Napoléon, la destinée et la mort, de Mathieu Schwartz

Résumer la vie de Napoléon Bonaparte en 1h28, générique compris, c’était pour le moins une gageure. Mathieu Schwartz a pourtant relevé et réussi ce pari : aucun des épisodes, qu’il s’agisse des plus connus – le pont d’Arcole, le Sacre, la Bérézina – ou des moins célèbres – sa tentative de suicide par exemple – ne manquent ici à l’appel. Le tout présenté dans un format hybride très plaisant, mêlant commentaires d’historiens et animation en motion capture. Ce film estampillé Arte vient de sortir en version DVD.

La destinée

Bien que le terme de « destinée » soit présent dans le titre, la plupart des spécialistes aiment à rappeler qu’il n’y a pas eu à proprement parler de prédestination en ce qui concerne Napoléon. Contrairement à d’autres hommes d’état, le jeune Bonaparte n’envisageait pas pour lui-même de destin national et c’est davantage par opportunisme qu’il rejoint en 1795 le camp de la Convention contre les royalistes. Jeune général convoqué à Paris pour mater les émeutes, il s’exécute si bien qu’il devient en deux temps trois mouvements gouverneur de la Capitale et époux de la très influente Joséphine de Beauharnais. Le film montre très bien en revanche comment son intuition et son audace lui ont permis de façonner sa légende.

L’intuition

Intuition d’abord dans l’épisode fameux du pont d’Arcole, une défaite sur le terrain, une victoire pour le symbole. C’est du moins ce que retiendront les livres d’histoire. Intuition quand il abandonne ses troupes en Égypte pour participer au coup d’état du 18 brumaire. Enfin intuition lorsqu’il fait face aux soldats royalistes dans la « prairie de la rencontre »…jusqu’au « Vive l’empereur ! » libérateur. L’homme a souvent été présenté comme un grand calculateur et en effet, il a toujours veillé à avoir la mainmise sur son image. Ses faits d’armes, sa vie sentimentale et jusqu’à ses derniers instants feront l’objet d’un contrôle très strict de sa part. Mais les historiens insistent davantage sur le côté très joueur de Napoléon qui aimait à invoquer la Fortune et dont les actes de bravoure relevèrent plus souvent du bluffeur de poker que de l’éminent stratège.

La mort

De fait, Napoléon n’a eu de cesse de jouer avec la mort, cette mort qui le fascinait. Comme le rappelle Jean-Marie Rouart, Bonaparte avait acquis la certitude que la camarde ne voulait pas de lui. « Le boulet qui me fauchera n’est pas encore fondu » aimait à dire l’Empereur qui survécut à deux attentats, à une multitude de batailles et à sa propre tentative de suicide. Le film de Mathieu Schwartz essaie de s’approcher au plus près du personnage, il n’en est que plus intéressant.  Alors que les épisodes militaires sont traités au pas de charge, le film fait la part belle à l’introspection, aux moments d’intimité, mettant en évidence la part de doute qui habitait « l’homme craint par toute l’Europe ». A noter que le comédien Tristan Delus réussit lui aussi son pari en incarnant un Napoléon convaincant à chaque étape de son incroyable destin.

Bande annonce :

Fiche technique :

  • Réalisateur : Mathieu Schwartz

  • Narrateur : Denis Podalydès
  • Editeur : Arte, Tournez S’il Vous Plait
  • Image : Gabriele Buti
  • Musique : Baptiste Thiry
  • Format :

    Couleur
    Son Dolby Digital Stereo
    PAL – Zone 2

  • Langues audio : Français

  • Année : 2021
  • Bonus :

    Le tableau « Le Sacre de Napoléon »
    extrait de l’émission Karambolage (7 min)

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.

Fureur apache (1972), de Robert Aldrich : le cimetière des mythes

Des personnages nuancés, un Burt Lancaster extraordinaire et des paysages majestueux sont mis au service d’un récit évoquant la lutte à mort que se livrent deux cultures qui jamais ne pourront se comprendre. Le manichéisme n’a pas sa place ici : les adversaires sont renvoyés dos à dos alors qu’en arrière-plan le rêve américain se fracasse dans le sang et les cendres…

La trilogie du « Docteur Mabuse » de Fritz Lang : quarante ans d’une saga criminelle allemande

Réunis dans un magnifique coffret, les trois films que l’immense Fritz Lang a consacrés au génie du crime permettent de réaliser à quel point ils furent le reflet de leurs époques troublées respectives. Car ces œuvres ne sont pas seulement des films noirs paranoïaques qui inspireront une multitude de cinéastes – jusqu’à aujourd’hui. Ils traduisent l’idée que le chaos génère le mal et que, s’il adopte bien des visages, le mal n’en demeure pas moins intemporel.