His House de Remi Weekes : les fantômes du déracinement

His House est un film qui ne manque pas de qualités. Il se réapproprie l’horreur et les codes inhérents au genre pour en faire un diagnostic assez pertinent sur l’immigration et notamment sur la notion nébuleuse qu’est celle de l’intégration. 

Depuis longtemps, le cinéma horrifique prend le parti de s’imprégner d’une atmosphère sociale voire politique (le cinéma de Romero pour ne citer que lui). Dans la même veine d’un cinéaste contemporain comme l’est Jordan Peele, Remi Weekes part du principe de vouloir faire cohabiter son environnement tangible et social (un couple de réfugiés soudanais qui trouve logement en Angleterre avec assignation à résidence) avec les affres du cinéma de genre. Et à l’image d’un film récent – The Vigil de Keith Thomas -, His House a l’intelligence de faire naître l’horreur par le biais des peurs communautaires de ses propres personnages, hantés par leur passé. 

Là où Yakov était habité par le fantôme de son frère qu’il n’avait pas pu sauver d’un crime raciste dans The Vigil, Rial et Bol doivent survire avec le souvenir de leur fille morte. Même si la violence provient de partout, d’un climat anxiogène et xénophobe, d’une volonté de s’affranchir de leur culture pour s’intégrer de leur nouveau pays et de s’uniformiser socialement sans se compromettre et s’aliéner dans le consumérisme occidental, la terreur primaire et les monstres qui les poursuivent sont ceux qu’ils ont laissés « au pays ». Ceux qui sous le prisme d’un trauma qu’ils portent comme une épée de Damoclès, les retiennent prisonniers. Comment commencer une nouvelle vie, sans manquer de respect à l’ancienne ? Pour ne pas oublier. Et c’est l’une des forces de His House, celle d’apercevoir l’intime et les stigmates de l’atrocité de l’homme en les matérialisant par le fantastique, et inversement. 

Ce sont les démons d’une culpabilité, que la société leur fait subir, celle d’un père qui veut tout faire pour oublier son impuissance face au drame et d’une mère qui veut tout faire pour se raccrocher à l’infime espoir de revoir la fille tant aimée. Avec ce logement délabré, sans électricité au préalable, dont les murs et l’obscurité sont envahis par les fantômes des réfugiés noyés, Remi Weekes a du talent pour faire s’immiscer l’horreur. Certes, ce n’est pas révolutionnaire, mais sa capacité à faire surgir le fantastique par le biais du réel démontre un certain respect du cinéma de genre et une compréhension assidue de son sujet. Le cinéaste tient le bon équilibre dans son observation des multiples violences : violences environnementales et sociétales à l’extérieur de la maison puis celles mentales et fantastiques entre les quatre murs de ce logement exigu.

On pourrait reprocher au cinéaste d’être un peu trop lisible et explicatif dans ses intentions, pourtant sa gestion de l’espace et son jeu des lumières est notable dans ce huis clos qui n’en est pas un, à l’image de son climax qui vaut clairement le détour. Aidé par un casting impressionnant et un soin particulier au cadre, His House arrive de façon notable, quoiqu’un peu scolaire, à parler du déracinement environnemental, du regard de l’autre et de l’isolement humain. Prometteur pour un premier essai. 

Bande Annonce – His House

Fiche Technique – His House

Réalisateur : Remi Weekes
Scénario : Remi Weekes
Casting: Wunmi Mosaku, Sope Dirisu, Matt Smith…
Sociétés de distribution : Netflix
Durée : 1h33
Genre: Drame/Epouvante
Date de sortie :  30 octobre  2020

 

Note des lecteurs4 Notes
3

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