Sans un bruit (2018), le muet au temps du cinéma d’horreur

Avec Sans un bruit, John Krasinski remet pour la troisième fois sa casquette de réalisateur et relance avec brio le genre horrifique, sans craindre de surprendre son spectateur dès les premières minutes du film. Un cinéma qui nous rappelle les oeuvres passées, aux démons protéiformes et ambiances étouffées.

La magie de Sans un bruit ; le silence est d’or.

Le plus éloquent : la voix d’Evelyn. Pilier de cette famille déchirée, elle nous laisse ressentir pendant les trois secondes de son appel à l’aide, culpabilité et douleur, malgré un self-control dont elle fait preuve depuis le début du film. Le volte-face d’un mutisme (trop) lourd à porter, surtout lorsque la chair de sa chair est condamnée. Un cri du coeur qui la rendra au final plus forte, comme nouveau chef de famille.

Marco Beltrami, qui a souvent bercé nos oreilles chez James Mangold, Bong Joon-Ho ou encore Guillermo Del Toro, est ici le chef d’orchestre de nos émotions. Il dépeint parfaitement le silence post-apocalyptique et la terreur face au danger qui éclot des quatre coins de la ferme du Midwest.
Une nuit, ses notes se mussent le temps d’une scène, pour la merveilleuse chanson de Neil Young, Harvest Moon, qui laisse à Lee et Evelyn leur dernier moment d’intimité.

Enfin, la photo à l’atmosphère feutrée et épurée de Charlotte Bruus Christensen (cf. La chasse, 2012). Tantôt douce, tantôt riche et tantôt abrupte, elle retrace parfaitement les trois étapes du film ; l’équilibre, la rupture et la guerre.

Le père tient une place importante dans la branche scénaristique. Bien que les non-dits s’entassent autour de lui, il reste la pierre angulaire de la cellule familiale. Il accepte ce rôle et s’acharne dans une construction de vie, certes archaïque, mais nécessaire à la survie de tous. Jusqu’à l’ultime sacrifice.

Outre l’excellente prestation des parents, les enfants sont la surprise du film. Millicent Simmonds, que l’on a connue dans Le musée des merveilles, nous livre une prestation exemplaire. Elle porte avec elle une maturité qui lui servira à reprendre le flambeau, malgré la culpabilité qui la ronge.
Quant à Noah Jupe, qui n’en est ni à son premier, ni à son dernier film, il laisse parfaitement son âme d’enfant souligner son jeu. Et nous rappelle qu’au-delà de ce survival, et du courage qu’on lui impose, il n’en reste pas moins un enfant.

La menace.

Ici, ce sont les créatures. Elle n’apparaissent entièrement qu’à la troisième partie de l’histoire, permettant ainsi de jouer avec notre imagination et de retrouver les premiers codes du film du genre (id. Bruce, Les dents de la mer). Inspiré des documentaires de David Attenborough, Krasinski les a lui-même dessinées, très impliqué dans leur fonctionnement et leur apparence. On découvre des silhouettes préhistoriques, des hybrides innommables et funestes, sensibles au moindre bruit, et prêts à tout pour la moindre goutte de son.

Sans un bruit est un grand vaisseau sensoriel qui nous offre un huis clos en pleine nature. Une ambiance intime, dans laquelle on reconnaît les autres inspirations du réalisateur, comme les films d’Hitchcock dans la composition des scènes ou l’installation du suspens. Une oeuvre efficace où le silence est déterminant pour les survivants, à tel point qu’on hésitera à sortir pop-corn et autres friandises, de peur d’être nous aussi sur le devant de la scène.

Au final, on en ressort comme un membre de la famille Abbott.

 

La suite de Sans un bruit sort le 16 juin prochain.

 

Sans un bruit – Bande annonce

Sans un bruit – Fiche technique

  • Réalisation : John Krasinski
  • Scénario : Scott Beck, Bryan Woods et John Krasinski
  • Musique : Marco Beltrami
  • Photographie : Charlotte Bruus Christensen
  • Casting : John Krasinski, Emily Blunt, Noah Jupe, Millicent Simmons,…
  • Durée : 90 minutes
  • Genre : Horror sf, post-apo
  • Date de sortie : 2018

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Charlotte Quenardel
Charlotte Quenardelhttps://www.lemagducine.fr/
Mordue de ciné depuis mes jeunes années, allant de The Thing à Moulin Rouge, Lost Highway ou encore To Have and Have Not, je m'investis à nourrir cet hétéroclisme cinématographique en espérant qu'il me nourrisse à son tour. Et peut-être qu'en passant, je peux en happer un ou deux sur ma route. Après tout, comme disait Godard : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.”

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