Les amours d’Anaïs de Charline Bourgeois-Taquet : un conte d’été sur les traces de Rohmer

Les Amours d’Anaïs de Charline Bourgeois-Taquet est presque une rom-com, une comédie romantique, une appellation qui n’est pourtant pas à la hauteur de ce que ce film aurait pu être si la cinéaste avait trouvé un équilibre entre la tornade du début, et le côté intimiste de la fin. Son casting impeccable joue cependant beaucoup en sa faveur.

Synopsis :  Anaïs a trente ans et pas assez d’argent. Elle a un amoureux qu’elle n’est plus sûre d’aimer. Elle rencontre Daniel, à qui tout de suite elle plaît. Mais Daniel vit avec Émilie… qui plaît aussi à Anaïs. C’est l’histoire d’une jeune femme qui s’agite. Et c’est aussi l’histoire d’un grand désir.

A la recherche du bonheur

Dans Les Amours d’Anaïs, le premier long métrage de Charline Bourgeois-Taquet, même les vélos ne vont pas aussi vite que la protagoniste, Anaïs elle-même (Anaïs Demoustier). Elle le porte plus qu’il ne la porte, le poussant à vive allure sur les trottoirs, l’enfournant dans les ascenseurs pendant qu’elle grimpe les escaliers quatre à quatre.

Car Anaïs est ce qu’on pourrait appeler hâtivement une hyperactive. Dans une frénésie incessante, elle vit dans l’immédiateté des moments, sans jamais une considération ni pour le passé, ni pour le futur. Sa thèse n’est pas la consécration d’années d’efforts, c’est juste un épisode sans importance. Son couple : un non-événement agréable mais qu’elle peut détruire d’une pichenette. Ses loyers impayés : des tracasseries sans conséquence. Ce qui importe à Anaïs, c’est de se sentir vibrer et vivre, dans l’absolu, sans en subir les contraintes : dormir avec les autres, vivre avec les autres, composer avec les autres…

L’énergie positive d’Anaïs emporte littéralement le spectateur dans son tourbillon, toutefois jusqu’à un certain point qui engendre l’énervement. Le rythme est sans répit, et comme Anaïs, le film semble courir sans relâche dans tous les sens, dans un assemblage de gags plus ou moins drôles dus à l’inconséquence de l’héroïne. A tel point que l’introduction du personnage de la mère, en proie à des problèmes médicaux, semble une nécessité visant à temporiser et à calmer le jeu, plutôt qu’un vrai enjeu du film. La faible caractérisation du couple de ses parents, et même du personnage de son frère, n’apporte en effet aucun éclairage sur le caractère d’Anaïs.

Très vite, Anaïs fait la rencontre de Daniel (Bruno Podalydes), un homme lâche et plutôt méprisant qui ne souhaite pas changer sa vie de grand bourgeois d’un milieu littéraire pour une Anaïs, toute fofolle et adorable soit-elle.

Par ricochet, elle découvre par bribes l’existence d’Emilie (Valeria Bruni-Tedeschi), une sorte d’alter ego idéalisé : une femme qu’elle imagine belle, indépendante, intelligente, littéraire.

La deuxième partie du film bascule alors dans la description de la montée de son intérêt pour cette impressionnante Emilie, ses armes de séduction, sa détermination, sa passion. Contrairement à ce qu’on peut lire çà et là, ce ménage à trois d’un genre nouveau n’est pas le centre de cette partie, qui concerne plutôt les états d’âme d’Anaïs : son amour de l’amour, sa passion pour une image d’elle-même au travers d’Emilie, voire, qui sait, pour Emilie elle-même .

Les Amours d’Anaïs bénéficie d’un casting impeccable, avec une Anaïs Demoustier au top de sa forme, intense et légère à la fois. Denis Podalydes est égal à lui-même, et Valeria Bruni-Tedeschi se révèle autrement dans le rôle d’une femme qui se donne des limites à la hauteur de sa maturité : posée et tout en intériorité. La distribution contribue beaucoup à donner de la consistance au film hésitant de Bourgeois-Taquet.

Charline Bourgeois-Taquet nous offre un film plaisant bien qu’inégal. Trop et trop peu de choses sont finalement évoquées dans ce métrage qui s’annonçait prometteur. Avec son casting efficace et ses références quelque peu rohmeriennes, à la manière du dernier Emmanuel Mouret, Les Amours d’Anaïs se laisse finalement regarder avec intérêt.

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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