisme, il est aussi une respiration bienvenue dans cette histoire très sombre du féminin avec des femmes fortes et montrées comme libres malgré tout. Car si Eugénie voit des esprits, cette question n’est pas tranchée, elle fait en tout cas preuve d’esprit pour ne pas se laisser broyer par cet enfermement injustifié. Et c’est sa voix qui s’élève dans quelques mots très touchants, emplis d’une sororité rayonnante, qui vient nous le rappeler lorsque le film se termine.

Cette histoire hors normes et révoltante a déjà inspiré la romancière Victoria Mas, les réalisatrices Mélanie Laurent et Alice Winocour et devrait bientôt être de nouveau racontée par Arnaud des Pallières. Quant au professeur Charcot, plus connu pour ses avancées neurologiques, il est ici montré sous sa vérité nue et cruelle. C’est aussi cela, la force du cinéma. Mélanie Laurent prépare déjà une nouvelle adaptation, The Nightingale (roman de Kristin Hannah), l’histoire de deux sœurs en pleine Seconde Guerre mondiale. Le nouveau ton de sa carrière de réalisatrice semble ainsi donné.

Le Bal des folles : Bande annonce

Le Bal des folles : Fiche technique

Synopsis : L’histoire d’Eugénie, une jeune fille lumineuse et passionnée à la fin du 19è siècle. Eugénie a un don unique : elle entend et voit les morts. Quand sa famille découvre son secret, elle est emmenée par son père et son frère dans la clinique neurologique de La Salpêtrière sans possibilité d’échapper à son destin. Cette clinique, dirigée par l’éminent professeur Charcot, l’un des pionniers de la neurologie et de la psychiatrie, accueille des femmes diagnostiquées hystériques, folles, épileptiques et tout autre type de maladies physiques et mentales. Le chemin d’Eugénie va alors rencontrer celui de Geneviève, une infirmière de l’unité neurologique dont la vie passe sous ses yeux sans qu’elle ne la vive vraiment. Leur rencontre va changer leurs destins à jamais alors qu’elles se préparent à assister au fameux « Bal des folles » organisé tous les ans par le Professeur Charcot au sein de la clinique.

Réalisation : Mélanie Laurent
Scénario : Mélanie Laurent, Christophe Deslandes, d’après l’œuvre de Victoria Mas
Interprètes : Lou de Laâge, Mélanie Laurent, César Domboy, Benjamin Voisin, Emmanuelle Bercot,  Cédric Kahn, Coralie Russier, Grégoire Bonnet, André Macon, Alice Barnole
Photographie : Nicolas Karakastanis
Montage : Anny Danché
Producteurs : Alain Goldman, Axelle Boucai Fabrice Lambot
Sociétés de production :  Légende Films, Amazon
Distributeur : Amazon Prime Vidéo
Durée : 122 minutes
Genre : Drame historique
Date de sortie : 17 septembre 2021 sur Amazon Prime

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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