« François Truffaut » : une vie en vignettes

Le scénariste Noël Simsolo et le dessinateur Marek s’associent pour mettre en images et dialogues la vie de François Truffaut. À travers lui, ce sont la Nouvelle vague française, les Cahiers du cinéma et la passion pour le septième art qui affleurent.

L’évocation de François Truffaut s’accompagne de toute une série de faits et de noms qui lui sont désormais indissociables : Les Cahiers du cinéma, les femmes, Cannes, le cycle Doinel, la Nouvelle vague, Alfred Hitchcock, André Bazin, Henri Langlois, la désertion, la revue Arts, l’enfance, les relations familiales accidentées, les tentatives de suicide, la syphilis… Souvent, la réalité et la fiction finissent par se rejoindre, les obsessions et le vécu de Truffaut – les femmes, les livres, les films, les pérégrinations adolescentes – trouvant leur prolongement naturel dans un art que le héraut de la Nouvelle vague consomme à l’écriture comme à la caméra. Noël Simsolo (au scénario) et Marek (au dessin) compilent dans leur album les épisodes les plus importants de la vie truffaldienne. Ils façonnent ensemble une biographie dessinée qui, bien que relativement convenue, a le mérite d’éclairer les multiples facettes de l’un des réalisateurs les plus éminents de l’histoire du cinéma français.

Dans des planches à la structure classique se fond en effet tout ce qui a pu caractériser François Truffaut : un amour obsessionnel pour le cinéma, un autre qui l’est tout autant pour les femmes, un mouvement journalistique (les Cahiers) et cinématographique (la Nouvelle vague) d’ampleur inédite, une carrière en dents de scie faite de rencontres mémorables (surtout féminines, mais aussi avec Jean-Pierre Léaud, Jean-Claude Brialy, Alfred Hitchcock ou Steven Spielberg) et de motifs inusables (l’amour et ses douleurs). L’album trouve le bon équilibre entre la vie privée et la vie publique de François Truffaut. Sur ses parents, Noël Simsolo fait dire au réalisateur français, résigné : « Le pire, c’est qu’ils ne sont pas conscients de ce qu’ils m’ont fait. » Sur ses motifs de cinéma, on lit qu’« avec Truffaut, c’est les femmes et les enfants d’abord ! ». Commentant la position d’André Malraux sur le film La Religieuse, Truffaut assène : « Cette censure plaît aux ennemis de la Nouvelle vague, parce que nous sommes maintenant le cinéma français. »

Si la bande dessinée de Noël Simsolo et Marek parviendra sans mal à familiariser le lecteur avec François Truffaut et sa filmographie, elle pèche en revanche là où on pouvait s’y attendre. Certains dialogues apparaissent fléchés et peu naturels, leur fonction principale étant de baliser la lecture et de remplir les trous engendrés par des ellipses inévitables. Cela n’enlève rien à l’intérêt de cet album, essentiellement didactique, mais le procédé peut sembler quelque peu artificiel à la lecture. Pour le reste, ce roman graphique au style proche de la ligne claire, conçu sous la forme d’un immense flashback (tout commence à la cérémonie des César de 1981), relie avec beaucoup d’à-propos la vie personnelle de François Truffaut et son art. Ce dernier constitue en fait une parenthèse d’émulation et de créativité au sein d’une existence en certains points funeste, caractérisée par une mère distante, un père inconnu, des déceptions sentimentales, la maladie ou la volonté d’en finir.

François Truffaut, Noël Simsolo et Marek
Glénat, août 2020, 176 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Cannes 2026 : Le Château d’Arioka, leçon d’honneur

Présenté à Cannes Première, "Le Château d'Arioka", nouveau film de Kiyoshi Kurosawa, est un film policier féodal en forme de huis clos philosophique. Un film de samouraïs, sans grandes batailles ni duels au katana, qui convainc, à condition d'accepter son tempo, tel une infusion en quatre mouvements.

Newsletter

À ne pas manquer

Tout va super : Voir Habib et mourir

Drôle, subtil et bouleversant, Tout va super mêle comédie romantique et réflexion sur la fin de vie. Porté par une distribution éclatante (Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Rudy Milstein), le nouveau film de Patrick Cassir a des airs de Blier en plus suave.

The Mandalorian and Grogu, ou la saga Star Wars à bout de Force ?

Après sept ans d’absence au cinéma, The Mandalorian and Grogu ramène enfin Star Wars sur grand écran. Jon Favreau livre une aventure accessible, efficace et parfois franchement plaisante, mais dont le manque d’enjeu, d’ambition visuelle et de souffle cinématographique finit par réduire le retour de la saga à un simple téléfilm de luxe.

Passenger – Frissons routiers balisés pour tenue de route correcte

Avec Passenger, André Øvredal revient à l’horreur d’exploitation pure, entre légende urbaine, présence démoniaque et frissons nocturnes sur les routes. Si son excellente scène d’ouverture et quelques morceaux de mise en scène rappellent son vrai savoir-faire, le film reste trop banal, trop calibré et trop pauvre dans ses personnages pour dépasser le rang de série B honnête.

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Umami : savoureux

« - Hamaki va ouvrir son propre restaurent ! Son restaurant à ELLE ! - Oui, super. Et toutes les emmerdes qui vont avec, par la même occasion. - Ooh, arrête un peu ! Tu ne la crois pas capable de gérer ? - Si, si… - Alors ne fais pas ton rabat-joie ! C’est un grand jour pour elle ! Tu me promets de rester PO-SI-TIF ? - Oui, cheffe ! »

Le retour des « Âges d’or de Picsou »

Entre paranoïa financière, inventions absurdes et guerres de chiffonniers, ce tome 2 des "Âges d’or de Picsou" rappelle pourquoi le vieux canard de Carl Barks reste l’un des personnages les plus drôles de l’histoire de la BD pour enfants.

« Le Dernier Écrivain » : le monde de demain

Quand un homme du passé devient le dernier rempart contre un futur sans âme…